Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

 

Je ne vous écrirai pas au format carte postale

Je ne vous écrirai pas de la Grèce, ni de Chine

Je ne suis pas en voyage, en cure, en villégiature

A l’hôtel quatre étoiles, pour m’agrandir les photos

L’Acropole à la sauvette, en lunettes de soleil

Et la Grande Muraille déchue par visite express

 

Je ne vous écrirai pas au format du dépliant

Des agences de tourisme, et au bord de la piscine

A la hauteur du nombril, maillot de bain et sourire

Vue marine, imprenable, et les pieds en éventail

Cocktail, soleil, panama, et passe, passera

Passeport et les grands parcs, attractions, contrefaçon

 

Je ne vous écrirai pas de ma maison secondaire

Au milieu d’autres maisons secondaires, tellement

Secondaires pour l’adresse, et les choses intérieures, 

On n’y fait rien, on y dort, et le plus souvent on sort,

On se saoule en troupeau, tous voisins et tous gens bien

On tue nombre de journées du beau crime des vacances

 

Je ne vous écrirai pas au mode de l’ermitage

Pèlerin, acrobate des philosophies curieuses 

Entre un couvent rénové, et une bénédictine

Entre un croyant pénitent, et un touriste économe

Un homme en cure de désintoxication   

Au pain sec et à l’eau, qui n’a pas l’habit des moines   

   

Je ne vous écrirai pas sur du chiffon à papier

Dans un coin ravitaillé par quelques vieux corbeaux

Où il n’est plus d’autre choix que l’écologie du vide

Plus d’enfants et plus de vieux, plus de faire-part, de lettres

Plus de lait chaud à la ferme, et j’aime bien trop les vaches,

Plus de poules et de coq, de paille dans les cheveux

 

Je ne vous écrirai pas au style du code barre  

De ce qui n’intéresse que le commerce pendable

L’arsenal des carcasses, l’envol des sacs de plastique

Les beaux noëls des jouets qu’on casse vite et qu’on jette

Les miroirs aux alouettes, les larmes de crocodiles,

Le zoo où les gorilles ont mis des hommes en cage

 

Je ne vous écrirai pas du guichet du grand savoir

Pour étaler la culture comme de la confiture  

Sur de larges tartines, trempées, le petit doigt levé

Je ne vous écrirai pas en dessous des grands frontons

Des monuments fréquentés par quelques vieilles barbes

Spécialistes des langues, croque-la-vie, croque-mort 

 

Je ne vous écrirai pas sauf à y être obligé

Car je suis, vis parmi vous, en modeste locataire

D’un appartement pour abri, après quelques démêlés

Avec la vie ordinaire, et quelques lettres d’huissier

Je n’aime pas les huissiers, qu’ils se le disent et passons

Bref, ce n’est pas par hasard, si je suis là où je suis

Troisième étage, sans ascenseur, mais je ne me plaindrai pas

 

Je ne vous écrirai pas, car nous pouvons nous parler

Bonjour, bonsoir, à bientôt, ça peut commencer ainsi

Ca peut paraître banal, mais quelle belle ouverture

A des portes condamnées, quelle rampe aux escaliers

Quelle nouveauté au ciel, au soleil et à la pluie

Quelle fleur bleue aux regards qui savent se reconnaître

 

Je ne vous écrirai pas car je n’ai de vrais contrats

Que ceux signés et soignés dans l’attention des paroles

Des silences quand il faut, qui me dit ce proverbe

Les paroles s’envolent, me fait penser aux forfaits

Des gens qui vous poursuivent, vous harcèlent méchamment,

A coups d’écrits, d’encre noire, et se paient au parjure

 

Je ne vous écrirai pas car ce n’est pas la façon

Qui convienne à la lecture, à l’attention, à l’écoute

D’une émotion, d’un instant, d’une humeur saisonnière

Furtive, passagère, particulière à la rive

D’un sourire, d’un chagrin, aujourd’hui ou demain

Au gré du bonheur soumis au bel effet papillon

 

