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QUATUOR POUR UN SEUL SIGNE :LE TAUREAU TURNER www.desartsauxastres.com

William Turner

« L'homme est au monde avant le moment chronologique où il vient au monde ; l'homme de tout son être appartient au monde ; il s'inscrivait dans l'espace temps du monde dès avant le jour de sa naissance. De tout son être corporel et spirituel, il appartient à l'univers, avec lequel il est accordé puisqu'il est destiné à y vivre ». (« L’homme romantique » Georges Gusdorf.)

Né le 23 avril 1775 et mort le 19 décembre 1851, Turner appartient à deux siècles et plus particulièrement au Romantisme. En réaction contre le Classicisme et la rationalité désenchantée du siècle des lumières, ce mouvement débute en Angleterre dès la fin du 18 e siècle puis  se développe et perdure en Allemagne et en France.  Accusé de sentimentalisme, d’évasion hors de la réalité, ce courant des arts et de la pensée, replace l’homme dans une relation nouvelle à la Nature. La peinture d’Histoire est délaissée pour la peinture de Paysage, expression de la vie universelle et d’une Nature divinisée.

Lorsque Turner vient au monde à Londres, l’Angleterre est la première puissance coloniale du monde et la révolution industrielle est en marche. James Watt a commencé à mettre au point la machine à vapeur qui s’adaptera aussi bien à la production manufacturière qu’aux transports maritimes et ferroviaires. Bougainville a  découvert le « jardin d’Eden » à Tahiti, Goethe vient de publier Les souffrances du jeune Werther, œuvre majeure du romantisme européen. Napoléon étend sa mégalomanie sur l’Europe avant de sombrer à Waterloo en 1815, libérant la Grande Bretagne de la peur d’une invasion. Turner sera un chroniqueur de ces grands bouleversements et son génie en donnera une vision très personnelle.

Le Téméraire 1839  (The fighting temeraire tugged to her last berth to be broken up.)

En 1775, le musicien et astronome amateur W Herschel n’a pas encore découvert la planète Uranus (elle le sera en 1781) ni Le verrier la planète Neptune (elle le sera en 1846), néanmoins, la personnalité de Turner s’accorde déjà aux valeurs de ces planètes qui accomplissent leurs cycles au-delà de Saturne.  En effet : « Chaque homme est, comme le verre de cristal, sensible à certaines influences avec lesquelles sa constitution psychophysique se trouve en accord ou en désaccord ; nous évoquerions aujourd'hui un réglage, à l'avance, sur certaines longueurs d'onde ; les romantiques parlaient le langage du magnétisme, des sympathies et des affinités électives ». (Georges Gusdorf « l’homme romantique »)

La Lune du thème de naissance de Turner est dans le signe du Verseau, à la fois saturnienne et uranienne, elle dialogue harmonieusement avec Saturne en Balance et Uranus en Gémeaux. Turner combine l’ancien et le nouveau. Son admiration totale comme celle de nombreux anglais, va  à CLAUDE (le Lorrain) peintre du 17 e siècle, maître de la lumière dans le paysage. A ses débuts, à 14 ans à peine, (cycle d’opposition de Saturne à sa position  natale), Turner est assistant  chez un architecte. Il y réalise des dessins topographiques, acquiert la rigueur nécessaire à la représentation d’édifices et y assimile la perspective qu’il enseignera plus tard à l’Académie royale.

Il restera très attaché à cette institution qu’il comparait à une mère peut-être en référence à son expérience douloureuse avec sa propre mère qui perdit la raison à la suite du décès de sa fille. On trouve dans sa nature Taureau, ce dernier signe occupant la maison 4 attachée à la mère, aux origines affectives profondes, maison 4 occupée par une conjonction de Vénus et de Jupiter, l’enracinement solide, durable et porteur de réussite dans cette Académie Royale où le peintre Reynolds guidera  ses premiers pas, Reynolds, mentor tant admiré que Turner souhaitera être inhumé auprès de lui à la cathédrale Saint Paul à Londres.

A 21 ans en 1796, Turner expose sa première peinture à l’huile à l’Académie Royale : « Fisher men at sea ( Pêcheurs en mer) » On y admire déjà sa virtuosité à traduire les mouvements de l’eau. Aucun peintre avant lui n’avait peint le pouvoir des vagues de cette façon. La Lune natale a progressé et se joint à Neptune au trigone du Soleil progressant en Taureau sur Jupiter natal.

