Je suis pianiste amateur, depuis toujours en contact avec la musique et entouré de musiciens. J’ai vu mon premier opéra enfant - c’était le "Freischütz" de Weber -, j’ai fait ma première mise en scène en tant qu’étudiant à l’Université August Everding (Munich) - c’était "La Traviata" de Verdi - et fait ma première mise en scène professionnelle un an plus tard, à l’Opéra Studio du Staatsoper de Munich - c’était "Cosi fan tutte" de Mozart. A partir de là, ça n’a plus cessé…

Aujourd’hui, vous montez un opéra de jeunesse de Mozart, où il est question du pouvoir et de ses dérives, mais aussi de la capacité de l’homme à changer, et, dans ce cas, à s’améliorer. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est une histoire très contemporaine, indépendante de son côté "historique". Du temps de Mozart, il s’agissait déjà d’une métaphore dénonçant à quel point le pouvoir altère immanquablement celui qui en est le détenteur, aujourd’hui comme au temps des Romains. Et tous les hommes de pouvoir se ressemblent…

Mais peut-on imaginer que des hommes comme certains dirigeants actuels […] pourraient "changer" au point de renoncer à leur obsession de toute-puissance, ce qui est le cas de Lucio Silla ?

Dans l’opéra de Mozart, ce changement renvoie évidemment à une utopie, on est dans l’héritage du siècle des Lumières. Mais même s’il n’y a rien à espérer de personnes aussi narcissiques que celles que nous évoquions, et même si une production d’opéra ne peut pas changer le monde, cette politique-fiction est digne d’être considérée…

Une vision optimiste ?

Oui. J’accepte cette idée que Lucio Silla prend progressivement contact avec une partie inconnue de lui-même, la force de l’amour entre Giunia et Cecilio renverse ses certitudes, il découvre que l’autre existe et son regard sur le monde en est profondément bouleversé.

C’est un thème cher à Mozart, que l’on retrouve dans "L’Enlèvement au Sérail" et, plus tard, dans "La Clémence de Titus".

On peut même y ajouter "Les Nozze" et "Don Giovanni" : à chaque fois le défi d’affirmer un pouvoir en s’appropriant l’inaccessible ou l’interdit (en l’occurrence une femme).

Mais les dénouements ne ressemblent pas tous… Globalement, "Lucio Silla" est-il un bon drame ?

Oui, si on lui donne un petit coup de pouce (rires) ! Les airs sont magnifiques, intenses, de tonalité plutôt sombre (la mort n’est jamais loin). Par contre, les récitatifs sont assez conventionnels et je n’ai pas hésité à les réduire. J’ajouterais que les personnages sont très inspirants : le couple des amoureux est déjà tout empreint du génie de Mozart, Celia (la sœur de Lucio) est d’une détermination incroyable, Cinna est aussi ambigu en musique qu’en politique; enfin, j’ai traité Aufidio, le tribun de Lucio, comme la "voix intérieure" du tyran, qui, au dernier acte, finit par se dématérialiser.

Bruxelles, la Monnaie, du 29 octobre au 15 novembre. Infos : 02.229.12.11 ou www.lamonnaie.be