Je ne vous écrirai pas car c’est du temps sans rencontres

Je préférerai vous voir, dans la rue et à l’angle

D’un carrefour qui nous fait voir du cœur sur la main

Ou bien sur une place, qui se fait de grands feuillages

Du village en pleine ville, des tables bleues en terrasses

Ou bien dans un jardin, en épouvantail pour rire

 

Je ne vous écrirai pas car je l’ai fait sans succès

Pour des beautés qui m’ont dit qu’elles étaient des adieux

Dans le même temps, trop court, me laissant que de la larme

Pour des sésames, des clés, qu’on cherche et ne retrouve pas

Même pas par les journaux, par les petites annonces,

Pour des amours, à vingt ans, à trente ans, ou sans âge

Avec ou bien sans réponse, jusqu’aux abonnés absents

 

Je ne vous écrirai pas sauf si vous le demandez

Pour vous éclairer un soir, et un coin de solitude

Lui opposer un poème, une gorgée de bon vin

Des lauriers pour les amours, une instance légère      

Sourire, et plume et soie, à ne pas désespérer

De la vie, de ses grâces, et du dehors à sa chambre

  

Je ne vous écrirai pas sauf à ma vie, ma compagne

Mon soldat par la larme, par la fleur et le calice

Par l’oiseau libérateur, par le sang et par la sève

Les empreintes à mon front, dans mes mains, sur ma bouche,

Par l’art de contemplation du souffle sur des berceaux

Des choses en particules, des électrons en voyage

 

Je ne vous écrirai pas sauf que je suis en dilemme

Mon écriture si vaine, la vie qui est souveraine,

Je voulais vous le dire mais est-ce vraiment utile

Vous le savez à l’amour, vous le savez aux chagrins,

Qui reviennent aux amours, qui n’ont besoin que de vivre

A la vie, à l’amour, j’ai vécu, qu’on s’en souvienne

 

© Gil DEF. 13 août 2007

 

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Commentaire de Gil Def le 10 juillet 2011 à 12:01

Bonjour

 

Je remercie ARTS et LETTRES de cet honneur d'un texte signalé qui fait toujours plaisir et qui ne peut qu'inciter à continuer d'écrire ...

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

Commentaire de Gil Def le 8 juillet 2011 à 12:01

Bonjour Elisabeth

 

Voilà un bon résumé ... Ah ces merveilleux instants où l'on trinque entre amis de poésie et de bon vin ... capables de refaire le monde ...

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

Commentaire de Gil Def le 8 juillet 2011 à 11:57

Bonjour Deashelle

Mon propos n’était pas d’engager un débat sur le pourquoi d’écrire … Mais il est vrai que mon titre pouvait  le faire penser … De là, je m’aperçois une fois de plus que les codes écrits sont bien insuffisants pour transmettre ce que j’ai à dire et ce que dirait la voix avec ses intonations bien plus signifiantes que les mots …

Peut être que là je devrais changer de titre et au lieu de "Pourquoi donc écrire ?" mettre  "Pourquoi donc écrire ?!" pour signifier un côté lucide, sachant ce qu’on vend d’écrits insignifiants à grands tirages, et ce qu’on lit, sachant l’intelligence, et la poésie absentes dans tout ça, et sachant que je n’écris comme beaucoup que pour des tiroirs … C’est aussi dire le côté heureux que j’ai à parler à mon entourage où je peux le gagne-terrain de la poésie, rien de plus.

 

Pour ce qui est du texte de Monsieur Jean d’Ormesson que je connaissais, il est vrai qu’il dit magnifique l’art d’écrire. Il a pour ça bien des avantages, toute la largesse de sa culture, toute l’ivresse d’une vie accomplie d’homme, d’écrivain, bien installé dans le système, n’ayant guère eu de souci pour se faire publier, et pour acquérir honneur et notoriété, il a ainsi toute la certitude qu’on le lira, et qu’on l’entendra. Il a aussi toute la dimension d’un homme qui déclare que le temps l’a changé pour de meilleures dispositions d’humilité et d’humanité, et qui joue même du contre-pied, disant aimer ce qu’il avait combattu et détesté.

