Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

Témoignage sur la préparation d’une Nuit de Noël Assorti des Voeux traditionnels en l’honneur du « gui l’an neuf » Millésime 2013, destinés aux membres « d’Arts et Lettres »

 

                  Bien Chers tous,

              J'espère que vous avez fait figure de privilégiés, en cette veillée et journée de célébration de la Noël : j'entends, que vous avez pour chacun d'entre-vous, amis "d'Arts et Lettres", pu jouir de chaleur humaine, tandis que tant de personnes inconsolables de leur sort, sont hélas, demeurées dans un isolement terrible...

              À celles là, je dédie cette pensée de Christian Bobin :

             "L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse : la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse."

             (Citation issue du recueil "Ressusciter".)

             De mon côté, faute d'avoir pu participer à une animation artistique bénévole escomptée, dans le dessein d’apporter une once de rêve et de lumière, je me suis retranchée sur une tâche purement utilitaire me laissant fort marrie, étant donné que je n’ai pu que constater au coeur de ma région,  le manque de fédération autour d'un projet de solidarité, dont pourtant la presse locale se gausse...

              Hélas, trois fois hélas, serons- nous toujours condamnés à assister impuissants à une notable indifférence, à tant d'innocence sacrifiée, pendant que d'autres "Frères humains" se livrent aux agapes orgiaques et débauche de festins impudiques sans fin, ni faim, rivalisant à qui mieux mieux sur le menu ...indigeste composant le repas de Noël, dont ils mettront plus d'une dizaine de jours à s'en remettre ?

               N'est-ce pas, Mesdames, membres bénévoles d'une certaine antenne  que je ne nommerais pas, engagées dans vos bonnes œuvres caritatives à l'année, et incapables d'accorder de votre précieux temps, soit quelques heures seulement, lorsqu'il s'agit d'organiser "une table ouverte" en faveur des plus démunis ?

               Combien ont répondu à l'appel afin de préparer potage et gâteaux en l'honneur de cette nuit étoilée du 24 Décembre, plus préoccupées, semble t’il, à farcir à dindes, oies et chapons gras, à concocter moult mets sophistiqués de leur menu personnel ?

               Et bien, je vous laisse deviner... Un véritable fiasco, guère encourageant pour former une chaine  fraternelle !!! Au sein de cette structure, nous fûmes recensées aisément, puisque au matin, nous pûmes nous compter en demi-douzaine de volontaires, pour achever notre « mission » eau début de l’après-midi… en trio ! Vous avouerez qu’en guise d’élan, on peut mieux faire, non ?

               Et si nous nous remémorions, ne serait-ce que pour un instant, que la misère est plus que jamais intemporelle, qu’elle se déguise  tant en hôte de nos campagnes que de nos cités, semblablement à une malheureuse priant Notre-Dame durant la nuit du Réveillon :

 

Seigneur Jésus, je pense à vous !
Ça m’ prend comm’ ça, gn’y a pas d’offense !
J’ suis mort’ de foid, j’ me quiens pus d’bout,
ce soir encor... j’ai pas eu d’ chance

Ce soir, pardi ! c’est Réveillon :
On n’ voit passer qu’ des rigoleurs ;
j’ gueul’rais « au feu » ou « au voleur »,
qu’ personne il y f’rait attention.

Et vous aussi, Vierge Marie,
Sainte-Vierge, Mère de Dieu,
qui pourriez croir’ que j’ vous oublie,
ayez pitié du haut des cieux.

J’ suis là, Saint’-Vierge, à mon coin d’ rue
où d’pis l’apéro, j’ bats la semelle ;
j’ suis qu’eune ordur’, qu’eun’ fill’ perdue,
c’est la Charlotte qu’on m’appelle.

Sûr qu’avant d’ vous causer preumière,
eun’ femm’ qu’ est pus bas que l’ ruisseau
devrait conobrer ses prières,
mais y m’en r’vient qu’ des p’tits morceaux.

Vierge Marie... pleine de grâce...
j’ suis fauchée à mort, vous savez ;
mes pognets, c’est pus qu’eun’ crevasse
et me v’là ce soir su’ l’ pavé.

