Arts et Lettres

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Hommage à mon père, à tous les jardiniers et à Julos Beaucarne

 

De mémoire de rose, le temps qui fait mourir     

Ne pleure que la courte vie des jardiniers

On les connaît pourtant pour savoir patienter

Et tout abandonner aux roses à venir

 

Gardez vous un endroit où le temps fait la pause

Et qui vous fait chérir les plus simples choses   

 

De mémoire de rose, on n’a jamais connu

De jardinier qui n’avait pas tendre regard

Qui n’avait pas en lui des idées d’arrosoir

Et pour sa jeunesse un cœur entier rendu    

 

Gardez vous de ces pas qu’on presse et vous impose

Et qui vous empêchent la vie, prime cause

 

De mémoire de rose, nul mot ne peut servir

L’art des roseraies supposé sans retard  

Aller à la fête des belles aux mouchoirs

Et des accordances à toujours s’y fleurir

 

Gardez vous cet émoi de tout ce qui propose

Et l’envie d’y rester, et l’autre pas qu’on ose

 

De mémoire de rose, on n’a jamais perdu

De clés de jardiniers, ils ne sont pas geôliers

Ils n’ont de gaieté que pour toute liberté

Et d’un jour en rosée à l’oiseau ingénu

 

Gardez vous cette loi du temps pris qui repose

Et le grand voyageur et son âge qui s’oppose

 

De mémoire de rose, on a fait plus souffrir

A dire combien fane une beauté sans fard

A faire tristesse de qui peut veiller tard

Et qui est jardinier noble à ne rien maudire         

 

Gardez vous de la joie pour les métamorphoses

Et pour l’intemporel des floraisons de roses     

 

De mémoire de rose, à l’heure de partir

Il fut un jardinier qui n’eut rien à céder

Nulle propriété sauf qu’on est héritier

Du grand soin à porter à vivre et à mourir

 

Gardez vous de la foi comme mémoire des choses

Et comme rêves de soie et précepte des roses

 

       

© Gil DEF - 08.12.2010

Photo : POEMATA LYON

 

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Commentaire de Gil Def le 26 mars 2012 à 10:02

Bonjour Jacqueline

 

J'apprécie ton appréciation positive à propos de mon texte.

 

Bonne journée. Amitiés. Gil 

Commentaire de Gil Def le 26 mars 2012 à 10:00

Bonjour Rolande

 

Tu me donnes une raison de penser que la poésie aurait quelque chose à voir avec le voyage et la magie, et dans une dimension bien plus inouïe que l'informatique.   

Je n'ai plus guère les moyens ici d'être jardinier, mais rien ne m'empêche de visiter les oeuvres de ceux qui le peuvent, d'être à leurs contacts ... J'essaie en tout cas de garder cet esprit de jardiner, de cultiver pour l'appliquer en poésie ... Si d'aventure, il était une autre vie, peut être me ferait-elle meilleur usage dans la fonction de jardinier multipliant ses invitations pour le spectacle sans cesse recommencé des roses ...

 

Bonne journée. Amitiés. Gil   

Commentaire de Gil Def le 26 mars 2012 à 9:41

Bonjour Valériane

 

J’ai commis à ce jour plus d’un texte à propos des jardins et des roses. L’invitation en de beaux jardins est pour moi l’un des plus meilleurs thèmes de la poésie qui soit.  

D’abord, ça m’évoque mon père invitant souvent ma mère en cet endroit capable d’intimité et pour des moments infiniment agréables. Ca m’évoque ce que faisait mon père chaque fois qu’il recevait quelqu’un et qui ne tardait guère de l’invitation en son jardin, fier de son coin de paradis, heureux de cet endroit où il pouvait respirer comme il aimait à le dire. C’était si important pour lui de respirer quand à l’usine, c’était un air rempli de vapeurs acides. Souvent, il faisait don de quelque chose. C’était à la fois la reconnaissance de l’abondance de nature, une part de son labeur bien fait, et un lien d’amitié ou d’amour. Je pense souvent que c’était lui le poète, qu’on ne l’est pas par le fait d’écrire mais par tout autre chose qu’on peut résumer par l’amour de la vie, par tout ce qu’on lui donne en soin en correspondance de ce qu’elle donne en retour. Si le jardin de mon père fut essentiellement réponse aux besoins alimentaires d’une grande famille, il n’oublia jamais d’accorder une place aux arbres, aux arbustes et aux fleurs, et de plus en plus avec le temps qui faisait partir les enfants. Quand il partit, il emporta en ses mains un bouquet de roses rouges. Le jardin, après ça, n’invita plus personne sauf en ses souvenirs.

