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  • Lorsque Henri Cartier Bresson voit le jour le 22 août 1908, à l’horizon Est le Sagittaire bande son arc vers un au-delà mystérieux dont l’artiste va peu à peu développer le sens, au hasard de ses rencontres, au risque de ses choix.
  • Refusant de s’installer durablement dans le conformisme que ses origines bourgeoises lui offrent comme un viatique sans départ, il choisit l’aventure intranquille, la mouvance, la désobéissance. L’expansif et tonitruant Jupiter côtoie étroitement en Lion la violence de Mars et le feu solaire, relayés par la célérité mercurienne, concentre en un seul lieu détonant, la force igné du renouvellement de soi et de la pensée, la colère exaspérée et les crises intimes qui non encore sublimées font du jeune Henri un enfant difficile, le « fruit sec » de la famille.
  • Sa mère néanmoins l’accompagne dans la découverte de la Culture, au Louvre, au Concert et dans ses lectures ; A l’Occident de son ciel de naissance, Lune maternelle et Vénus sensorielle, unies en Cancer à l’océanique Neptune, absorbent et magnifient son imaginaire, plaque sensible qui plus tard révélera l’invraisemblance, l’inattendu, le génie et très tôt donnera au goût de l’Art une saveur jubilatoire et l’axe d’une vocation. Ainsi positionnées, Lune et Vénus conjointes à Neptune assureront le déclin du moi pour que mieux se révèle l’étrangeté vibrante de l’alter ego.
  • Pourtant, rompre avec ses amarres et refuser un habit cousu d'avance, ce n’est pas défaire les ressemblances subtiles qui portent en elles ce qu’une révolte radicale perdrait à anéantir. Cette famille aime l’Art, l’oncle adoré est peintre, Prix de Rome, chez les Cartier-Bresson on dessine de père en fils.
  • Anticonformiste, imprévisible, éruptif, inattendu, tant d'adjectifs s’agrègent autour d’Uranus, ici en Capricorne. En opposition à Neptune en Cancer, il signe les destins d’une génération marquée par la guerre mais individualise certains plus que d’autres. L ’ « œil du siècle » bien nommé par son talentueux biographe Pierre Assouline, décillera nos yeux, de l’Inde à la Chine, de l’Espagne au Mexique et partout en France où ses pas le portent à l’ "instant décisif" vers ce qu’aucun autre n’aura perçu, saisi, n’étant pas comme lui complice avec le hasard qui fait si bien les choses parce qu’il ne les fabrique pas.
  • A l’Académie Lhote où le grand pédagogue transmet à ses élèves les secrets du nombre d’or, Henri Cartier Bresson installera définitivement les bases architecturales, la rigueur géométrique et le rythme platonicien de ses futures photos. Mais on ne peut attendre d’un uranien qu’il se plie longtemps à l’exigence académique, Cartier Bresson fuira toujours les systèmes et orientera maintes fois sa flèche de centaure vers des mondes nouveaux. Néanmoins le Capricorne habité par Uranus saura retenir la leçon de Lhote : pas de liberté sans discipline. D’autant que Saturne exilé en Bélier, cadre la fougue instinctive de ce marginal assumé, sans doute caractère ingérable pour son entourage mais dont un ami dit que sa réussite « tient au miracle d’un œil ingénu réglé sur le nombre d’or… un ordre fondé sur le chaos, une architecture mentale rigoureuse née d’un grand désordre intérieur ». Tendu sur l’arc de quadrature entre Uranus Capricorne et son maître Saturne qui s’abaisse dans le fougueux Bélier, échangeant domicile contre une spontanéité juste et vigilante, Cartier Bresson vivra son architecture intérieure un Leica collé à l’œil, acrobate photographe en quête de ce qui ne se voit pas.
  • La course des planètes déroule nos vies humaines de manière spiralée. Le retour cyclique du même est un postulat mortifère auquel il faut préférer les boucles évolutives et créatives de fractales construisant de nouvelles formes à partir d’un unique matériau.
  • En 1927, la Lune pleine, progressant en Poissons, éclaire pour le jeune Cartier Bresson de nouvelles perspectives qui en quelques années vont féconder sa pensée, l’ouvrir aux rencontres, aux coïncidences, à l’imaginaire. Plonger dans le Surréalisme va transformer pour longtemps sa vision de la vie. Du hasard objectif qui fait signe pour ré enchanter le monde à la révélation de l’instant décisif pour capturer l’éternité, il porte à 19 ans la matrice qui nourrira sa pensée et cristallisera son geste créateur.
  • Dans les années 30, Saturne et Uranus inversent leur position d’affrontement, Saturne passant sur Uranus et Uranus sur Saturne. Il quitte une histoire d’amour sans issue et s’esquive en Afrique. Ses premières photos fixent dans son cœur paysages et visages qu’il n’oubliera jamais. Chasseur pour survivre, soudain malade, il a un rendez vous initiatique avec la mort dont le sauve son compagnon de chasse africain. Saturne de retour en Capricorne balayant Uranus natal, signe l’avènement de la cohérence, de la densité psychologique tandis qu’Uranus passant sur Saturne Bélier, libère en lui une force d’extériorisation singulière et la fulgurance d'une vision, d'une audace qui caractériseront son style.
  • Faire table rase est un geste uranien. De retour d’Afrique, Cartier Bresson détruit presque toutes ses toiles et choisit la photographie. Bélier instinctif, il s’insère dans cet élan pionnier qui dans les années 30 instaure un nouveau rapport à l’image. Il se laisse impressionner par les œuvres d’Eugène Atget ou d’André Kertész et comprend soudain de manière fulgurante ce qu’on peut faire avec un appareil grâce à un cliché de Martin Munkacsi :

