Les arbres meurent aussi de chagrins
A toutes les personnes décimées par la civilisation
Sur le chemin de l'école
Entre les allées d’érable
J’ai rencontré un hiver si rude
Que mes doigts en souffrir blanc de marbre,
Et que mes antennes
Furent privées du son
Du marteau battant l'enclume.
Elles prenaient alors la couleur écarlate du nez de décembre
Austère, les arbres ne se plaignent pas, mais m’engagent à la réflexion.
« Nos amis ne sortent pas de terre pour gémir dans nos cheminées au centre d'un confort superfétatoire. Au printemps leur parure chlorophyllienne ne recouvre aucune honte. Leur richesse égale celle de toute personne même plus vulnérable que nous autres et ils méritent notre protection, notre respect.
Eux, les oubliés des clercs et des rois, eux qui abritèrent les amours de Claire et François, et que vénèrent encore les amis d’Hildegarde.
Il n’y a que les vagabonds nuages pour entendre leurs prières de fossiles errants, dont l'écorce cache la pudeur des misérables.
Apitoyé, j’entends leurs lamentations, leurs gémissements dans les plaines et les sombres forêts où le mycélium se nourrit de la mort qu’annoncent dans les ciels de novembre, les soupirs des corbeaux.
On nous parle toujours, de l’Oranger de Carthage, du Cèdre du Liban, du Baobab de l'Afrique en guenilles, du Maté du Chili, de l'Orme buvant à la Volga, du Séquoia à l’ombre de la Californie, et des Tilleuls des cours d'école !
On ne nous cause jamais des arbres qui meurent de chagrin, comme le cerisier cet ami mort d'avoir aimé une capucine quand rougissent d'aise les fruits du mois de mai convoités par le merle chanteur qui piaffe comme un veau au lever du soleil. Et de l'Aubépine en tenue d’harlequin, et de l'Eglantier revendicateur, hein ! Personne n’en cause ! Et pour cause !
…si les pétales de mon âme pouvaient apaiser la soif de l'abricotier argenté qui réclame la Paix depuis que l'homme foule son sol. Le seul vivant.
J’aimerais entendre la mélodie des arbres au retour des tourterelles, entendre fredonner leurs paroles sacrées auxquelles succombent même les tyrans.
Lionel M.
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