Si j’entrais m’ chauffer à l’église,
on m’ foutrait dehors, c’est couru ;
ça s’ voit trop que j’ suis fill’ soumise...
(oh ! mand’ pardon, j’ viens d’ dir’ « foutu. »)

T’nez, z’yeutez, c’est la Saint-Poivrot ;
tout flamb’, tout chahut’, tout reluit...
les restaurants et les bistrots
y z’ont la permission d’ la nuit.

Tout chacun n’ pens’ qu’à croustiller.
Y a plein d’ mond’ dans les rôtiss’ries,
les épic’mards, les charcut’ries,
et ça sent bon l’ boudin grillé.

Ça m’ fait gazouiller les boïaux !
Brrr ! à présent Jésus est né.
Dans les temps, quand c’est arrivé,
s’ y g’lait comme y gèle e’c’te nuit,
su’ la paill’ de vot’ écurie
v’s z’avez rien dû avoir frio,
Jésus et vous, Vierge Marie.

Bing !... on m’ bouscule avec des litres,
des pains d’ quatr’ livr’s, des assiett’s d’huîtres,
Non, r’gardez-moi tous ces salauds !

(Oh ! esscusez, Vierge Marie,
j’ crois qu’ j’ai cor dit un vilain mot !)

N’est-c’ pas que vous êt’s pas fâchée
qu’eun’ fill’ d’amour plein’ de péchés
vous caus’ ce soir à sa magnère
pour vous esspliquer ses misères ?
Dit’s-moi que vous êt’s pas fâchée !

C’est vrai que j’ai quitté d’ chez nous,
mais c’était qu’ la dèche et les coups,
la doche à crans, l’ dâb toujours saoul,
les frangin’s déjà affranchies....

(C’était h’un vrai enfer, Saint’-Vierge ;
soit dit sans ête eune effrontée,
vous-même y seriez pas restée.)

C’est vrai que j’ai plaqué l’ turbin.
Mais l’ouvrièr’ gagn’ pas son pain ;
quoi qu’a fasse, elle est mal payée,
a n’ fait mêm’ pas pour son loyer ;

à la fin, quoi, ça décourage,
on n’a pus de cœur à l’ouvrage,
ni le caractère ouvrier.

J’ dois dire encor, Vierge Marie !
que j’ai aimé sans permission
mon p’tit... « mon béguin... » un voyou,
qu’ est en c’ moment en Algérie,
rapport à ses condamnations.

(Mais quand on a trinqué tout gosse,
on a toujours besoin d’ caresses,
on se meurt d’amour tout’ sa vie :
on s’arr’fait pas que voulez-vous !)

Pourtant j’y suis encore fidèle,
malgré les aut’s qui m’ cour’nt après.
Y a l’ grand Jul’s qui veut pas m’ laisser,
faudrait qu’avec lui j’ me marie,
histoir’ comme on dit, d’ l’engraisser.
Ben, jusqu’à présent, y a rien d’ fait ;
j’ai pas voulu, Vierge Marie !

Enfin, je suis déringolée,
souvent on m’a mise à l’hosto,
et j’ m’ai tant battue et soûlée,
que j’en suis plein’ de coups d’ couteau.

Bref, je suis pus qu’eun’ salop’rie,
un vrai fumier Vierge Marie !
(Seul’ment, quoi qu’on fasse ou qu’on dise
pour essayer d’ se bien conduire,
y a quèqu’ chos’ qu’ est pus fort que vous.)

Eh ! ben, c’est pas des boniments,
j’ vous l’ jure, c’est vrai, Vierge Marie !
Malgré comm’ ça qu’ j’aye fait la vie,
j’ai pensé à vous ben souvent.

Et ce soir encor ça m’ rappelle
un temps, qui jamais n’arr’viendra,
ousque j’allais à vot’ chapelle
les mois que c’était votre fête.

J’arr’vois vot’ bell’ rob’ bleue, vot’ voile,
(mêm’ qu’il était piqué d’étoiles),
vot’ bell’ couronn’ d’or su’ la tête
et votre trésor su’ les bras.

Pour sûr que vous étiez jolie
comme eun’ reine, comme un miroir,
et c’est vrai que j’ vous r’vois ce soir
avec mes z’yeux de gosseline ;
c’est comm’ si que j’y étais... parole.