«J'ai soudain compris que la photographie peut fixer l’éternité dans l’instant »

"...Il y a dans cette image une telle intensité, une telle spontanéité, une telle joie de vivre, une telle merveille, qu'elle m'éblouit encore aujourd'hui. La perfection de la forme, le sens de la vie, un frémissement sans pareil..." (HCB)

  • En 1932, Jupiter de retour en Lion annonce le renouvellement et la maturation de son élan créateur. Comme Archimède réclamant hors de terre un point d'appui pour soulever le monde, Cartier Bresson trouve un outil à sa mesure, mobile, alerte, capable de le placer à bonne distance et d'amplifier sa sensibilité. Ce Leica acheté à Marseille, "instrument idéal pour surprendre la vie en flagrant délit" (P. Assouline), peut être, dit-il "comme un baiser passionné, mais aussi comme le coup de feu d'un révolver ou le divan d'un psychanalyste".
  • Ses voyages de par le monde ne seront jamais une errance mais un déplacement félin, souple et adéquat. C'est justement parce qu'il est sans intention, sans préjugés, que ce mouvement à rendez vous avec la grâce de l'instant. L'idéogramme WU WANG traduit par" spontanément" dans le Yi-Jing chinois, commence par une négation WU: "ne pas"," non" et s'achève par deux parties, en bas le caractère "femme" et en haut l'idée de" se cacher" " disparaître de la vue" Cet hexagramme, un des plus beaux du Yi-Jing parce qu'il est si proche de la pensée chinoise, pourrait être traduit par "non-errance, non désordre" il exprime cette capacité à trouver l'accord juste et à se mettre au diapason de ce qui surgit. Spontanéité mais vigilance, sens à l'affut des signaux de l'instant, effacement de soi pour révéler la présence de l'autre, géomètre par Saturne, réceptif à l'étrange, à l'occulte, par Neptune, Cartier Bresson nous livre dès le début l'alchimie singulière de son être au monde, avec le monde.
  • La chance portée par Jupiter lui vaut une reconnaissance précoce. Il expose à Manhattan en 1933. De là au Mexique son premier grand voyage où les Surréalistes trouveront à sa suite source d'inspiration. Mais une épreuve l'attend à Veracruz où il participe à une mission d'anthropologie . Il est victime d'un escroc et se retrouve dépouillé de tout sauf de son Leica avec lequel il nous offre d'abondantes récoltes visuelles.
  • Au printemps 1935, il expose aux côté du photographe mexicain Alvarez Bravo et c'est aussi la même année qu'il décide à New York d'arrêter la photographie. Désormais il veut filmer . Pour lui comme pour le sage taoïste "la seule chose qui ne changera jamais c'est que tout change tout le temps". Son rôle d'assistant auprès de Jean Renoir d'abord pour un film politique puis pour "Partie de Campagne" s'achève dans un climat social agité et en août 36 le projet cinématographique tombe à l'eau. C'est aussi l'année de son mariage avec une danseuse javanaise et celle où porté par les évènements en Espagne, il adhère à l'association des écrivains et artistes révolutionnaires. Adhérer mais sans soumission, suffisamment en retrait et toujours apte à se dégager comme Uranus l'y incite mais prêt à saisir ce que les rencontres portent de fécond pour son ambition d'artiste. En 1937, Aragon l'engage à CE SOIR, l'envoie à Londres pour le couronnement du futur roi. Fidèle à sa manière, Cartier Bresson porte son regard là où l'inattendu est à l'œuvre, là où pour nous il n'y a rien à voir.
