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A L C H O, A L A C R O I S E E D E S R E G A R D S

Un regard n’est qu’un regard… minuscule clef toute personnelle, pour rendre intelligible le monde…
Sur une œuvre de peinture que doit-on dire pour inviter le regard au voyage et amorcer le partage qu’appelle toute œuvre ?
Il faudrait nommer ce que l’on y voit …matière, formes et couleurs…
Et ce que l’on croit y voir…
Objectivité, subjectivité… postulat que l’œuvre prend racine dans l’intériorité du peintre, offerte avec provocation (pro vocare -appeler en avant-) pour aller résonner dans celle des « regardants ».
En contemplant les toiles et les papiers d’Alcho, foisonnant ensemble, j’ai vu, « regardante » de passage, des formes, des couleurs, des motifs et j’ai cru voir ou reconnaître d’autres motifs, intimes ceux-là …J’ai cherché un fil…j’en ai trouvé plusieurs, entre-aperçus derrière celui, rouge bien sur, qui accroche le premier le regard : éclat de vermillon exprimé en croix, tâches, cercles rouges qui coupent, éclatent, tombent au cœur des toiles, pour fendre et séparer, désunir ou sourdre, épandre, laisser gémir une colère, une défaite, ou clamer une évidence sans appel.

L’ A L P H A B E T D U P E I N T R E
Ce vermillon au pouvoir d’aimant que l’on croise souvent dans les toiles d’Alcho prend place aux côtés d’un ensemble de formes, matières, motifs et couleurs qui constituent l’alphabet singulier du peintre. S’y croisent ainsi : le cercle, les croix, la goutte ou la trace, les cicatrices et les fossiles, la fenêtre…entre autres.
C E R C L E S
Le cercle c’est la forme élémentaire, la matière cellulaire mais c’est aussi le pourtour qui enclos, circonscrit : les toiles d’Alcho portent des cercles-cellules, évocation d’une vie organique ou minérale, contenue, avant l’éclosion… devenant, par la magie d’un fondu au blanc, des bulles aériennes sur d’autres toiles, légères mais toujours prisonnières et mortes à force d’être blanches…
Le cercle des toiles d’Alcho c’est aussi un cercle méchant, ironique et violent…pourtour du fossile pétrifié, œil impitoyable, éclat de rire tranchant du Non ! triomphant…



C R O I X
Ce qui nous amène aux croix…autres motifs réapparus de toiles en toiles… Les croix en X majuscule tout d’abord, sans doute les plus nombreuses : croisées des chemins rarement, croix des baguettes du marionnettiste parfois, plus surement croix qui barre, interdit…colère ! Main sur la bouche.
Et puis des croix grecques, imposantes, massives, curieusement inertes… Balises ou calvaires ?
Et enfin, les croix des peintures sur papiers… différentes : nées d’un tracé libre, elles prennent de curieuses légèretés, l’envol d’une croix oiseau…ou le flottement d’une croix homme écartelé…
T R A C E S
Dans l’alphabet des formes d’Alcho il y a aussi des traces, tâches, gouttes…la vie qui s’invite, pulvérise, tournoie et compose au hasard… à l’insu du peintre… qui pourtant refuse au hasard tout droit de cité, l’insensé !…Parce qu’épris de cohérence, il voudrait que les formes tracées expriment, ventriloques, la vérité de l’être intérieur…Ce qu’elles font … mais pas toujours …Elles prennent aussi leur envol et assemblent au hasard des fragments qui le touche et nous touchent.
F E N E T R E S
Et puis, de toiles en papiers, parfois des fenêtres…objectivement tracées ou possiblement imaginées par notre regard, qu’elles aspirent… Les premières, peuplées de barreaux ont à voir avec les croix : elles disent aussi la frontière, la barrière, l’accès impossible. Les deuxièmes sont entraperçues, évasions possibles, brêches devinées…On les découvre dans l’effusion légère des couleurs aquarellées : frontières rendues tout-à-coup incertaines par la diffusion de la peinture qui s’épanche doucement. Au fond, c’est alors la peinture elle-même, toile ou papier, qui devient fenêtre… Nous voyons à travers… Le regard vagabonde ou se perd.
Et le regardant alors voit… dialogue avec la toile… rencontre toujours incertaine entre l’objet intérieur et singulier du peintre et le théâtre intime de chacun. Rencontre toujours espérée mais imprévisible : ici plutôt que là, face aux tâches vermillon ou dans la géométrie des formes… Survenue multiforme des résonnances personnelles devant la toile devenue miroir.
T R A C E S ET E M P R E I N T E S
Cercles-cellules, traits-cicatrices, concrétions ocres jaunes ou rosées : la vie fossile, profonde et souterraine compose un autre thème articulant une série des toiles peintes en 2008.
Bouillonnement régulier de vie contenue dans un en-deçà envahissant mais enclos, violence de la vie figée, presque encore palpitante ou déjà évaporée, froide, évanouie.
Traces de vie peuplées de souvenirs, ces toiles disent le temps long de la matière en germe, les combats passés et perdus qui président à son émergence.
C O U L E U R S
Des cercles, des croix, des tâches, des fenêtres, mais aussi des cicatrices et des fossiles, des pendules…composent une partie de l’alphabet qu’Alcho assemble. Et puis des couleurs…
Des noirs scintillants concentrés de vie, des blancs apaisés concentrés de mort silence, des gris à l’opacité oppressante, des ocres qui amorcent l’irruption de la chaleur vitale, sans la laisser s’exprimer encore …Viennent alors les ors (2009) (Peut-on techniquement les qualifier ainsi ? Je ne sais pas… mais dans leur transparence je les vois tels.). Transparents, nés sur le blanc, ils sont fenêtres ouvertes, sérénité pressentie… Mais voilà…ils sont souvent pénétrés de vermillon cruel, moqueur, frais comme l’évidence…