Depuis que je suis ici à Lyon, l’invitation aux jardins tient de l’empressement d’aller les visiter, notamment les jardins et roseraies du Parc de la Tête d’Or. C’est là une île qui permet de sortir de la ville avec sa publicité de monde bruyant et pressé. Là s’invitent des heures claires de bonne compagnie, de promenade, de tempérance, de réflexion, d’imagination. Je ne repars jamais de ces endroits sans me sentir mieux et augmenté. Là on y voit ce que des hommes et des femmes savent faire de leurs connaissances de nature, des parts prospères de l’histoire de la ville et pour les transmettre. J’y prends de la matière à ma modeste contribution à cet esprit vivant des belles entreprises humaines de jardins.

Vous avez raison de parler de rencontres pour ce texte, et par plusieurs temps conjugués, passé, présent et futur. Parler des jardins et des roses, c’est ringard diront certains. J’opposerai que c’est un déni de réalités et un poison de ne voir que la laideur et les malfaisances de l’homme. Tout comme mon père, j’ai besoin d’endroits où respirer, où retrouver du sens à ce qu’on fait dans la vie. Federico Garcia Lorca ne se trompait pas de son salut solennel des roses pour  ce qu’elles sont et représentent. Dans le temps présent, une certaine mode écologiste se plaît de beautés de nature sauvage et surtout sans présence humaine. L’écologie ne gagnera rien dans la misanthropie, et dans le sillage des intégrismes religieux qui prétendent que tous les hommes ne sont que la malfaisance. J’aime défendre les jardiniers et tous ceux qui ont de bons rapports avec la nature. C’est d’autant plus important que c’est nécessaire pour nos besoins essentiels. Il s’est perdu un temps cet esprit des jardiniers dans ce monde citadin et parce que l’urbanisme n’a été ces dernières décennies que questions d’argent, et d’exploitation maximale des espaces. Je constate avec satisfaction la reprise de cet esprit des jardiniers. On m’opposera que c’est surtout un effet de la précarité dans laquelle se retrouvent bien des familles. Mais je note là une bonne réaction efficace, courageuse, généreuse et qui s’accompagne souvent de relations sociales solidaires qui s’étaient perdues. Il me plait de penser que dans ces jardins,  bien des gens retrouvent un bon côté de vie et de poésie et plusieurs façons de l’écrire et de le transmettre.

 

Bonne journée. Amitiés. Gil   

 

 

  

Commentaire de Quivron Rolande le 25 mars 2012 à 16:23

Bonjour Gil,

Je ne sais par quel mystère de l'informatique, mais ton site a vogué sur ma page, comme çà, par hasard et sans rien demander.

Elles en ont de la chance ces jolies roses d'avoir un tel jardinier pour s'occuper d'elles et les chouchouter.

Il m'arrive, en lisant ce poème, de vouloir être l'une de ces roses. mais bah ... ce sera dans une autre vie.

Merci pour ce beau poème.

Commentaire de Valériane d'Alizée le 24 mars 2012 à 2:22

Rencontre au-delà des âges entre Fontenelle,  homme des Lumières qui vous a inspiré en partie ce poème et un chantre du XXème siècle, qui célèbre la production du dit jardinier :


"Je vous salue, ô roses, étoiles solennelles.

Roses, rose joyaux vivants de l'infini, bouches, seins, vagues âmes parfumées, larmes, baisers!

Grains et pollen de lune, ô doux lotus sur les étangs de  l'âme,

Je vous salue, étoiles solennelles."-


"La prière des Roses" de Federico Garcia Lorca

Commentaire de Gil Def le 8 juillet 2011 à 9:32

Bonjour Elisabeth

 

Votre commentaire m'est infiniment agréable ...

Il est une face d'été au verbe s'abandonner ...

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

 

Commentaire de Elisabeth Estivalet le 7 juillet 2011 à 20:29

magnifique, on a envie de s'y abandonner

amitiés EE

Commentaire de Gil Def le 1 juillet 2011 à 16:11

Bonjour Nada

 

J'apprécie ton agréable et sympathique commentaire.

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

Commentaire de Gil Def le 1 juillet 2011 à 16:00

Bonjour Blanche

 

J’aime effectivement mes récréations dans les roseraies de Lyon et par les chansons de Julos Beaucarne.

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

Commentaire de Gil Def le 1 juillet 2011 à 15:55

Bonjour Ariane

 

J’apprécie votre passage et votre commentaire sympathique …

De quoi ne pas perdre le fil de l’inspiration … et j’espère un jour décoller pour d’autres sphères!

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

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