Arts et Lettres

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Mes voies d’eau, mes watergangs, mes canaux, et forcément

Mon pays de sable et vent, j’en suis loin, pour tout ce temps,

Et pourtant, j’en suis toujours, même ici, et par devant

La hauteur des bâtiments qui font gris tous les passants

Leur aspect comme migrants, comme après un accident  

 

Ma plaine et mon blé aux champs, mes saisons, et forcément

Mon pays, mon nord beffroi, mes géants, mes grands serments,

Mon grand fief, ma légende, j’en suis fier, j’en suis l’enfant

De l’Artois, aux marches, et terre et mer, détroit au vent,

Fort risban, sueur et sang d’ouvriers et paysans

 

De là-bas, et maintenant, je suis vent, et forcément

Il en manque ici vraiment des moulins, des cerfs-volants

Des chemins entre des haies sous l’aile d’engoulevent

Quand je n’ai que du bruit là, massifié stupidement

Il abrutit, et puis nous tue, lentement mais sûrement 

 

Mon estran, mon bord de mer, mes dunes, et forcément

Mon pays de caps au vent, j’en suis loin, pour tout ce temps

Et pourtant, j’en suis toujours, mes yeux bleus, profondément  

Se voudraient du détachant pour les rues, les monuments,

Et les gens, dehors, dedans, bitume et zoo désolant

 

De là-bas, et au présent, je suis grand, et forcément

Parce que j’ai l’horizon dans ma manche en plaisantant

D’un tunnel, la traversant des deux bras du vêtement   

Parce que j’ai du capieau, du patois évidemment

Un gardin, des épeutnards à monieau, j’en suis l’accent

 

Ma jetée, ma tour de guet, mes ferries, et forcément

Mon pays de face à face à la mer, mes câbles, et mes gréements

Mes chalets, mes bains de pieds, mes galets troués de temps

Mes papiers, mes passeports, mes transports, sablés de vent

Mes belles courguinoises, mes amours, mes soleils blancs

 

De là bas, et à présent, je suis franc, et forcément

A cause du temps craintif et plaintif, du vent hurlant

Aux marins, au deuil pluviôse, à l’épave, et chèrement

A cause du courage qu’il fallut de l’Islande à maintenant

Aux pêcheurs, noyés de brume, aux veuves des éléments

 

Mes clochers, mes lieux-dits, mes routes, et forcément

Les pas lents pour faire droit son sillon, et humblement

Du marais jusqu’au polder, du fort vert et jusqu’au cran

A l’escale d’Angleterre, tout en face et nonobstant

Les cordes pour six bourgeois, le welcome est plus fringant

 

De là bas, et à présent, je suis franc, et forcément

Je reproche à mon pays d’être moins pour ses enfants

On le vide et on le quitte, à cause des gouvernants

Mon nord c’est autre chose que celui des exploitants

D’images et de clichés qui se font de bons moments

 

Mes gens chers ont du soleil dans le cœur mais forcément

Pas dehors qui serait gris, c’est cacher bien facilement

Que le temps n’a rien à voir avec ça depuis longtemps

Ce soleil est entre gens de labeur et survivants

Durs au mal et résistants, c’est la lampe au jour baissant

 

De là-bas, et à présent, je suis franc, et forcément

Je défends les vieux mineurs, leurs souffles vont aux absents

Leur charbon est bien trop noir, deux fois aux enterrements

Je défends les dentelliers, qu’on emmène obstinément

Aux musées d’un autre temps, les débauchant, par dix, par cent

 

Je défends dans l’urgence, des ferries, et forcément

Des marins, du lien libre pour passer cheveux au vent

Un détroit entre peuples qui ne sont pas différents

De poumons, de voies du sang, de besoins humainement

Gens du sol et émigrants, ne font qu’un finalement

 

Mes amis, mes sociétés, mes repas, et forcément

Nos débats, et nos chansons, nos combats passionnément

Pour la vie, pour les enfants, pour nos pieds d’enracinement

Du sous-sol au sens du vent, de l’école aux derniers bancs

Défilant les fanfares, la musique à belles dents

 

Mes têtes et mes rêves, mes grands soirs et forcément

Mes fêtes, mes ducasses, mes cibles d’amour tentant

J’en défends les manèges, les pompons et par devant

Un pays qui ne serait que sièges pour cheveux blancs,

Car il est où il doit être, un chez moi de sable et vent

 

Un chez moi, corps et âme, dans ma voix, et forcément

Air et eau, en mes veines, un chez moi, tellement grand

Qu’il ne craint l’éloignement, il me reste au croisement

D’un pigeon, même si je crains, personne n’est impatient,

Ne l’attend, au colombier, comme un jour de cœurs battant

 

Un chez moi, si tu le vois, c’est normal, car forcément

Ils sont là, mes watergangs, mes canaux, et mes pas lents

Qu’importent les bâtiments, les statues, les monuments

Je ne vois que par devant, tu es là, m’accompagnant

Et ainsi tu es mon nord, quelque soit le sens du vent

 

© Gil DEF - 17.08.2009

- Le Grand Chemin -

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Commentaire de Gil Def le 29 septembre 2011 à 15:18

Bonjour Marcelle

 

Je note effectivement des commentaires qui ont disparu où je parlais notamment de l’activité des Morins il y a plus de deux mille ans en réponse à des commentaires de Raymond.