Pêcheurs en mer

Trois ans plus tard au moment du cycle de retour de Jupiter en Taureau, signe qu’il occupe à la naissance du peintre sous la lumière du Soleil, Turner est élu membre associé à l’Académie Royale des Arts, au plus jeune âge d’admission. En 1801 il présente une marine « Bateaux hollandais dans la tempête. Pêcheurs s’efforçant de remonter leurs poissons à bord». Cette œuvre accroît son prestige, il est élu académicien le 10 février 1802 au moment d’une conjonction exacte du Soleil et de Jupiter progressant à 28° du Taureau dans le ciel de naissance, Jupiter en 1802 passant sur Mars natal dans le signe solaire du LionNeptune conjoint au Milieu du Ciel natal et Uranus passant sur Saturne natal.

A l’époque romantique, les promenades sont un exercice aussi bien spirituel que physique. Intellectuels, poètes, philosophes et artistes  trouvent inspiration et force dans l’expérience même du déplacement. Les pas du peintre Constable, rival et compatriote de Turner ne le mèneront jamais plus loin que son pays de naissance tandis que pour Turner le voyage est une aventure. Il y trouve à étancher la soif d’absolu  de sa sensibilité Verseau. Il arpente son pays natal puis la Suisse, la France, la Belgique, l’Allemagne, l’Italie. Turner est avide de sensations puissantes, il utile les phénomènes naturels violents au sein duquel il s’immerge muni de son calepin et de son crayon pour en extraire tout le sublime de son art. Cette catégorie du Sublime définie en 1757 par Edmund Burke donne à voir une nature terrifiante, effrayante soulignant la fragilité de la vie.

Mais pour Turner, le sublime n’est pas seulement lié à la Nature mais aussi à l’ingéniosité et à l’inventivité de l’humanité qui l’affronte. Dans son œuvre de 1818, Bell rock light house, le plus vieux phare du monde, toujours en activité et dont la construction  par Stevenson (le grand-père de l’écrivain) fût une prouesse, témoigne de la puissance de l’homme grâce à la technologie, de même Life boat and Manby apparatus going off to a stranded vessel making signals, peint en 1831, œuvre qui fait référence à l’invention par G W Manby d’un dispositif pour sauver les naufragés.

Bell rock light house

Verseau accordé à Uranus, Turner est fasciné par les découvertes de son époque qui changent  sa compréhension du monde.  Heureux temps où Arts et Sciences se côtoyaient dans le même immeuble de Somerset House. Turner s’y entretient sur les pigments avec Michael Faraday, échange avec Mary Somerville sur l’électromagnétisme et invente un nouveau langage pour exprimer les forces cachées de la nature.  La théorie des couleurs de Goethe trouve application dans « Lumière et couleur, le matin après le déluge ». Il approfondit ses connaissances en météorologie afin de donner à ses nuages un aspect aussi dynamique que possible. Les conférences d’Herschel sur la physionomie du Soleil modifient son regard sur notre étoile. Le Soleil devient pour lui un objet physique, en utilisant la technique de l’ « impasto » il lui donne consistance et réalité.

Lumière et couleur (théorie de Goethe)

Farouchement indépendant par le Verseau, Turner exprime sa nature Taureau par son besoin d’être reconnu par l’institution. Pierre Watt dit très justement dans son ouvrage « Turner, menteur magnifique » : « Ce qui caractérise la démarche de Turner réside dans cette intrication ni totalement soumis aux conventions, ni totalement libéré d’elles pour faire de sa subjectivité le seul sujet de son œuvre ». Cette subjectivité, Turner la coule dans son œuvre et l’expérimente comme un combat. Le milieu du ciel est dans le signe du Scorpion et Mars son maître est en Lion en maison 7 conjoint au nœud lunaire nord. La puissance génésique du Scorpion affirme en Lion une supériorité qui anéantit toute comparaison. Turner se plait dans la rivalité, il aime se donner en spectacle, le vernissage est une sorte d’arène où il entre fougueusement sans douter de son triomphe.  Il aime peindre en public et ce qu’il met en scène c’est « la figure de l’artiste démiurge qui façonne la matière et fait surgir la lumière » (Pierre Watt).

A 27 ans (retour de la Lune à sa place natale) en 1802, il construit sa propre galerie où il expose ses toiles et vend ses œuvres. Dans un mouvement incessant entre errance expérimentale et exposition dans sa galerie, Turner échappe au définitif, dissimule son identité, se veut insaisissable, détaché. Il disparaît pour faire apparaître l’essentiel pour lui : être pour  ses contemporains le medium d'une réalité supérieure, profonde.

