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ROSA BONHEUR

 

Rosa Bonheur a 37 ans lorsqu’elle acquiert le Château de By sur la commune de Thomery à la lisière de la Forêt de Fontainebleau. Elle était à peine née quand Corot vint y peindre en 1822, comme le feront d’autres artistes, Charles François Daubigny, Jean François Millet, Théodore Rousseau, Gustave Courbet mais aussi le sculpteur animalier Antoine Louis Barye, la plupart héritiers dissidents du mouvement romantique français et proches du mouvement réaliste puis naturaliste. Ils viennent tous chercher autour du petit village de Barbizon des paysages de plein air ce qui leur vaut le surnom de « peintres airistes », leur pratique étant facilitée grâce à l’invention par le peintre américain John Goffe Rand, du tube de peinture en métal souple et leurs déplacements grâce au développement ferroviaire.

Dans cette demeure reconstruite au XVII siècle, sur un espace clos de trois hectares, Rosa Bonheur va vivre une quarantaine d’années, d’abord en compagnie de Nathalie Micas jusqu’au décès de cette dernière puis avec celle dont elle fera son héritière, Anna Klumpke. Elle va y installer tous ses animaux qui seront ses modèles, créant pour ses besoins et les leurs un véritable parc zoologique. Son ami et conseiller le vétérinaire Rousseau écrit dans ses Mémoires : « Rosa Bonheur avait toujours des animaux, je lui en ai connu de toutes sortes, cerfs, chamois, mouflons, lions, singes, perroquets, taureaux, vaches, chevaux, serins, lézards, faisans, gazelles, moutons, sangliers… ».

Mais avant l’apogée de cette carrière dont l’acquisition du domaine de By est le symbole et que ponctue le troisième cycle d’un Jupiter puissamment enraciné dans le signe du Taureau, Rosa Bonheur a du franchir tant d’étapes depuis son enfance jusqu’à une reconnaissance officielle exceptionnelle et précoce en un siècle particulièrement hostile aux artistes femmes. Son ciel de naissance nous révèle les ressorts de cette réussite et les fondements psychologiques d’un parcours aussi puissant et obstiné qu’un labour dans la campagne nivernaise, aussi impétueux qu’une cavalcade de chevaux sur un marché, aussi abondant qu’une fenaison printanière, aussi percutant que les sabots de neuf chevaux foulant le blé au pays de Mistral.

Rosalie Bonheur nait à Bordeaux le 16 mars 1822 à 20 heures et si elle était destinée à devenir l’artiste dont les œuvres rencontreront un succès phénoménal de son vivant, elle était ignare en Astrologie, n’en déplaise à l’un de ses biographes pas mieux informé qu’elle-même.  En effet Rosa Bonheur se croyait du signe du Bélier. Elle écrit à sa seconde compagne « C’est peut-être à l’influence de ce signe du zodiaque que je dois mon caractère indépendant, grâce auquel j’ai fini par triompher de tous les obstacles que les astres avaient prédits à leur manière. » Néanmoins son thème révèle autrement que par la présence d’un Soleil en Bélier cette pugnacité et cette indépendance dont elle se félicite. Mars en mouvement rétrograde culmine en secteur 10 conjoint au nœud Sud et dans un décan martien, déterminant une ambition  créative virile, tenace, passionnée. Il aspecte favorablement en trigone de feu Saturne en Bélier qui certes s’y trouve en position de chute mais y gagne en réflexion, en obstination et structure ce signe printanier impulsif et téméraire. Par ailleurs Saturne renvoie au signe du Capricorne occupé par la Lune flanquée de Neptune et d’Uranus, Capricorne, dixième signe du Zodiaque qui est ici en affinité avec Mars culminant, renforçant l’ambition, la persévérance et l’expertise qui conduiront Rosa Bonheur au sommet de son Art. Cette Lune exilée en Capricorne approfondit dans ce signe épris d’absolu et de sagesse, les ressources nécessaires à une élévation dans la pleine lumière du Zénith dans le signe du Cancer. Elle le fait de manière organisée et pour y parvenir puise des forces invisibles et intuitives en Neptune et les exprime par Uranus, de manière novatrice et indépendante.