Voici donc « ce que je vois »: formes, symboles, couleurs … ensemble soutenu bien sur par des techniques … qui ne sont pas l’affaire de la regardante que je suis.
Reste ce que je crois voir…

I N V I T A T I O N A U V O Y A G E E N T E R R E P E I N T E

T E M P Ê T E S
La peinture d’Alcho parle du double : le double en soi d’abord, ce mauvais frère toujours prêt à crucifier l’élan, à railler la tentative d’évasion… Vainqueur cynique au rire malgré tout contagieux…Mais aussi le double perdu, terre promise mais inaccessible d’une gémellité fantasmatique …
Mais peut-être la fêlure, la brisure nette se déploie-t-elle au-delà des terres intérieures… Dans le rapport à l’autre…et c’est alors le dialogue impossible, la douleur rouge de l’échec sanctionnant le voyage vers l’autre que suggèrent certaines toiles.
Mais cette peinture retrace aussi d’autres combats avec l’autre… La confrontation avec la norme, avec la violence d’arrangements sociaux cyniques et solides : horizons barrés, crucifixion rouge, résistance impuissante, rage contenue et vie éparpillée…
Ce sont, collés bien droits, horizontaux, des rectangles de toile, bandes implacables scellant des bouches invisibles : silence… ! Et des toiles cicatrices, boursouflures de vie figées qui font sourdre chez le regardant un malaise qui culmine dans la contemplation d’un autoportrait sur lequel je ne veux pas mettre de mots.

L U M I E R E E T T R A N S P A R E N C E
Plus étranges, ou moins lisibles peut-être, mais pleines d’une force délibérée, surgissent les toiles où dominent le noir (série noire 2007) … Noirs matière concentrée de lumière, d’éclat vibrant, qui absout les parois de la toile et traverse les aplats de peinture. Charbon, diamant, beauté d’une matière calcinée mais renouvelée, nuit profonde qui nous rend avides des contrastes rouges, blancs, délibérément affirmés ou cachés dans les transparences. Oui… décidément cette série noire est d’une luminosité profonde qui aimante durablement le regard, et ouvre des dialogues multiples.
Et puis… vient le blanc (2009), sur lequel se déploie en transparence un autre monde, aux tracés arachnéens ocres et ors : plénitude ? Pas encore… l’irruption du cri vermillon, jeté au cœur d’un merveilleux triptyque brun-or ou ensanglantant une toile blanche sur laquelle s’opposent deux croix nous rappelle les tempêtes.
Elles sont toutes sœurs, pourtant, ces toiles si différentes : les noires de 2007, les ocres de 2008, les ors de 2009… Dans leur filiation minérale et métallique, où s’invite le vivant : irruption sans cesse reconstruite, ordonnée, raillée.