  • En 1938, son documentaire sur la guerre d'Espagne est une arme de propagande et témoigne d'une expérience intime bouleversante. Contemporaine de la fin d'un premier cycle saturnien, elle fixera sur sa rétine l'image de la mort et de la souffrance, évènement précurseur de ceux qui approchent. Muté à Metz il a pour mission de filmer et photographier la "drôle de guerre", les bombardements et leurs conséquences. Il arrive que le destin individuel soit emporté par le collectif. Le jour de la signature de l'armistice à Rethondes, Henri Cartier Bresson est fait prisonnier avec ses camarades. L'horloge cosmique sonne l'heure d'un nouveau cycle soli-lunaire en opposition à Saturne, une fois encore pierre d'achoppement dont il tentera à trois reprises de se dégager pour enfin y réussir le 10 février 1943. Dans la ferme des Vosges où il l'a caché, il retrouve son Leica et très vite un éditeur lui confie la mission de saisir au vol l'âme des peintres et des écrivains, Braque, Rouault, Bonnard Picasso Valéry, Claudel.......et l'insaisissable Matisse.
  • La vie de Cartier Bresson est jalonnée de rencontres signifiantes et de moments intenses. Tout son être y consent et c'est pourquoi il en est transformé. Vous est -il arrivé de recevoir un livre, un seul qui vous ouvre des perspectives infinies et révolutionne votre pensée ? Pour Cartier Bresson c'est celui que lui donne Georges Braque en juin 1944 : "Le Zen dans l'Art chevaleresque du tir à l'arc". Il va y trouver ce qu'il pressentait, puissamment formulé et sous tendu par une mystique. Il y est écrit à la page 63 : "...toute création convenable ne peut réussir que dans l'état purement désintéressé, état dans lequel le créateur est absent en tant que lui-même".
  • L'assimilation pratique et philosophique de cet ouvrage va modifié le monde émotionnel du photographe et ouvrir sa conscience à de nouvelles compréhensions. De Breton à Herrigel, de "Nadja" à" l'art chevaleresque du tir à l'arc", il y a juste une octave de différence tout comme de Mercure à Neptune, de l'intelligence aigüe des signes à la conscience directe de l'invisible.
  • Cartier Bresson photojournaliste va exceller dans cet après-guerre, période intense et incertaine. Son Leica au poing il plonge dans l'exaltation euphorique du peuple parisien qui en même temps que Paris se libère, exacerbe ses revanches et attise ses rancoeurs. L'œil du siècle est partout dans la capitale pour témoigner au plus près, au plus vrai, de ces moments historiques.
  • Il sera partout où se trame l'Histoire, partout où de son regard à l'image capturée peut se glisser le déclic juste, la rectitude n'étant pas dans la rencontre de la cible et de la flèche mais est en lui-même, dans son attitude. L'agence Magnum Photo qu'il fonde en 1947 avec Chim et Capa et Rodger, aura un fondement éthique et préservera, du Bélier à la Balance, son indépendance foncière et son besoin de partager.
  • Parvenu au Zénith de sa vie, il prend la route des Indes accompagné par son épouse qui sera son guide. La mort de Gandhi est le point d'orgue de leur long séjour en Orient. De l'Inde au Pakistan et à la Birmanie, il révèle l'âme de ces peuples avec sensibilité, audace et rigueur.
