Rythmé, savoureux et haut en couleurs... "Scapin 68" d'après Molière, au Théâtre du Parc, du 13 /09 au 26/10 2018

            L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein airCoup de foudre  retentissant pour les pères (Benoit Van Dorselaer et Thierry Janssen), les fils (Mickey Bocar et Julien Besure), les valets (Simon Wauters et Othman Moumen) et les donzelles (Brigitta Skarpalezos et Laure Godisiabois)! Le spectacle est démentiel... rebelle, sexy, inventif et hippie! Tous à la plage, la  galère s'amuse, la pièce sera jubilatoire!  Voici Scapin 68 - une adaptation des plus réjouissantes des bien-nommées « Fourberies de Scapin » signées Jean-Baptiste Poquelin dit Molière en 1671 -  …ou quand la jeunesse en mini-jupes  et en pattes d’eph toise l’ordre établi et les interdits.

              Les deux pater familias, Argante (Thierry Janssen) et Géronte (Benoit Van Dorselaer) en costume cravate vont se faire l’un et l’autre moquer, rosser, vilipender, soutirer de l’argent, comme au théâtre du Grand guignol et  dans  la tradition de la  Commedia dell’arte. Cette pièce  qu’écrivit Molière en forme de récréation après le Don Juan,  L’Avare, Le Misanthrope  et le Tartuffe met en scène Octave (Julien Besure), fils d’Argante qui a épousé derrière le dos de son père Hyacinthe (Brigitta Skarpalezos), une jeune fille pauvre  de naissance inconnue, et Léandre (Mickey Bocar), fils de Géronte  qui s’est épris d’une  jeune Égyptienne, Zerbinette (Laure Godisiabois) . Pour contrecarrer l’autorité paternelle, tous deux  se trouvent forcés de recourir  au  savoir-faire ingénieux de deux domestiques maîtres-du-jeu : Scapin et son complice Sylvestre (Simon Wauters). Tour de passe-passe du dramaturge, les jeunes amoureuses se révéleront  à la fin, être celles même  que les pères  destinaient à leurs fils comme épouses. All is well that ends well!  L’intrigue n’est pas complexe mais qu’est-ce qu’on s’amuse! Quel sens de la fête, quelle glorieuse farce divinement mise en scène par Thierry Debroux 

 OCTAVE.- Oui, belle Hyacinte, et ces nouvelles m’ont donné une atteinte cruelle. Mais que vois-je ? vous pleurez ! Pourquoi ces larmes ? Me soupçonnez-vous, dites-moi, de quelque 
infidélité, et n’êtes-vous pas assurée de l’amour que j’ai pour vous ?
HYACINTE.- Oui, Octave, je suis sûre que vous m’aimez ; mais je ne le suis pas que vous m’aimiez toujours.
OCTAVE.- Eh peut-on vous aimer, qu’on ne vous aime toute sa vie ?
HYACINTE.- J’ai ouï dire, Octave, que votre sexe aime moins longtemps que le nôtre, et que les ardeurs que les hommes font voir, sont des feux qui s’éteignent aussi facilement qu’ils 
naissent.
OCTAVE.- Ah ! ma chère Hyacinte, mon cœur n’est donc pas fait comme celui des autres hommes, et je sens bien pour moi que je vous aimerai jusqu’au tombeau.
HYACINTE.- Je veux croire que vous sentez ce que vous dites, et je ne doute point que vos paroles ne soient sincères ; mais je crains un pouvoir qui combattra dans votre cœur les tendres sentiments que vous pouvez avoir pour moi. Vous dépendez d’un père, qui veut vous marier à une autre personne ; et je suis sûre que je mourrai, si ce malheur m’arrive.

             Les Moliérophiles ne seront nullement déçus, pas une virgule ne manque au texte qui est projeté dans une  intelligence parfaite. La mise en scène  vintage années soixante-huit est  une déferlante de bonheur théâtral, plastique et musical. Ready, Steady, Act ! Les comédiens ont reçu un thème: la plage, rapport à la phrase : « Sous les pavés, la plage ! » Donc, voilà une maison à colombages en bord de mer, le cri des mouettes, et l’imagination de tous  ...au pouvoir! Un sacré coup de pouce pour nos générations de jeunes assoupis...

  Tout  s’enchaîne  dans un délire de trouvailles autour des serviettes et fauteuils de plage,  jeu de boules en plastique, bouées, costumes et bonnets de bain rétro, sans oublier, au large,  …la fameuse galère.  La musculature parfaite et la souplesse de chat  frémissant d’Othmane Moumen, beau comme un plagiste, qui  voltige de  balcons en réverbères et autres escarpolettes, a déteint sur tous les comédiens qui eux aussi, sautent, rebondissent, jaillissent de trappes improbables et mènent  un jeu  d’enfer délirant autour du texte,  comme si tous avaient fumé la moquette et siroté des breuvages multicolores!   Et quand  une inénarrable scène de rire inextinguible s’empare de Laure Gaudisiabois et de Benoit Van Dorselaer, la salle ne se tient plus. On est dans un sommet de l'excellence théâtrale où le corps est roi  et on applaudirait bien en cours de route, comme à l’opéra!  Car d’ailleurs de la musique - des tubes anglo-saxons absolument légendaires - il y en a … avant, pendant et après, mais on n’en dira pas plus, car franchement, on ne peut manquer un tel spectacle auquel, on ose attribuer 5 étoiles, tant c’est bien fait, vivant, inédit et décoiffant. Quant à la morale « Il est interdit d’interdire » : on adore, pas vous?

