Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

Déclaration impudique à un digne émule de Merlin l'enchanteur... Ière Partie

Lettre ouverte à une Voix Orphique humaniste enchanteresse,

vibrant Passeur de sens,

Orfèvre- ciseleur de sonorités polychromes

 

 

«  La normalité est une route pavée :

On y marche aisément

mais les fleurs n’y poussent pas. »

                                                                                                                                          Vincent Van Gogh

                   Une sage d’entre les sages, la mystique médiévale Catherine de Sienne, n’avait-elle pas adopté pour profession de foi, ce truisme : « il faut d’abord avoir soif ?»

                   Pour ma part, je m’empresse d’embrasser volontiers un tel credo, gravant cette devise philosophique en lettres d’or au frontispice d’une idéologie forgée au gré des pages du calendrier effeuillé, accompagnée de cicérones généreux chéris officieusement, qui contribuent à construire chaque jour davantage les créatures d’argile que nous sommes, telle des Galathées modelées par leurs Pygmalions, et dont il me sied de vous faire partager un admirable modèle …

                  « Ainsi qu'une flamme entoure une flamme/Met de l'idéal sur mon idéal », adjurait le Père de la « Bonne Chanson »[1], après les affres de l’hiver traversés, aspirant au « vert retour du doux floréal » gage d’espérance, de printemps florifère infusant sa psyché.

                   Aussi, mue par je ne sais quel élan vital de protection, le divin Esculape étant selon toute vraisemblance, résolu à me retirer la sienne, puisque inconstant au demeurant en adéquation de maints fleurons du sexe soit disant « fort », fieffés gredins dépouillés de scrupules, Immortels et Casanovas associés, je me suis attachée à entrer en résistance selon le mode qui me chantait, puisque notre déité fantasque n’écoutant que son bon plaisir, avait choisi de me délaisser, n’hésitant pas à me priver d’une certaine « Panacée » de son entourage…

                   Réduite au silence contre ma volonté par ce seigneur de race antique au pouvoir absolu, décidant d’une main de maitre, de mon apathie, maniant à mon égard le chaud et le froid avec maestria, quelle autre alternative avais-je, à mon corps défendant, que d’accepter de jouer au mollusque gastéropode, ou « à la reine fainéante » me faisant servir nuit et jour jusqu'à ma litière à baldaquin, par des « captifs » eux-mêmes atones, les malheureux, où fébrile en diable ?

                 Au demeurant, j’eus le privilège de goûter au cœur de l’abyme, vagues de frissons à l’appui, à des températures tropicales avoisinant les quarante degrés à l’ombre, ou a contrario, fus sur le champ transportée sous une latitude du cercle polaire ... Oserai-je seulement vous avouer sans fausse pudeur, soit, à « masque » découvert, que j’ai alors, entre deux épisodes tumultueux de « Naufragée du fol espoir » m’accordant un répit propice à une reviviscence à ouvrager, escomptant encore, à l’acmé de la crise, rejaillir, tel le Phénix renaissant de ses cendres, éprouvé le désir irrépressible d’un ressourcement en eaux profondes et limpides, convoquant à corps perdu, une pléiade de chantres, « Fous chantants » constituant mon « Cortège d’Orphée» [2] de prédilection ?…

               En effet, relèverez-vous à bon escient, ce ne sont pas les références qui manquent en matière de complaintes poétiques, les augustes ainés ayant fait florès dans un proche passé, pour la plus grande joie de nos ouïes d’auditeurs comblés !

             Et puis, hormis invoquer à ma rescousse de vulnérable bipède éprouvé par le mal, un bon génie, celui de la convalescence nommé Télesphore, l’implorant de m’être diantrement plus favorable que son père, quelque peu hermétique en amont, à mes incantations de guérison, comment pouvais-je, je vous prie, tenter d’apaiser, si ce n’est de remédier à un vague à l’âme vivace, ce que nos amis lusophones expriment magnifiquement par la saudade languissante, la Tristeza montant de leur fado pathétique et sensuel, traduisant le« frissonnement de l'être », à moins de mander la muse  « qui sait plaire », « la toute réjouissante » Eutérpê, pendant que l’horizon s’obscurcissait de plus bel, que les bourrasques de la tempête menaçaient de redoubler d’intensité incessamment, et qu’il me faudrait livrer bataille à l’instar du fameux adage issu du « Cimetière marin » : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre »[3] , ainsi qu’en correspondance de toute forme de créature vivante peuplant cette Planète Bleue[4] luttant pour sa survie « en ce séjour sans queue ni tête », où vaille que vaille, j’émettais le souhait, ne vous en déplaise, de faire « encore un tour Sur la pomme d'amour »?

             Assurément, revenir à moi pour demeurer debout envers et contre tous afin de parvenir à me réaliser spirituellement s’entend, me libérant jour après jour de quelques entraves conjuguées au passé comme au présent, dans le dessein de me faire le témoin passeur de cette évolution, forte d’un cheminement intérieur, c'est-à-dire « m’enfanter » par le verbe, « m’incarner » dans une pleine dimension artistique, si possible polymorphe, le comble du luxe, je ne sollicitai pas d’autre grâce que cette impulsion cruciale là, à notre coquin de Sort !

            «Ô découvertes, et toujours découvertes ! Il n'y a qu'à attendre pour que tout s'éclaire. Au lieu d'aborder des îles, je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du cœur, pareil à celui du ressac ?

