Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

Bonjour,

3ème épreuve "écrire le dernier chapitre d'un roman qui n'existe pas"
http://www.academiebalzac.fr/defi200.html

Pour qui sonne le LA

La voix d’un Elu ordonnait et le ton employé ne laissait aucun doute quant à l’urgence.


-  Commandant Vinur ! Cette humanité est perdue à jamais. Le temps est venu pour la Terre de redevenir originelle. Vous commanderez l’Arche et emmènerez le « La ». Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Il avait bien espéré que cette décision n’arrivât jamais. Du moins pas à cet instant. Il devait se marier dans quinze jours avec Kærastan qui partageait la même passion que lui : celle de l’univers. La cérémonie de mariage devait avoir lieu dans l’observatoire et ensuite tous deux, pour leur voyage de noces, s’en iraient dans les étoiles. Mais il en avait été décidé autrement. Sans amis pour fêter ce qui, en temps normal, aurait été une noce, ils étaient devenus mari et femme. Ils savaient tous les deux que leur avenir en serait tout autrement. Ils avaient quinze jours pour s’aimer avant leur séparation. Vinur souriait pour ne pas faire pleurer Kærastan. Quinze jours de bonheur et de joie à ne pas oublier, à inscrire dans le génome humain.

À bord de l’Arche le « La » était enfermé dans une cordelette suspendue à un crochet. Le commandant était à un hublot, penseur en observant la Terre-Mère, la Matrice, s’éloigner dans le noir sidéral. Il savait qu’il était le dernier de son espèce, que la Terre qui l’avait vu naître allait se diluer et que l’espèce humaine, sans le « La » disparaîtrait. Ses pensées s’en allaient vers le futur, le sien, comme celui des hommes de la Terre, était scellé. Il s’éteindrait seul puisque Kærastan, son épouse, avait préféré ses convictions et mourir auprès de ses parents. Lui s’en allait loin de son corps terrestre. Il deviendrait poussière d’étoile. Mais il accomplirait sa mission : avant qu’il ne meure il ferait sonner le « La » et le son résonnerait à travers tout l’univers. L’onde sonore remettrait l’univers en ordre et la Terre à sa place. Tout redeviendrait comme il y a des dizaines de centaines de milliers d’années avant la première transformation. Les humains redeviendraient, comme les autres vivants, les premières cellules de vie. Et tout recommencerait. Le cycle de la vie, minuscule cellule où l’instinct de survie disparaîtrait au fur et à mesure que la conscience individuelle prendrait le pas sur la survie collective, où l’homme modifierait les cellules microscopiques pour disloquer le mystère de l’infini, redéfinirait le début et la fin d’une humanité.

Quant à lui, son avenir dans la mémoire des cellules était assuré. Il deviendrait le Créateur. Et quand le « La » serait à nouveau détraqué, un homme tel que lui s’en irait loin dans l’espace pour remettre la pendule universelle à l’heure. Le commandant filait vers l’avenir du temps, vers le « La » qui résonnerait vers l’apothéose du génie humain. La note absolue et universelle trouverait son summum en adéquation avec la Terre.

Kærastan était jeune et pourtant sa peau était flétrie. La jeune astrophysicienne était dans la maison de ses parents et tenait la main de son père qui ne ressemblait plus à un humain. Il s‘était transformé en un être rempli de pustules. Sur la table du salon elle regardait le bouquet de fleurs que lui avait donné son époux, le Commandant Vinur. Les fleurs se liquéfiaient. 


-  La Terre reprend ses droits. La mémoire des hommes s’efface tout doucement. Tu m’avais dit, Vinur, quand les fleurs ne seront plus fleurs j’aurai sonné le « La ».

Le filet liquide, tel un ruisseau, rejoignait la Matrice. Elle sentait la Terre se couvrir de boues polluées. Les pluies étaient vénéneuses, les mers montaient inondant et se mélangeant aux terres. Les îles étaient englouties, les glaciers n’existaient plus. Les pôles avaient perdu leurs glaces et l’air brûlait les poumons des êtres vivants.