 

Mais au bout de ce texte, il faudrait bien autre chose pour conclure magnifique l’art d’écrire et par nombre d’interrogations sur l’état actuel de la littérature, hors des tirages des grandes maisons d’édition. Il y a tout lieu de penser qu’il y aurait là tout un éventail d’autres opinions d’écrivains que celle de Monsieur Jean d’Ormesson…

 

Bonne journée. Amitiés. Gil              

Commentaire de Elisabeth Estivalet le 7 juillet 2011 à 20:34

ah! la bonne  poesie et le bon vin!!!!!!!!!!!amitiés

je penes que j'aime m'exprimer par les raccourcies comme dans ma peinture

bonne soirée EE 

Commentaire de Deashelle le 5 juillet 2011 à 12:13

Par Nicolas Fourny - Publié dans : Pourquoi écrire ?

« Ecrire, c’est inventer avec des souvenirs. » Jean d’Ormesson

 Ecrire c’est un bonheur, un loisir, un métier, une contradiction. En écrivant, on extrait de soi des choses intimes et dangereuses, et le danger vient justement de la pérennité que leur confère l’écriture. Si les mots écrits sont une signature plus ou moins fidèle de la pensée, ils braquent sur les sous-sols de l’âme d’impitoyables projecteurs, ils nous laissent nus, trahis par nous-mêmes, rarement compris. L’écriture, et plus encore la publication, c’est la réflexion jetée aux chiens, c’est l’entrée dans un système où la rareté des bienveillances n’a d’égale que la cruauté des jugements. Publier, sur Internet ou sur  le papier, c’est avant tout accepter de s’exposer. Le recours à la fiction n’y change rien : dans chaque situation, dans chaque personnage, dans chaque scène, dans chaque séquence, l’imaginaire de l’auteur se découvre avec complaisance ; le plus souvent, ce qu’il y a en lui n’est pas difficile à déchiffrer.

 Ecrire c’est aussi un partage, et de mon travail je déposerai ici ce que j’estimerai digne d’être lu, les fictions qui sont comme une rumeur de l’expérience humaine et qui me divulgueront mieux qu’aucune biographie, parce que je l’aurai décidé. Peut-être n’écrit-on jamais qu’à soi-même, peut-être l’écriture n’est-elle qu’un reflet ? Ou un moyen d’abandonner les masques successifs que l’existence nous a tendus et que nous avons acceptés ? Stephen King parle quelque part du fond de l’âme comme de l’endroit « où les choses sont vraies ». C’est un lieu que je visite sans cesse ; je n’ai cessé de vivre en regardant en arrière. Avec la complaisance évoquée naguère par Paul Guimard je me penche sur mon passé, sur les visages qui ont été les miens, qui insensiblement ont changé, de cet ensemble de modifications que l’on résume sous le fait de vieillir. « Je me souviens de moi en train de me souvenir. » 

 Dans le fracas des minutes, l’écriture est aussi une libération. « J’écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps », écrivait Borges. Et moi, pourquoi est-ce que j’écris ? Et pour qui ? Pour cet été qui va bientôt mourir, pour les énigmes de la saison, pour des pièces rouges et des rideaux ocre derrière lesquels s’élaborent tant de refuges imaginaires aussitôt brisés sur les récifs d’une délectation morose que rien ne peut vraiment entraver ? Quand on commence d’écrire, on ne s’arrête jamais. On ne peut pas poser son stylo et dire « voilà, c’est terminé », parce que ce n’est jamais terminé. On ne peut en finir ; on écrit toujours plus ou moins le même livre, la même histoire, le même essai ; la réflexion n’est interrompue que par la mort, ou par la lassitude, ou par la faillite cérébrale, ce qui revient au même. Il faut bien le reconnaître, on aime et on écrit toujours de la même façon, et un jour le style finit d’apparaître, il commence de se dégager des brumes de l’adolescence. Le style ? un style : le mien, perdu au milieu des autres, tout à la fois insignifiant et décisif. Il peut ravir ou mettre mal à l’aise ; il peut assoupir ou déranger ; il donne la couleur, la densité et sans lui les phrases ne sont rien.  