Je connais un peu la région proche de ton lieu de naissance. En effet, je suis allée à diverses reprises à Goignies-Chaussée chez des éleveurs de chevaux. Je connais aussi le bassin minier, parce que j’avais un grand oncle qui était de Hénin-Liétard, parce que j’ai eu lors de mes études nombre de camarades dont les pères étaient mineurs, parce que j’ai eu un bon nombre de contacts avec des syndicalistes des mines notamment lors de la catastrophe de Liévin de 1974, et dans les dernières années d’activité. Je connais bien le centre historique minier de Lewarde où je me suis rendu à plusieurs reprises avec des groupes d’élèves. Je me souviens encore de ma dernière visite où j’ai eu la chance d’avoir pour guide un ancien mineur d’origine italienne, ce genre d’homme avec qui on comprend tout immédiatement d’une bonne pogne, et de l’attention portée aux enfants. Tu as raison d’inciter sur tout ce que trouve dans ce centre.

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

 

Salle dite des pendus de Lewarde -

Commentaire de Gil Def le 29 septembre 2011 à 14:34

Bonjour Blanche

 

En effet, surtout ne pas perdre le nord comme le chantait Raoul de Godewaersvelde ...

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

 

Commentaire de marcelle dumont le 29 septembre 2011 à 11:38

Cher Gil,

J'ignore ce qui s'est passé mais j'avais réagi à ton texte sur le Nord, dans lequel on sent un amour profond pour ta contrée natale. J'ai peut-être oublié d'envoyer le message. Je t'y disais en substance que je suis de la frontière française, puisque née à Erquelinnes, à 12 km de Maubeuge. Cette région m'est donc très proche. J'ai visité récemment l'expo "Esprit Mine" qui se tient jusqu'à la fin de cette année, au Centre Historique Minier de Lewarde, près de Douai. Cet endroit est vraiment fabuleux. Non seulement on y conserve les machines qui parlent de ce passé mais on y évoque aussi la vie quotidienne dans la fosse et également  en surface, avec les objets de la vie quotidienne et les jeux qui permettaient aux mineurs de sourire parfois, en oubliant leur dur labeur. Ce labeur était également celui des Borains, des gens du Centre, de Charleroi et de Liège. Il n'y a pas de frontière pour les bassins miniers !

Commentaire de NICOLAS Blanche Nadine le 8 septembre 2011 à 14:25
Une très belle page ! De quoi se réconcilier avec son Nord...et surtout ne pas le perdre, le Nord avec le crachin et la brume...on en perd la boussole ! Bah ! faut en être issu pour le comprendre, amitiés !
Commentaire de Raymond MARTIN le 7 septembre 2011 à 17:26

T'as une belle côte tu sais ? !

Pour les Morins  . J'ai "La guerre des Gaules "   de  Caius  IULIUS   CAESAR , ce peuple est mentionné,en  Belgique  maritime,Flandres ,Zélande ..Grand  merci 

Kénavo !! Raymond

Commentaire de Gil Def le 7 septembre 2011 à 7:39

Bonjour Marie-Ange

 

J'apprécie votre passage sur ce texte d'hommage à ma région.

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

Commentaire de Gil Def le 5 septembre 2011 à 16:39

Bonjour Raymond

 

J'ai remarqué ton affection pour la Bretagne. Je puis te dire qu'il y a plus de deux mille ans mon pays était fait d'ilots et d'espaces régulièrement inondés, et occupé par les Morins, un peuple d'origine celtique et dont le nom signifierait ceux de la mer, et comme étant de même racine que celui d'Armoricains...

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

Commentaire de Gil Def le 5 septembre 2011 à 16:26

Bonjour

 

En plus des personnes qui m'ont gentiment accordé leurs commentaires, je tiens à remercier ceux qui ont apprécié le texte d'un clic coeur ... Dominique Prime, Liliane Boulvin, Martine Vandenkerkove, Abdelkader Khalef, et Jiembé.

 

Bonne journée. Amitiés. Gil 

Commentaire de Raymond MARTIN le 3 septembre 2011 à 11:52

Ne pas oublier  que Carolus Magnus   fut Empereur des Francs   soit le Germanie    la Belgique et la Hollande

  la Gaule  et que dans mon sud Ouest Les Wisigoths  ont créé Toulouse et sa civilisation   avec les Aquitains        locaux     ,qu'ils savaient lire et  écrire  eux ..  

   Je connais peu le Nord   ..............mais une terre où  je me sens bien aussi  c'est la Bretagne .

 J'ai fait un clin d'oeil aux cousins Wallons  en mettant sur le blogue un poème  en  Wallon ..

 Laissons les empêcheurs de tourner en rond  tourner au carré !

Bonne journée à toi

Raymond

 

 

Commentaire de Gil Def le 3 septembre 2011 à 11:15

Bonjour Jacqueline

 

Ayant décidé un certain nombre de personnes de venir voir le Nord, j’ai pu constater qu’ils y ont trouvé bien d’autres images que celles des clichés traditionnels, et qu’il y avait gagné l’envie d’y revenir. En tout cas, ils m’ont rendu plus fier encore de mon pays tant chargé de l’histoire d’un peuple laborieux, courageux, solidaire et accueillant, et quand on lui fait tort et hypocrisie, je le défends et lui demande de continuer de former des bataillons de jeunesse qui ne veulent pas le quitter mais en poursuivre l’histoire.

 

Bonne journée. Amitiés. Gil   

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