-  Pourquoi aurais-je dû t’accompagner Vinur ? Pour être deux à voir la Terre devenir stérile ? Le Créateur précédent n’avait pas de compagne. Et pourtant… Si j’avais eu tort ? En tant que compagne j’aurais été aussi Créateur. Sans doute qu’à deux nous n’aurions pas fait les mêmes erreurs que le précédent ?

C’était les mots qu’elle lançait au micro vers le vaisseau qu’elle ne voyait déjà plus depuis un bon moment dans le télescope dirigé vers l’univers. La réponse ne venait pas. À quoi bon ? Il était maintenant si loin, hors de la galaxie. Kærastan ne regrettait pas leurs étreintes amoureuses des nuits précédentes. Au contraire, Vinur serait heureux de penser à ces moments d’amour au moment où il tirerait sur le « La ». Quant à elle, une fois transformée en cellule elle transmettrait ce besoin d’amour. Elle était certaine qu’avoir été astrophysicienne lui aura permis de rencontrer son Créateur.

Elle jeta un œil vers le ciel. Il n’avait pas changé. Les étoiles étaient toujours au même endroit. Pourtant le sol terrestre était maintenant différent. La Terre continuait sa plongée lente et immuable dans l’eau et avant qu’elle s’en rende compte toutes les cellules de son être se sont dispersées et se sont réfugiées dans les profondeurs aquatiques qui les protègeront le temps nécessaire à la reconstruction.

© Krystin Vesterälen – 7 août 2014

Vues : 34

Commenter

Vous devez être membre de Arts et Lettres pour ajouter des commentaires !

Rejoindre Arts et Lettres

                L'inscription

et la  participation à ce résau

   sont  entièrement grauits.

       Le réseau est modéré

Les rencontres littéraires de Bruxelles

Le projet est lancé le 28 mars 2017. J'y ai affecté les heureux talents de Gérard Adam pour mener ce projet à bonne fin

Billets culturels de qualité
     BLOGUE DE              DEASHELLE

Quelques valeurs illustrant les splendeurs multiples de la liberté de lire

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza, attaché critique d'art du réseau Arts et Lettres. Ces billets sont édités à l'initiative de Robert Paul.

ABSTRACTION LYRIQUE - IMAGE PROPHETIQUE : L'ART DE KEO MERLIER-HAIM

DE L’ABSTRACTION DES CORPS : L’ART DE DEJAN ELEZOVIC

L'IMAGE DE LA FEMME DANS LA MYTHOLOGIE D'ARNAUD CACHART

L’IDEE, ARCHITECTURE DE LA FORME : L’ŒUVRE DE BERNARD BOUJOL

LE THEATRE DES SENS : L’ŒUVRE D’ALEXANDRE PAULMIER

DU CIEL INTERIEUR A LA CHAISE HUMAINE : L’ŒUVRE DE NEGIN DANESHVAR-MALEVERGNE

VARIATIONS SUR LE BESTIAIRE : L’ŒUVRE DE ROBERT KETELSLEGERS

ELIETTE GRAF ENTRE POESIE ET MAGIE

COULEURS DE MUSIQUE, MUSIQUE DES COULEURS : L’ART DE HOANG HUY TRUONG

REFLETS D’UNE AME QUI SE CHERCHE : L’ŒUVRE DE MIHAI BARA

LE SIGNE ENTRE PLEINS ET VIDES : L’ŒUVRE DE CHRISTIAN GILL

ENTRE LES SPHERES DE L’INFINI : L’ŒUVRE D’OPHIRA GROSFELD

PAR-DELA BÉATRICE : LE DIALOGUE DE CLAUDIO GIULIANELLI

DE L’ESTHETIQUE DU SUJET : L’ART DE JIRI MASKA

 