P A P I E R S
Et puis il y a les papiers… Autre monde…où s’expriment des libertés nouvelles, des incohérences bénies, des légèretés insoupçonnées…
Où les contours souvent s’effacent, dilués…Presqu’apaisante sortie des prisons intérieures au profit parfois d’un désordre innocent ou d’un ordre ludique …
Les papiers disent autrement ce qu’expriment les toiles : sur ces dernières, la matière installe une puissance, une colère souvent, qui s’imposent… Sur les papiers tremblent des transparences, possibles infinis, indétermination des contours… liberté donc, évasions secrètes … Même si les tracés d’encre noirs sont là pour redire les limites, tenter de circonscrire la vie….mais voilà qu’ils s’échappent en labyrinthes chaotiques, en grands traits bateaux… Les barreaux, toujours là pourtant, perdent leur netteté, s’effilochent… liberté !
Et puis là encore des cercles : yeux écarquillés et scrutateurs, sidérés… ou unités élémentaires d’une petite mécanique heureuse, témoins du mouvement perpétuel…
Dans les papiers, des générations se devinent : à travers le grain des noirs qui évolue au fil des années, pour devenir plus lumineux, évident, lisse et transparent… Dans l’irruption soudaine du bleu, promesse encore timide d’azurs à venir …A travers la dilution progressive des traits/barreaux.
La magie des papiers réside peut-être dans cette effusion douce et aléatoire de la peinture où l’on imagine le travail de l’eau s’échappant du pinceau, flux de larmes paisibles et bienfaitrices qui laisseraient traces.
Patience… et vous verrez l’azur.
É C H A P P É E S …L E S M O T S S O N T U S É S…
Il faudrait dire encore les chemins, tracés dans les toiles d’Alcho…Je devine qu’on peut les y voir, même si je reste aveugle à leur propos, impuissante à imaginer dans ces tracés droits, ou entrelacés l’au-delà des frontières découpant le réel…
Il faudrait évoquer l’ironie joyeuse de certaines toiles réintroduisant le geste délié de l’illustrateur, la gaité d’un certain A cerclé, palimpseste mural…
Double limite des mots : ils sont porteurs de la subjectivité du regardant, laquelle découpe, reconstruit, interprète mais également des sens usés dont nous les chargeons… Si la peinture existe, c’est bien pour échapper aux mots…qui ne peuvent vraiment la dire : il faut voir, contempler, regarder !
Claire Guérin

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Nouveau site Alcho

Publié(e) par 14 mai 2010 à 14:23 0 Commentaires

Le nouveau site d'Alcho est en ligne à l'adresse www.alcho.fr

Mur de Commentaires(6 commentaires)

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Le 21 avril 2015 à 15:12, GEDDA a dit...

Bonjour,

Dans mon atelier mais aussi prochainement au sein d'Agora Gallery New York

Le 10 avril 2011 à 3:07, Sandrine MORVAND a dit...

Le magazine est librement visible en ligne sur son site http://www.nosarts.com en version pages qui se tournent ou téléchargeable en pdf et il sera bientôt en version papier + version audio pour une accessibilité aux malvoyants.

A bientôt

Sandrine

Le 8 juin 2010 à 18:33, Jacqueline MORANDINI a dit...
Bonjour Alcho
Pour cet été, si tu as toujours envie de passer un moment agréable dans une petite ville mais très touristique,
ST REMY DE PROVENCE " Route des Artistes" si cette manifestation t'intéresse , demande un dossier d'inscription à l'Office du Tourisme Place Jean Jaurès 13210 Saint Rémy de Provence Tel: 04 90 92 05 22
Il faut faire vite il ne reste que 2 dates : 1er Août ( nocturne)et 13 septembre
Des peintres de renommée internationale participent régulièrement à cet énènement....
Bonne chance!!!
Le 7 juin 2010 à 11:00, Jacqueline MORANDINI a dit...
Merçi pour ton appréciation, j'ai pris connaissance de ton écriture picturale qui s'inscrit également dans une codification des formes, des couleurs : un alphabet singulier, que j'aime beaucoup !!!
Tu as eu une exposition récemment à la Galerie ART PRESENT, s'agissait d'oeuvres de même style? quels ont été les retours ???
Le 22 mai 2010 à 15:49, Alexandra Giès a dit...
Alcho, votre ressenti me fait chaud au coeur...
Le 22 mai 2010 à 12:29, Alexandra Giès a dit...
Merci pour l'ajout et bon week-end
Cordialement
Alexandra
 
 
 
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