Pour Turner, la couleur est matière, la matière du monde. Son excellente mémoire visuelle lui permet de capter les effets les plus éphémères de la lumière qu’il transforme en couleurs où s’épanchent ses expériences sensorielles. Abandonnant la perspective, matière et couleurs suggèrent à elle seule les formes. Le signe du Taureau vit sa vie sur le mode sensoriel, « Turner s’est servi de ses sensations optiques pour découvrir la vérité » « Turner a déclaré l’indépendance de la couleur et, ce faisant, il a ajouté une faculté nouvelle à l’esprit humain » (Kenneth Clark –Civilisation). Sa façon fut qualifiée de « peinture physique », collé contre la toile, il semble peindre avec les yeux et le nez.

Après les années noires de 1827 à 1830 endeuillées par la disparition de son père, compagnon d’atelier, celle de son mécène Walter Fawkes et de son ami peintre Thomas Lawrence, dans la continuité d’une pleine Lune dans l’axe Sagittaire Gémeaux au carré de Neptune, la peinture de Turner traduit une transformation intérieure. Les couleurs sont plus vives, le jaune domine, les contours sont plus flous.

Regulus

A son retour d’Italie en 1828, il peint Regulus. Sur le plan formel inspirée par Claude le Lorrain, cette œuvre fait écho au texte talismanique de Kliest commentant une œuvre du peintre romantique allemand Gaspar Friedrich, Moine au bord de la mer. Regulus est le nom d’un général romain supplicié par les Carthaginois qui sectionnèrent ses paupières, l’obligeant à regarder le soleil en face. Magnifique métaphore de la transformation du regard, le tableau de Turner où le personnage de Regulus est absent, laisse place aux regardeurs, nous-mêmes, aveuglés mais devenus voyants car ouverts à une vision supérieure, intuitive, métaphysique.

Snow storm 1842

Désormais, Turner va dissoudre les formes et intensifier la lumière non pas pour abstraire son œuvre de toute signification mais pour la hisser vers un idéal de formes et d’émotions. « L’accession à un tel royaume platonique à travers l’art fût certainement plaidée par le théoricien de la peinture qui l’a très fortement influencé, sir Joshua Reynolds » (Eric Shanes. La vie et les chefs d’œuvre de J M W Turner.

Dans Snowstorm, le bateau est le centre d'une puissante énergie qui happe le spectateur et l'emporte dans le rythme du tableau. De même dans Rain, Steam and Speed (Pluie, vapeur et vitesse) 1844 

Rain, Steam and Speed

Souligner chez un artiste de cette envergure ce qui est anecdotique, à savoir son avarice, son refus de tout engagement affectif, sa parole rustre et ses manières peu amènes, toutes les obscures contradictions qui font un être humain, ne servirait en rien la compréhension de son œuvre solaire. Turner appartient à son Temps et le dépasse.  Sa recherche sur la lumière et les couleurs trouve accomplissement dans ses dernières toiles gardées secrètes. En 1845 il peint Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain.  ( Unique œuvre de Turner en France au musée du Louvre).

Dans L'aube après naufrage peinte en 1841, Turner ne figure plus l'événement, seul témoigne de la catastrophe un chien hurlant désespérément la perte de ses maîtres tandis qu'une aube nouvelle colore le ciel et la mer.

Aube après naufrage

Ne somme-nous pas, aujourd'hui encore, dans ce champ de pensée ouvert par le Romantisme, non pas parce qu'il serait éternel mais parce que notre relation à la Nature, notre volonté frénétique de l'asservir par la technologie et la science, de la torturer pour notre usage inconscient, engendre une Histoire terrifiante faite de séismes, d'épidémies, de destructions de ressources, d'avilissement de l'humain ?  Les artistes du 21 e siècle parviennent-ils, parviendront-il à témoigner de ce naufrage, dessineront-ils pour l'humanité de nouveaux paysages ?

"La soleil est Dieu" disait Turner.

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Commentaire de Geneviève Montagné le 8 octobre 2015 à 14:32

Merci pour vos remarques amicales. C'est encourageant. Je prépare Brahms depuis plusieurs jours et piétine un peu. Voilà un bon coup de fouet pour mener à terme !!!!!!

Commentaire de Gohy Adyne le 8 octobre 2015 à 13:56

Merci Geneviève, pour ce beau billet sur Turner vu d'une façon originale, car il prend ses références à l'astrologie.

Tout à fait intéressant.

Bonne journée.

Bien cordialement

Adyne

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