             Rien ne dépérit, c'est moi qui m'éloigne, rassurons-nous. Le large, mais non le désert. Découvrir qu'il n'y a pas de désert : c'est assez pour que je triomphe de ce qui m'assiège » nous lègue pour la postérité, de sa palette de peintre poétique, l’une de mes égéries, l’illustre « Faunesse de Saint Sauveur en Puisaye »[5].

             « Créer - voilà la grande délivrance de la souffrance, voilà ce qui rend la vie légère » nous avise, appuyant ces dires, un aphorisme issu du poème philosophique « Ainsi parlait Zarathoustra », création-évasion, cette émanation d’amour universel reliant à travers les âges, les descendants des Hominiens entre-eux, pansant d’un soupçon, leurs plaies, pour peu que l’on adhère à « La Volonté de puissance » nietzschéenne :

« Nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité»

renchérit de plus belle l’auteur du «Crépuscule des idoles » [6], cependant qu’un confrère s’en vient, au milieu du XXème siècle, corroborer ce « Gai Savoir », le tout relevé d’un esprit de partage, de fraternité transcendantaux :

               « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. […]

                C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel.[7]

                Oh, assurément, en tant que partisane d’un auditoire avide de purification, d’eau douce bénite…, je pouvais allégrement me tourner vers tout un pan s’échappant des cordes lyriques de la musique dite « savante », mais mon humoresque[8] du moment, m’incitait plutôt à puiser parmi cet éventail de trésors inaltérables, fruits « d’artistes mineurs de fond » pratiquant un « art mineur illustré par le beau Serge», selon une locution nougaresque,[9] du moins, parmi ceux gorgés de sève nutritive jusqu’aux extrémités de leurs radicelles, dotés d’une expressivité tempérée malgré une essence ardente, mental et état émotionnel étant trop mal en point pour lors, à supporter, confessons-le, le style spleenétique, un rien excessif d’animal blessé désabusé, rongé de doutes, sinon une once railleur et misogyne de celui qui écrivit « la vie d’Artiste » et « la Chanson du scaphandrier » (veuillez nous pardonner Monsieur Léo, Dieu sait si nous vous aimons, « Français toscan de Monaco »[10]…) même si, comment ne pas en convenir, nous savons tous que :

 « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux

Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots »[11].

"Les Voix", aquarelle de Gustave Moreau

                Car « Il est d’étranges soirs » …

                N’est-il pas vrai, cher Albert Samain ?

             « Il est d’étranges soirs », où la lune blafarde sœur de « l’heure blême » pathétique, se drape d’étonnantes diaprures à la « triste robe de moire », en similitude de la « Solitude » revêtant le profil poignant de la « longue Dame brune »[12]

               Oui,  « Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord/Et, ces nuits-là, je suis dans l'ombre comme un mort. »[13]

              Ou bien, dans la même veine, « Il est de mornes jours las du poids de connaître/ Et, ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre » […] nous réitère notre chantre épris de symbolisme…

Fin de la Première Partie

de la "Lettre Ouverte à une Voix Orphique"

[1] : Allusion à Paul Verlaine et à son recueil poétique lumineux composé de vingt et une pièces publié en 1870 dédié à la fiancée Mathilde Mauté de Fleurville et dont les deux vers précités viennent clore le cycle.

[2] : Emprunt au sous-titre du recueil poétique de Guillaume Apollinaire, « le Bestiaire »…

[3] En référence à l’œuvre poétique de Paul Valéry.

[4] : Allusion à la chanson de Claude Nougaro dont il a signé le texte mis en musique par Maurice Vander, album « l’Enfant Phare » ;

[5] : Évocation de l’écrivain Colette ; fragment tiré de son œuvre « Le Fanal bleu ».

[6] : « Ainsi parlait Zarathoustra » poème philosophique de Friedrich Nietzsche, publié entre 1883 et 1885 tout comme « le Crépuscule des idoles » (1888)

[7] : Fragment du Discours de Suède d’Albert Camus, 1957

[8] : De l’allemand Humoreske, locution due au compositeur Robert Schumann mêlant la fois l’humour et l’humeur et guère traduisible de l'allemand au français…

[9] : Citation extraite de la Chanson de Claude Nougaro portant le titre « Art mineur» provenant de l’album « Chansongs », 1993

[10] Emprunt au titre de la chanson en l’honneur à la « graine d’ananar »  Léo Ferré, signée Romain Didier pour la musique et Frédéric Brun pour les lyrics.

[11] : Extrait provenant de La Nuit de Mai d’Alfred de Musset : « Allégorie du Pélican » : http://www.revue-texto.net/Reperes/Cours/Mezaille/pelican.html

[12] : Allusion et à la chanson de Barbara, « la Solitude » et à la dénomination de Georges Moustaki à propos de l’auteur compositeur interprète au féminin auquel il dédia texte et musique…

[13] : Fragments du poème d’Albert Samain « Il est d’étranges soirs », recueil « Au jardin de l’Infante » (http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/albert_samain/il...)

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Commentaire de Valériane d'Alizée le 4 juillet 2013 à 15:11

Avertissement :

Pour des motifs de splendeur et servitude du "serveur" régissant les paramètres de publication de notre cher réseau, je n'ai pu mettre en ligne l'intégralité de cette "Lettre Ouverte à une Voix Orphique humaniste" dédiée à l'auteur-compositeur interprète, Yves Duteil, que je suis donc contrainte de présenter sous forme de feuilleton... Et pourquoi non ?

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