Il y a presque toujours à l’origine des réussites extraordinaires une soif de revanche sur des commencements douloureux : pauvreté, maladie, abandon, mystère des origines, désir de venger un être cher, père, mère, fratrie.  Pour Rosa Bonheur, c’est la mort de sa jeune mère Sophie alors que Rosalie n’a que onze ans et les circonstances de ce deuil qui vont galvaniser son désir de réussite. La pauvreté succède à une période faste au château de Grimont en Gironde où sa mère aux origines obscures fut recueillie et éduquée par Jean Baptiste Dublan de Lahet qui, sur son lit de mort la reconnait enfin comme sa fille de sang tandis que ses demi-frères la déshéritent. Elle se marie à Raymond Bonheur professeur de dessin qui part chercher fortune à Paris et s’affilie au Mouvement St Simonien, oubliant ses devoirs envers sa femme et ses quatre enfants qui quittent le paradis bordelais de l’enfance pour le rejoindre. Rosa a sept ans, le carré croissant de Saturne qui passe au Zénith du thème, en Cancer, signe l’arrêt de la vie dans ce pays de Cocagne où fillette elle partait à la rencontre des animaux et vivait au rythme sensuel des saisons.  A Paris, elle voit sa mère se tuer à la tache pour subvenir aux besoins de ses enfants jusqu’à être emportée le 1er mai 1833 dans la fosse commune du cimetière Montmartre : « Ma mère, la plus noble et la plus fière des créatures, succombant à la fatigue et à la misère pendant que mon père rêvait au salut du genre humain ! Quand j’ai obtenu mes succès et gagné de l’argent plus que je ne pouvais en dépenser, combien n’aurais-je pas donné pour savoir en quel lieu pleurer ma mère et rendre honneur à ses restes, mais il était trop tard. ». Le zénith au Cancer signe maternel, la Lune verrouillée par Neptune et Uranus dans le signe de Saturne, ce dernier projeté à l’Occident du ciel de naissance, dans le Bélier combatif, constituent très tôt la personnalité de Rosa qui à l’abri d’une cuirasse forgée par son travail et sa réussite se protégera de la société de son époque et préférera les animaux au genre humain. L’Ascendant est en Balance dans un décan d’indépendance, Saturne lui fait face en Bélier, Vénus maître de la Balance est conjointe à Mercure en Poissons dans le secteur de la créativité et Mars maître de Saturne culmine en Lion et y demeure jusqu’à la soixantaine, il n’est donc pas question pour la jeune fille qui sent, qui sait que l’expression artistique est sa vocation, de lâcher prise sur son désir. Son père y cède et devient son professeur, vite dépassé par son élève. A quatorze ans elle passe ses journées au Louvre car les ateliers de maîtres sont interdits aux femmes.  Dans ce  cycle d’opposition de Saturne qui passe sur l’Ascendant, elle prend conscience de ses dispositions par rapport aux autres grâce à une technique qu’elle perfectionne sans trêve. Le soir, elle modèle des plâtres d’animaux et déjà s’affirme son choix de devenir peintre et sculpteur animalier. Elle admire les maîtres hollandais et flamands, copie leurs bestiaires au plus près de l’exactitude de leur morphologie, os et muscles, tendons et pelages.

Elle peut pour cette approche du réel s’appuyer sur la valorisation du signe du Capricorne et son opiniâtreté à long terme, sa confiance totale dans la passion qui l’anime, sur Mars en Lion dont l’ouverture audacieuse au monde, le goût de l’exploit, l’exigence personnelle, l’acharnement perfectionniste font sauter les entraves d’un Saturne à l’orient,  développant des qualités viriles,  endossant une apparence, pantalons et cheveux courts, qui la protège et lui permet d’étendre son champ d’exploration aux abattoirs et aux ventes de chevaux car elle  renouvelle toute sa vie une « permission de travestissement » qui lui ouvre l’accès aux lieux interdits aux femmes, enfin c’est aussi en restant discrète sur sa vie intime, sur ses choix amoureux, qu’elle construit son émergence, sa singularité et l’impose à ses contemporains.