  • Cartier Bresson tient férocement à légender ses photos de textes détaillés :"Notre tâche consiste à observer la réalité avec l'aide de ce carnet de croquis qu'est notre appareil, à la fixer, pas à la manipuler"...              craignant que l'image ne suffise à dire la vérité de ces atomes de temps qui dansent sous son regard.
  • Il a saisi le dieu Kairos par les cheveux et ne le lache pas. Ce qui disparait, disparaissant pour toujours,il             bouscule Chronos en Bélier et renouvelle la fraicheur éternelle et l'ivresse maitrisée de son regard.
  • Plasticité lunaire réceptive à l'inconscient et à la beauté, reliée au mouvement sismique d'Uranus, à l'image de la montagne Sainte victoire de Cézanne, il accorde en lui la motilité de la vie épousant les soubresauts de l'aventure humaine et la constance minérale, saturnienne, d'un paysage intérieur très tôt fixé. Sa mémoire cancérienne est riche de tous les chefs d'œuvres de la peinture dont il a fait son musée imaginaire, sa pensée est enceinte de lectures et d' échanges avec les plus brillants de ses contemporains. L'une et l'autre donnent à ses photos une profondeur singulière dont fera l'éloge l'historien d'Art, Ernst Gombrich.
  • Dans la préface de l'album publié par Tériade en 1952 , Cartier-Bresson parle de son travail :."Un
 des
 caractères
 émouvants
 du
 portrait,
 c’est
 aussi
 de
 retrouver
 la
 similitude
 des
 hommes,
 leur
 continuité
 à 
travers 
tout 
ce
 qui
 décrit 
leur 
milieu....". La notion d'inconscient commun à tous les hommes, longtemps reprochée au psychiatre C G Jung apparait en filigrane de l'œuvre de Cartier-Bresson. parenté émotionnelle qui unit l'humanité dans ses joies et ses souffrances, elle court comme le fil d'Ariane du centre vers la périphérie, de l'ombre vers la lumière dans un aller retour incessant qui fonde l'origine de sa vocation d'artiste.
  • A soixante ans, Saturne a accompli son deuxième cycle. Temps, expérience, connaissance ont mis à jour une virtuosité qui va trouver ailleurs sa résurgence. La géométrie céleste place Uranus au carré de sa position natale en 1970. Il parcourt le zénith du ciel natal. Cartier-Bresson abandonne officiellement la photo et revient au dessin. Le renouvellement concerne aussi sa vie intime puisque séparé de sa femme, il épouse une jeune photographe, Martine Franck.
  • Sans doute trouve t-il dans la pratique du dessin une méditation qui manque à l'acte de photographier. Néanmoins, avec le noir et blanc du dessin il ne renonce pas aux noces de l'ombre et de la lumière , au battement palpébral qui ouvre son âme et la nôtre à la lumière du monde.

A l'écoute de l'inconscient et des correspondances symboliques, il aurait accueilli avec bienveillance l'idée que l'image du ciel au moment de la naissance dit quelque chose du rythme d'une vie et de ses tropismes. Sensible à l'au delà du réel, à l'invisible et aux coïncidences, il aurait sans doute reconnu dans les lois qui ordonnent la courses des planètes, la place ténue du libre arbitre et la magie du hasard créateur de formes nouvelles offertes à notre étonnement.

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Commentaire de Lansardière Michel le 1 mars 2014 à 10:34

Ce que j'aime chez Cartier-Bresson c'est qu'il ne triche pas, c'est son humanisme, son engagement, son apport au photojournalisme autant qu'à l'esthétisme dans sa manière de saisir "l'instant décisif". Un grand monsieur. Merci pour cet article.

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