 ENTRE REVE ET FEMINITE : L’ŒUVRE DE CHRISTIAN CANDELIER

DE L’ORDINAIRE COMME ESTHETIQUE : L’ŒUVRE DE YVONNE MORELL

QUAND 

SURREALISME ET HUMANISME EXPRIMENT L’ŒUVRE D’ALVARO MEJIAS

UN THEATRE DE COULEURS ET DE FORMES : L’UNIVERS D’EDOUARD BUCHANIEC

CHRISTINE BRY : CAVALCADES AU CŒUR DE L’ACTE CREATEUR

QUAND LE MYTHE S’INCARNE DANS L’ART : L’ŒUVRE D’ODILE BLANCHET

D’UN SURREALISME L’AUTRE : LES FLORILEGES DE MARC BREES

DE LA TRANSPARENCE DE L’AME : L’ŒUVRE DE MARIE-CLAIRE HOUMEAU

VERS UN AUTRE SACRE : L’ŒUVRE DE RODRIGUE VANHOUTTE

traduit en espagnol via le        lien en bas de page

     http://bit.ly/29pxe9q

LE SIGNE ENTRE LA CULTURE ET LE MOI : L’ŒUVRE DE LYSIANE MATISSE

DE LA MATIERE ENTRE LES GOUTTES DE L’ESPACE : L’ŒUVRE DE FRED DEPIENNE

FREDERIQUE LACROIX-DAMAS - DU PALEOLITHIQUE AU CONTEMPORAIN : RETOUR SUR L’ORIGINE DU MONDE

ENTRE SURREALISME ET METAPHYSIQUE : L’ŒUVRE DE GHISLAINE LECHAT

LA FEMME CELEBREE DANS LA FORME : L’ŒUVRE DE CATHERINE FECOURT

LA LIGNE ENTRE COULEURS ET COSMOS : L’ŒUVRE DE VICTOR BARROS 

CHRISTIAN BAJON-ARNAL : LA LIGNE ET LA COULEUR : L’ART DE L’ESSENCE

LE ROMAN DE LA ROSE : L’ECRITURE PICTURALE DE JIDEKA


MARTINE DUDON : VOYAGE ENTRE L’ESPACE ET LA FORME

TROIS MOMENTS D’UNE CONSCIENCE : L’ŒUVRE DE CATHERINE KARRER

CHRISTIAN KUBALA OU LA FORME DU REVE

L’ŒUVRE DE JACQUELINE GILBERT : ENTRE MOTS ET COULEURS

TROIS VARIATIONS SUR UN MEME STYLE : L’ŒUVRE D’ELIZABETH BERNARD

ISABELLE GELI : LE MOUVEMENT PAR LA MATIERE

L’ART, MYSTIQUE DE LA NATURE : L’ŒUVRE DE DOROTHEE DENQUIN

L’AUTRE FIGURATIF : l’ART D’ISABELLE MALOTAUX

CLAUDINE GRISEL OU L’EMOTION PROTAGONISTE DU MYTHE

VOYAGE ENTRE LYRISME ET PURETE : L’ŒUVRE ABSTRAITE DE LILIANE MAGOTTE

GUY BERAUD OU L’AME INCARNEE DANS LA FORME

LA FEERIE DE L’INDICIBLE : PROMENADE DANS L’ŒUVRE DE MARIE-HELENE FROITIER

JACQUELINE KIRSCH OU LES DIALOGUES DE L’AME

DU CORPS ET DU CODE : L’HERITAGE PICTURAL DE LEONARD PERVIZI

JACQUES DONNAY : ITINERAIRES DE LA LUMIERE

MIREILLE PRINTEMPS : DIALOGUE ENTRE L’ESPACE ET LE SUJET

STEPHAN GENTET: VOYAGE ENTRE LE MASQUE ET LE VISAGE

MARC LAFFOLAY : LE BOIS ET LE SACRE

FLORENCE PENET OU LA COULEUR FAUVE DES REVES

LE SURREALISME ANCESTRAL DE WILLIAM KAYO

CLARA BERGEL : DE L’EXISTENCE DU SUJET



GERT SALMHOFER OU LA CONSCIENCE DU SIGNE

ALFONSO DI MASCIO : D’UNE TRANSPARENCE, l’AUTRE

 