 

Comment se rappeler ? J’observe la vie en train de fuir, ma mémoire et ses vengeances, le fait que tout a été soigneusement noté, que rien ne manque, renoncements, plaisir, échecs, espoirs. Dans tout cela il faut choisir, car le temps manque. Il y a bien entendu une pente naturelle, la plus facile, qui consiste à revenir sans cesse vers la lumière, à négliger sa part d’ombre ; j’y ai souvent cédé ; faut-il le regretter ? La tristesse est-elle une caution pour l’altitude ? Je ne le crois pas. Je crois à la beauté du monde et à l’urgence d’être heureux, je crois aussi à l’angoisse, au malheur et à la souffrance, je crois à la fête et je crois aux larmes, je crois au désir et je crois à la mort. Que trouve-t-on d’autre dans les romans ? Des histoires. Une bonne histoire, c’est toujours ce qui peut arriver de mieux, et peu importe au fond qu’elle soit triste ou non, qu’il s’agisse d’une tragédie ou qu’elle nous fasse rire aux éclats. Les histoires, c’est la vie elle-même, la mienne, la vôtre, des personnages échappés du réel mais qui en arborent les stigmates. Nous essayons toujours de leur donner le meilleur de nous-mêmes, sans forcément y parvenir. Bah ! Nous continuons quand même. Il faut continuer. Il faut essayer. Il faut écrire, parce qu’écrire est une nécessité, plus encore qu’un hasard. Au fond, nous n’avons pas le choix, et quand nous le découvrons il est déjà trop tard. Les mots viennent et repartent, et fébrilement nous prenons des notes, même les plus décousues finiront bien par servir un jour, nous ne laissons rien échapper. C’est ce que nous pouvons faire de mieux, nous efforcer de ne rien perdre. Si ces textes ont un sens, c’est probablement celui-là.  

 

Ce texte est magnifique!

http://www.nicolasfourny.com/categorie-837504.html

 

 

 

Commentaire de Gil Def le 24 juin 2011 à 10:29

Bonjour Andrée

 

Un dit de poésie n'est-il pas une façon de prendre congé ?

C'est d'une berge à une autre, comme on doit quitter l'une que l'on sait, pour aller à l'autre dont on ne sait rien avec plus ou moins d'élan ...

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

 

PS Avec mes sincères remerciements pour le geste de semeuse poétique ...  

Commentaire de Andree Colon le 22 juin 2011 à 19:10
je t'ai placé dans   mon profil pour que des amies  puissent   aussi te lire
Commentaire de Andree Colon le 22 juin 2011 à 19:08
ECRIRE DONNER CONGE A SA RAISON ECRIRE DE BRIC ET DE BROC L AME A NU LAME A NU

Comme l’aigle de flotte dans l’aire de mes craintes

Ombre je suis mais, l’ombre d’un aigle

Tu es rideau de vapeur où je me brûle les ailes

Notre amour : Combat ritualisé où joug et joute s’entremêlent

C’est toujours en termes de guerre que la passion se définit

Comme le crocodile, yeux et mâchoires au ras de l’eau. J’attends

Grenouille de bénitier je croa croa croa

Je guette la zébrure de mes désirs

Et je demeure, victime désignée à ta jouissance, ta convoitise pleurant mes attentes comme une mère ses petits

Tu allais la morale aussi raide qu’une collerette de nonne
Commentaire de Yvette Douchie-Lheureux le 21 juin 2011 à 18:10
Vous n'en avez pas besoin, votre terrain est vaste, le terreau est riche et les multiples plantes en excellentes santé ...
Commentaire de Gil Def le 21 juin 2011 à 18:00

Yvette

 

Continuez de jardiner votre petit lopin...

Avez-vous quelques bonnes greffes ou boutures à me conseiller ?

 

Bonne fin de journée. Amitiés. Gil

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