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"Les grands-pères sont les maîtres, les véritables philosophes de tout être humain, ils ouvrent toujours en grand le rideau que les autres ferment continuellement. [...] Les grands-pères placent la t…

"Les grands-pères sont les maîtres, les véritables philosophes de tout être humain, ils ouvrent toujours en grand le rideau que les autres ferment continuellement. [...] Les grands-pères placent la tête de leur petit-fils là où il y a au moins quelque chose d'intéressant à voir, bien que ce ne soit pas toujours quelque chose d'élémentaire, et, par cette attention continuelle à l'essentiel qui leur est propre, ils nous affranchissent de la médiocrité désespérante dans laquelle, sans les grands-pères, indubitablement nous mourrions bientôt d'asphyxie."  (Thomas Bernhard, Un enfant, trad. Albert Kohn, p.26, Folio n° 2542)

En regardant ce film et en écoutant la voix de Prévert, je pense à mon grand-père paternel, gazé à Verdun, blessé aux Dardanelles, militant SFIO tendance Blum, qui a participé activement aux grèves de 36, qui a travaillé toute sa vie chez Citroën. Quand je pense à lui, je pense au tire d'un roman de Maurice Blanchot : "Le dernier homme".

On lui a généreusement octroyé une médaille du travail à la fin. Il n'avait jamais eu de quoi s' acheter son appartement (un deux pièces rue des Prouvaires au 5ème sans ascenseur).

Tout le monde s'en fout, mais pas moi. Je me souviens. Merci Monsieur Prévert !

Et maintenant, les ouvriers, les artisans, le petit peuple, on les chasse vers la banlieue. On appelle ça d'un joli nom bien prétentieux, bien niais, la "gentrification", comme tout le quartier des Halles et les anciens quartiers populaires qui faisaient le "brassage social" et tout le charme de Paris...

On les chasse, façon de parler. Pas de rafles, de déportations massives comme en 42. Non, tout se fait en douceur, avec l'argent, entre gens "raisonnables". Un beau jour, on fait ses comptes et on s'aperçoit qu'on n'a plus les moyens, surtout qu'entre temps les loyers ont monté et on cède l'appartement à un bobo de la nouvelle Gauche.

Et on ne comprend pas pourquoi je suis de l'ancienne et pourquoi j'ai fait Mai 68 dont on va fêter cette année le 50ème anniversaire. Quelle dérision ! Comme d'habitude Daniel Cohn Bendit, "l'european young leader",  va parler à la place des camarades suicidés...

Un "has been" qui n'a pas su y faire, alors que tout le monde  maintenant est "En Marche"... En marche vers quoi ? 

Nous étions au bord du gouffre, mais Dieu merci, nous sommes en marche et nous avons fait un grand pas en avant !

Fonds de pension, spéculation, profits, dette souveraine, surendettement des ménages, crise, austérité, chômage structurel, délocalisations, gouvernance européenne, réchauffement climatique, disparition des espèces animales... Mettons-nous bien ça dans la tête : "le capitalisme mondialisé est l'horizon indépassable de notre époque." 

La voix de Jacques Prévert a parlé en moi. Merci Monsieur Prévert !... Même si ça ne sert à rien, même si ça continue comme avant, même si, comme dit le Prince Salina dans Le Guépard, "pour que rien ne change, il faut que tout ait l'air de changer".

Et tant pis si tout le monde s'en fout !

  

En mémoire de ce qui fut…

La machine à coudre Singer, les clafoutis aux cerises de ma grand-mère, les bouquets de violettes, les poinçonneuses du métro, les marrons brûlants dans les cornets de papier journal, les bouchers couverts de sang, les hirondelles à bicyclette : pèlerines bleues et bâtons blancs… Le chien qui fume, le chat Lucifer qui n’était pas gentil, mais que j’aimais bien quand même, les enfants de Montmartre, l’odeur des vieux escaliers, la plainte de l’accordéon, les chansons d’Edith Piaf, les clowns du cirque d’Hiver, le Guignol du jardin du Luxembourg, les bateaux de la fontaine des Tuileries, les chevaux de bois du manège, les apéritifs Dubonnet, les Tractions Citroën, les autobus à pont, Notre-Dame de Paris…

Rue des Halles, rue des Lavandières-Sainte-Opportune, rue de la Ferronnerie, rue Saint-Honoré, rue de la Lingerie, rue de la Poterie, rue des Bourdonnais, rue au Lard, rue Pierre-Lescot, rue Vauvilliers, rue Montorgueil, rue Rambuteau, rue de la Réale, rue Pirouette, rue Mondétour, rue de la Parcheminerie, rue de la Grande-Truanderie...

Sur les bords de la Seine, le long des échoppes ombragées des bouquinistes, sous la vieille horloge de Saint-Germain l’Auxerrois, sous les arcades de la rue de Rivoli, dans la cour mal pavé des rois, dans le frais silence de Saint-Eustache où repose la mère de Mozart, sous les poutrelles des halles de Baltard, parmi les cris joyeux des marchands de légumes, rue Berger, rue du Roule, rue des Prouvaires…Sur le vieux Pont-Neuf où Molière enfants découvrit la commedia dell’arte.

Et derrière les façades obscures, toutes les joies et tous les malheurs du monde.

J’ai dix ans, je me promène avec mon grand-père dans le Paris d’autrefois. Il me tient par la main.

Je me souviens et je voudrais casser les portes de la mort.

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