LESLIE BERTHET-LAVAL OU LE VERTIGE DE L’ANGE


TINE SWERTS : L’EAU ENTRE L’ABSTRAIT ET LA MATIERE


ELODIE HASLE : EAU EN COULEURS


RACHEL TROST : FLOATING MOMENTS, IMPRESSIONS D’INSTANTS


VILLES DE L’AME : L’ART DE NATHALIE AUTOUR


CHRISTIAN LEDUC OU LA MUSIQUE D’UNE RENAISSANCE


CHRISTIGUEY : MATIERE ET COULEUR AU SERVICE DE L’EXPRESSION


HENRIETTE FRITZ-THYS : DE LA LUMIERE A LA LUMINESCENCE


LA FORME ENTRE RETENUE ET DEVOILEMENT : L’ART DE JEAN-PAUL BODIN


L’ART DE LINDA COPPENS : LA COULEUR ET LE TRAIT DANS LE DIALOGUE DES SENS


CLAUDE AIEM : OU LA TENTATION DU SIGNIFIE


BOGAERT OU L’ART DE LA MYSTIQUE HUMAINE


MICHEL BERNARD : QUAND L’ART DANSE SUR LES EAUX


PERSONA : DE L’ETAT D’AME AU GRAPHISME. L’ŒUVRE D’ELENA GORBACHEVSKI


ALEXANDRE SEMENOV : LE SYMBOLE REVISITE


VERONICA BARCELLONA : VARIATIONS SUR UNE DEMARCHE EMPIRIQUE


FRANCOISE CLERCX OU LA POESIE D’UN MOMENT


XICA BON DE SOUSA PERNES: DIALOGUE ENTRE DEUX FORMES DU VISIBLE


GILLES JEHLEN : DU TREFONDS DE L’AME A LA BRILLANCE DE L’ACHEVE


JIM AILE - QUAND LA MATIERE INCARNE LE DISCOURS


DIMITRI SINYAVSKY : LA NATURE ENTRE L’AME ET LE TEMPS


FRANÇOISE MARQUET : ENTRE MUSIQUE ET LEGENDE


CLAUDINE CELVA : QUAND LA FOCALE NOIE LE REGARD


LES COULEURS HUMAINES DE MICAELA GIUSEPPONE


MARC JALLARD : DU GROTESQUE A L’ESSENTIEL


JULIANE SCHACK : AU SEUIL DE L’EXPRESSIONNISME MYSTIQUE


ROSELYNE DELORT : ENTRE COULEUR ET SOUVENIR


BETTINA MASSA : ENTRE TEMPS ET CONTRE-TEMPS

XAVI PUENTES: DE LA FACADE A LA SURFACE : VOYAGE ENTRE DEUX MONDES

MARYLISE GRAND’RY: FORMES ET COULEURS POUR LE TEMPS ET L’ESPACE

MARCUS BOISDENGHIEN: ETATS D’AME…AME D’ETATS : EMOTIONS CHROMATIQUES

 

JUSTINE GUERRIAT : DE LA LUMIERE

 

BERNADETTE REGINSTER : DE L’EMOTION A LA VITESSE

 

ANGELA MAGNATTA : L’IMAGE POUR LE COMBAT

 

MANOLO YANES : L’ART PASSEUR DU MYTHE

 

PIERRE-EMMANUEL MEURIS: HOMO LUDENS

 

MICHEL MARINUS: LET THE ALTARS SHINE

 

PATRICK MARIN - LE RATIONNEL DANS L’IRRATIONNEL : ESQUISSES D’UNE IDENTITE

 

CHRISTIAN VEY: LA FEMME EST-ELLE UNE NOTE DE JAZZ?

 

SOUNYA PLANES : ENTRE ERRANCE ET URGENCE

 

JAIME PARRA, PEINTRE DE L’EXISTENCE

Bruxelles ma belle. Et que par Manneken--Pis, Bruxelles demeure!

Menneken-Pis. Tenue de soldat volontaire de Louis-Philippe. Le cuivre de la statuette provient de douilles de balles de la révolution belge de 1830.

(Collection Robert Paul).

© 2020   Créé par Robert Paul.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation