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« Lisbeths » (2006) de Fabrice Melquiot au théâtre Le Public > 29 octobre 2016

« Lisbeths » (2006) de Fabrice Melquiot au théâtre Le Public  

 La douce canicule de cette mi-septembre se meurt vite dans l’atmosphère renfermée de la salle des voûtes du théâtre Le Public et la pièce devient vite  irrespirable, …entendez, dans le sens de l’absence de respirations! En effet, les deux comédiens vont mener train d’enfer, aspirés dans la fébrilité de leur poursuite amoureuse à travers les ronces de la vie.

George Lini et Isabelle Defossé ont tout donné ! La langue  est haletante, truffée d’interruptions, de rires trompeurs,  de lapsus, de choses échappées à l’inconscient, de bulles effarouchées, d’hésitations essoufflées, de précipitations  vertigineuses dans un jeu théâtral intelligent et juste.  Ils ne savent pas comment s’approcher, coincés dans leurs carapaces bourrées d’épines. Pas facile l’amour chez les oursins, comment remonter à la surface ?

 Les giclées de « enfin bref » sont autant de cris d’alarme brûlants. Le sol du plateau est un lit de braises. « Enfin bref », c'est le mot qui assassine le présent, qui court haletant vers un futur qui se dérobe, qui angoisse et qui terrorise.  A lui seul il symbolise  l'urgence d'un désir inassouvi, sans jamais l'ombre d'un espoir de contentement, avec à la clef la déception comme clef de voûte de la vie, dans une course absolue et effrénée, à l'assaut des ombres et non des choses et des gens, tels qu'ils sont! 

 Le duo fantastique des deux comédiens Georges Lini & Isabelle Defossé détient un  puissant pouvoir d’invitation à la réflexion. Cette pièce fulgurante du savoyard  Fabrice Melquiot pourrait-elle briser le cycle infernal de nos temps pressés et utiles... ?   Et si on éduquait les gens au contentement et non à l’avidité permanente ? Une avidité stimulée par la publicité, qui affirme qu’il nous manque toujours impérieusement quelque chose.  Une civilisation du besoin chronique et permanent, sans cesse ressassé, qui  instille dans les esprits la dure sensation de manque.  Ils ont les yeux dans les yeux, le corps à corps, mais pas la sérénité de  l’accord ! Le spectateur ne ressortira pas indemne, touché, mais heureusement pas coulé !

 « Ils ont tout et pourquoi cela ne marche pas » se demande-t-on?  Cette question ne cesse de hanter le spectateur souvent pris à témoin par les comédiens, ballotté dans l’ivresse des mots, des dialogues et des narrations croisées au cours de joutes qui ne sont pas que verbales puisque le corps est maître à bord. Ainsi, le spectateur est entraîné, troublé, subjugué par  l’énergie théâtrale époustouflante du  ballet des amoureux qui évoluent tels des papillons de nuits affolés, dans un clair-obscur plus livide que le désespoir. Et pourtant  la fille avait des rêves, elle avait su larguer les amarres, et pourtant elle avait - mine de rien- semé la lumière, rêvé d’un enfant dans la blancheur d’une innocence retrouvée,  galbée de verres de laits à la chaîne et de craies blanches prêtes à écrire une nouvelle vie.

Le phénomène de l’amour - ce qui fait que nous existons à nos yeux et aux yeux des autres - devrait être la tendre aspiration de chaque homme et de chaque femme. Mais la pièce  se fait de plus en plus pessimiste  et l’inaccessible étoile reste bel et bien inaccessible pour les deux personnages, à force de se concentrer sur leur propre désir et non sur celui de l’autre. Et pourtant tout avait  si bien commencé, un peu comme dans L’Ecume des jours: sur les  sentiers peu fréquentés  du fantastique et de la poésie.

lisbeth

 

 Petits commerçants, petits consommateurs d’amour, ils s’éteignent aussitôt allumés, des lucioles perdues dans le grand noir !  Et l’homme est impuissant  devant son destin, vissé à une  angoisse obnubilante comme un coquillage sur son navire car sa Lisbeth, tout d’un coup, n’est  plus la Lisbeth qu’il connaissait dans les moindres recoins : elle a changé ! Elle est une Lisbeth plurielle et réelle. Et cela  Pietr ne l’accepte pas! …S’il pouvait se dire qu’elle est  tout bonnement vivante, traversée par le désir d’enfant et assoiffé de  lui ! Incapable de renoncements, il la fige dans son imaginaire, la cloue comme un papillon sur la planche de l’entomologiste, alors que la vie, c’est justement l’adaptation perpétuelle et le changement! Pauvres humains plus piquants encore,  mais bien moins sages, que les oursins!

 

http://www.chargedurhinoceros.be/index.php?option=com_content&v...

...À plus de quarante ans, Pietr se contente de brèves aventures : représentant de commerce, ce n’est pas un métier pour être en couple, on n’est jamais là. Lisbeth fait irruption alors qu’il n’attendait plus rien. Ils se plaisent et décident rapidement de faire un enfant, dans un hôtel, face à l’océan. Elle patiente sur le quai de la gare. Quand il descend du train, il voit cette femme qui vient vers lui, tout sourire, toute lumière. Ce n’est plus Lisbeth, c’est une autre Lisbeth, c’est une inconnue. Mais il reste pourtant l’envie d’atteindre cet amour absolu …

De Fabrice Melquiot, mise en scène de Georges Lini, avec Isabelle Defossé et Georges Lini

Du 6 septembre au 29 octobre 2016 à 20h30 au Théâtre Le Public à 20h30

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=434

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fabrice_Melquiot

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Commentaire de Deashelle le 15 septembre 2016 à 13:11

Lisbeths -1- (c) Bruno Mullenaerts.jpg

Commentaire de Deashelle le 15 septembre 2016 à 13:10

Le mot du metteur en scène:

Georges Lini : Cela pourrait être une histoire d’amour classique. Une femme rencontre un type à la terrasse d’un café. Ils tombent amoureux, font des projets de vie et subitement deviennent des inconnus l’un pour l’autre et se quittent.

Mais c’est sans compter sur le pouvoir étonnant de la poésie que Fabrice Melquiot convoque à chaque situation. C’est cette part-là de la pièce qui m'intéresse en tant que metteur en scène. Nous suivons cette histoire qui se noue comme un miracle entre deux personnes que tout pourrait opposer, avec dès le début l'intuition du malheur. Des "signes poétiques mystérieux et violents" jalonnent leur parcours. Il y a d'abord l'unijambiste à l'hôtel, le couple de manchots au café, le corbeau adopté, Carol l'enfant cannibale, le lait qui lave les souvenirs, les craies blanches, les fonds marins et une Lisbeth qui devient pluriel. Fabrice Melquiot sème le trouble, l'ambiguïté. Ce qui fait drame, chez lui, c'est la genèse du sentiment amoureux, entraînée par la puissance du sexe. Corps, Sentiment, Sexe : voilà dans quoi le personnage est pris et doit frayer sa voie. Ce n'est pas une histoire à l'eau de rose qu'il nouspropose, celle-ci est pleine d'épines. L’amour est dangereux si on ne déchiffre pas les signes. Une mise en scène à deux niveaux : celui du jeu et celui de la narration. Deux micros, deux tables rondes de café avec deux chaises et un lit pliable (clic clac). Une mise en scène dynamique et ludique et faussement anodine. Emmener le public dans une traditionnelle histoire d’amour, le rassurer dans un premier temps, semer le trouble ensuite en l’emmenant sur des fausses pistes avec des personnages de plus en plus difficiles à cerner et des événements (poétiques) qui flirtent avec le fantastique, le surprendre enfin par la violence de l’échec.

Ce troublant clair–obscur fera dire à Pietr, au terme de ce voyage au bout de l’étrange : « C’est la chose la plus dangereuse du monde, un cœur qui bat ».

Commentaire de Deashelle le 15 septembre 2016 à 13:08

Lisbeths -3- (c) Bruno Mullenaerts.jpg

Commentaire de Deashelle le 15 septembre 2016 à 13:08

Lisbeths -5- (c) Bruno Mullenaerts.jpg

Commentaire de Deashelle le 15 septembre 2016 à 13:07

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