Du jeudi 13 septembre 2018 au vendredi 26 octobre 2018 au théâtre Royal du Parc 

http://www.theatreduparc.be/index.php?mact=Agenda,cntnt01,DetailEvent,0&cntnt01id_event=59&cntnt01returnid=57

 

Mise en scène Thierry Debroux Avec Julien Besure, Mickey Boccar, Laure Godisiabois, Thierry Janssen, Othmane Moumen, Brigitta Skarpalezos, Benoît Van Dorslaer, Simon Wauters Scénographie et costumes Thibaut De Coster, Charly Kleinermann Maquillages Urteza Da Fonseca Lumières Alain Collet Décor sonore David Lempereur Assistanat mise en scène Catherine Couchard

Crédit Photos:  Zvonock Light Knight 

Une coproduction du Théâtre Royal du Parc, de l’Atelier Théâtre Jean Vilar, du Théâtre de Liège et de DC&J Création

Jusqu’au 26 octobre au Théâtre du Parc (Bruxelles). Du 6 au 16 novembre au Théâtre Jean Vilar (Louvain-la-Neuve). Les 23 et 24 novembre à Wolubilis (Woluwe-Saint-Lambert). Du 28 novembre au 7 décembre au Théâtre de Liège.

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  • Deashelle

  • Deashelle

  • Deashelle

    Publié le 7 octobre 2018
    C'est le même interprète fétiche du théâtre du Parc qui assuma et assume brillamment les deux rôles dans deux productions* qui resteront dans les mémoires des fidèles abonnés. Mais ne peut-on voir également une continuité dans ces personnages, surgis tous deux de la rue: Scapin est, aussi, le champion des "gags", de la poursuite bondissante, de la malice ingénieuse, des pirouettes, des bons tours joués à l'autorité, des attitudes poético-comiques...

    Que veut dire ce titre: "Scapin 68" ? Il s'agit bien de la pièce de Molière "Les Fourberies de Scapin" mais transposée en 1968. Dans le beau bâtiment classé de la rue de la Loi (face au fameux n°16 officiel), il est assez piquant, là aussi comme dans d'autres lieux théâtraux, de voir honorer un cinquantenaire célèbre cette année ! Une petite mise en condition musicale assurée par deux artistes de la distribution: Brigitta Skarpalezos et Mickey Boccar, permet au spectateur entrant dans la salle de faire le retour en arrière vers cette année mythique. Hippie Birthday !

    A la mode 68: pour le décor (villa vintage en bord de mer), les costumes et les accessoires, pour établir comme un parallèle - éternel et universel - entre la jeunesse avide de vivre à fond, d'aimer de même et de se rebeller contre les contraintes de l'Autorité. Elle est personnifiée par les deux paternels égoïstes, radins et ridicules. Deux générations s'affrontent. On pourrait même établir un autre parallèle: les deux jeunes gens nantis mais encore timorés s'assurant l'aide de leurs valets comme les étudiants de mai 68 relayés par les ouvriers...

    Il est question de "pistoles" et d'"écus" car le texte célèbre n'a pas subi de modifications mais il "passe" très bien, et c'est là où l'on peut admirer son intemporalité, son universalité.

    De ruse en ruse...

    Il est communément admis d'étiqueter "farce" ces "Fourberies..." et certes l'esprit farcesque est bien là, s'inscrivant dans une tradition mais sur cette nouvelle version souffle un vent de contestation et l'on oublierait presque que l'action se déroule à Naples, chez ces Italiens chers à Molière pour leur commedia dell'arte. On pense au burlesque avec l'emploi d'accessoires anachroniques tels ces jouets de plage... Et l'ensemble est mené allegretto par le metteur en scène Thierry Debroux justifiant ainsi que l'on puisse apercevoir la fameuse galère turque...

    La scénographie, elle, montre quelques écarts... de langage en affichant les slogans soixante-huitards sur un décor à surprises, tout comme les costumes, coiffures, attitudes...: Thibaut De Coster et Charly Kleinermann s'en sont donné à coeur joie et le Scapin d'Othmane Moumen s'est fait le look de Jimi Hendrix. Tous: Julien Besure, Mickey Boccar, Laure Godisiabois, Brigitta Skarpalezos et Simon Wauters lui emboitent le pas ou plutôt les poursuites et acrobaties sauf, bien sûr, ces pères aux grands airs: Thierry Janssen et Benoît Van Dorslaer, qui en feront les frais.

    Et de ce nouvel habillage, Molière s'en trouve grandi, texte rajeuni sans qu'il subisse de mauvais traitement ! Les années soixante furent particulièrement riches visuellement et musicalement, on en retrouve, aussi, l'esprit. Et, une fois de plus, "la fourberie" aura eu le dernier mot.