Tout artiste en raison de sa réceptivité  profonde et parce qu’il est porté par un élan créatif  témoigne de l’esprit de son époque. Il en ressent les aléas, en pressent les mutations,  témoigne des évènements qui le troublent, de manière souvent choquante pour ses contemporains, faisant rupture avec les canons admis jusqu’alors, le public de son temps acceptant ou refusant que son regard, son goût, ses habitudes soient ainsi malmenés, donnant son approbation ou la refusant de manière abrupte. C’est alors le temps qui fera œuvre de rédemption souvent bien après la disparition de l’artiste.

 

                                              Labourage nivernais. Le sombrage 1848 - Rosa Bonheur

                                                             Hauteur : 1,34m Longueur : 2,60m

Pour sa part, Rosa Bonheur, la bien nommée, connut un succès précoce en dépit de l’ambiance misogyne de son siècle, de ses origines modestes et de sa formation d’autodidacte. Première femme artiste à recevoir la légion d’honneur des mains de l’impératrice et amie Eugénie de Montijo en 1865. Jupiter astre de la réussite situé en Taureau est conjoint à Saturne à 25° du Bélier en secteur 7 ; Ce solide attelage lui a permis de capturer l’approbation non seulement d’un public médusé par ses prouesses techniques mais aussi le soutien des critiques et des autorités en matière d’Art. Cette conjonction de Jupiter et Saturne, ce dernier renvoyant par maîtrise à l’amas planétaire en Capricorne tandis que le premier gouverne Mercure, Vénus, le Soleil et Pluton dans le signe des Poissons, donnent à ses moyens d’expression artistique une force et une expertise surprenantes. Dans un premier temps elle accumule dessins et documents afin de donner une image objective de la France rurale du 19éme siècle, utilisant abondamment la photographie en plein essor. Elle séjourne en Auvergne, dans la Nièvre et dans les Pyrénées, y découvre de nouvelles espèces, s’émerveille devant les vaches Salers, peint les ovins avec une telle vérité qu’elle est surnommée « le Raphael des moutons » en référence à Paulus Potter le peintre animalier néerlandais du XVIIème siècle. Vénus est conjointe à Mercure maître du secteur des voyages en Gémeaux, son art se nourrit de récoltes plus lointaines en Angleterre et en Ecosse dans les Highlands. Jupiter en Taureau est gourmandise car il ne suffit pas à Rosa Bonheur de capturer formes et attitudes avec ses crayons, elle veut aussi posséder les bêtes qu’elle admire dans les foires aux bestiaux, cherchant à ramener en France moutons bœufs et taureaux. Son marchand d’Art Ernest Gambart qui l’a accompagnée écrit dans son journal : « Tout ce monde était heureux et fier de voir partir ces bêtes, non pour la boucherie, mais pour être reproduites par la peinture, car tous savaient le but de notre visite sur le marché ». Hélas les autorités douanières mettront un point final au désir de Rosa Bonheur.

                                                                                     

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Commentaire de Geneviève Montagné le 2 avril 2021 à 14:25

Bonjour, j'ai eu beaucoup de plaisir à faire la connaissance de l'oeuvre et de la personnalité de Rosa Bonheur de manière plus approfondie notamment par la lecture d'une thèse très bien documentée d'une étudiante à l'école vétérinaire de Maison Alfort. Beaucoup ignorent combien Rosa Bonheur a contribué à la connaissance de races ovines bovines (disparues aujourd'hui ) et aussi à la mise en valeur des superbes percherons qui feront l'admiration des américains. J'espère visiter un jour la maison atelier de Rosa en lisière de cette forêt qu'elle a tant parcourue.... Prochain article : Marcel Pagnol sur www.desartsauxastres.com

Commentaire de Lansardière Michel le 2 avril 2021 à 11:51

Peut-être ma première émotion artistique lorsque, enfant, j'avais découpé la reproduction de ce tableau :

Berger des Pyrénées donnant du sel à ses moutons, 1864 (musée Condé, Château de Chantilly)

puis avec elle j'ai croisé Bill Cody (Buffalo Bill), j'ai retrouvé son fantôme dans une de ses maisons à Magny-les-Hameaux... bref de loin en loin elle continue de m'accompagner.

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