Seul’ment, c’est pus comme à l’école ;
ces pauv’s callots, ce soir, Madame,
y sont rougis et pleins de larmes.

Aussi, si vous vouliez, Saint’-Vierge,
fair’ ce soir quelque chos’ pour moi,
en vous rapp’lant de ce temps-là,
ousque j’étais pas eune impie ;
vous n’avez qu’à l’ver un p’tit doigt
et n’ pas vous occuper du reste....

J’ vous d’mand’ pas des chos’s... pas honnêtes !
Fait’s seul’ment que j’ trouve et ramasse
un port’-monnaie avec galette
perdu par un d’ ces muf’s qui passent
(à moi putôt qu’au balayeur !)

Un port’-lazagn’, Vierge Marie !
gn’y aurait-y d’dans qu’un larantqué,
ça m’aid’rait pour m’aller planquer
ça m’ permettrait d’attendre à d’main
et d’ m’enfoncer dix ronds d’ boudin !

Ou alorss, si vous pouez pas
ou voulez pas, Vierge Marie...
vous allez m’ trouver ben hardie,
mais... fait’s-moi de suit’ sauter l’ pas !

Et pis... emm’nez-moi avec vous,
prenez-moi dans le Paradis
ousqu’y fait chaud, ousqu’y fait doux,
où pus jamais je f’rai la vie,

(sauf mon p’tit, dont j’ suis pas guérie,
vous pensez qu’ je n’arr’grett’rai rien
d’ Saint-Lago, d’ la Tour, des méd’cins,
des barbots et des argousins !)

Ah ! emm’nez-moi, dit’s, emm’nez-moi
avant que la nuit soye passée
et que j’ soye encor ramassée ;
Saint’-Vierge, emm’nez-moi, j’ vous en prie ?

Je n’en peux pus de grelotter...
t’nez... allumez mes mains gercées
et mes p’tits souliers découverts ;
j’ n’ai toujours qu’ mon costume d’été
qu’ j’ai fait teindre en noir pour l’hiver.

Voui, emm’nez-moi, dit’s, emm’nez-moi.
Et comme y doit gn’y avoir du ch’min
si des fois vous vous sentiez lasse
Vierge Marie, pleine de grâce,
de porter à bras not’ Seigneur,
(un enfant, c’est lourd à la fin),

Vous me l’ repass’rez un moment,
et moi, je l’ port’rai à mon tour,
(sans le laisser tomber par terre),
comm’ je faisais chez mes parents
La p’tit’ moman dans les faubourgs
quand j’ trimballais mes petits frères.

 

La Charlotte de Jehan Rictus...

 

(se reporter également à l’interprétation de Marie Dubas :

http://youtu.be/mAM230WywT8)

Tableau de William Bouguereau : " Petites mendiantes",  1890

 

                Tant qu’à la coutume qui consiste à marquer le « gui l’an neuf », cru 2013, je ne peux qu’y souscrire volontiers, affectionnant les traditions ponctuant notre calendrier, et vous adresse donc, mes vœux les plus florissants à l'aube de ce nouvel an porteur de nombre d'or, 13 !

               Gageons que les valeureuses "Galatées" officiant ici même en terres apolliniennes, sous le regard bienveillant, mais sans concession de notre Pygmalion à tous, Robert Paul, nous réjouissent plus que jamais par leurs créations, et ce, dans une saine émulation...

                Fasse que lyre orphique et palette de peintre s’entrecroisent avec grâce, nous offrant la respiration vitale afin de nous soustraire, le temps de visites enrichissantes et émouvantes, des contingences matérielles de l’existence, de la monotonie de notre quotidien !

                 Et que nos échanges d'êtres favorisés, soient une source perpétuelle de réflexion salutaire, sinon de jubilation :

 

"L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire.

 Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant

 une image privilégiée des souffrances et des joies communes.

 Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ;

 il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. (…)

 C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ;

 ils s’obligent à comprendre au lieu de juger.

 Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où,

 selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge,

 mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel."

 

Albert Camus

 

(Discours de Suède, 1957)

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Commentaire de Lansardière Michel le 27 décembre 2012 à 19:50

Quand Noël simm' des fleurs et rind l' tierr' pus légère;

I donne au pauver' mond' du rêve et dé l' leumière.

Enfin un réseau social modéré!!!

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