Arts et Lettres

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Pissarro, patriarche des impressionnistes

Moins populaire que Renoir et Monet, à première vue moins raffiné ou moins savant que Cézanne ou Degas, Pissarro est pourtant un acteur essentiel de l'impressionnisme, tant par son oeuvre que par son rôle au sein du mouvement.

Il est né en 1830 à Saint Thomas (Antilles danoises), de parents d'origine française établis dans le négoce. Il étudie en France, où l'on encourage ses dons pour le dessin, puis revient collaborer, sans enthousiasme, aux affaires paternelles. Il se tourne définitivement vers la peinture après un voyage au Venezuela en compagnie du peintre danois Fritz Melbye, et part immédiatement pour la France, où il arrive juste avant la fermeture de l'Exposition universelle de 1855. Il se consacre désormais à l'apprentissage de son métier de peintre, principalement chez Anton Melbye, le frère de Fritz, mais aussi au côté de Daubigny et de Corot, Corot qu'il admire et qui lui donne quelques conseils. Pissarro fréquente également les écoles de dessin. C'est à l'académie Suisse qu'il fait la connaissance de Monet en 1859, de Cézanne et de Guillaumin en 1861, avant de se lier un peu plus tard avec Renoir et Sisley et avec les autres membres du groupe. Ces années de formation sont aussi des années matériellement difficiles : Pissarro, qui a désormais charge de famille, ne vend quasiment rien bien qu'il expose assez régulièrement au Salon depuis 1859. Il peint cependant beaucoup, essentiellement des paysages d'Ile-de-France et de Normandie. Réfugié avec les siens à Londres en 1870-1871, il trouve à son retour sa maison de Louveciennes dévastée et ses oeuvres détruites. Mais il étend, avec ses amis, le cercle de ses amateurs et de ses marchands. Installé à Pontoise, puis à Éragny-sur-Epte, il participe à toutes les expositions impressionnistes et fait peu à peu figure de patriarche du mouvement, mais dans un constant renouvellement et une grande fraîcheur d'esprit : il est d'ailleurs lié de près aux jeunes artistes néo-impressionnistes, Gauguin, Signac, Luce, Seurat principalement, dont il suit un moment les principes de composition et, par son fils Lucien, établi à Londres (ses cinq fils suivront des carrières artistiques), il est en contact avec l'avant-garde britannique. Il meurt à Paris en 1903.

Pissarro a pratiqué toutes les techniques, le dessin notamment, et aussi la gravure, poussé en ce sens par Degas. Il est ainsi l'auteur de lithographies, de pointes sèches et d'eaux-fortes, et il participe pleinement au renouveau de l'eau-forte en couleurs. En peinture, il ne s'est pas arrêté à un style unique. Il évolue au gré de ses rencontres (il aura ainsi eu en 1885-1890 une période « pointilliste » inspirée par le divisionnisme de Seurat) et engage un dialogue permanent avec ses amis, sans qu'on mesure toujours ce qu'il leur doit et ce qu'il leur apporte, comme l'illustrent ses relations avec Cézanne.

Mais il a surtout su renouveler, au sein du paysage, approches et sujets.Vues panoramiques, routes et voies ferrées aux cadrages étudiés, figures dans la campagne, vues urbaines, toutes dénotent, comme ses intérieurs et ses portraits, une attention soutenue à la construction et à l'emploi raisonné des moyens picturaux, sans perdre pour autant la spontanéité de la peinture en plein air. Les études privilégient d'ailleurs aujourd'hui la part du sujet et de son interprétation dans l'oeuvre du peintre, au travers d'une période, celle de Pontoise, ou des séries urbaines, exécutées à Paris et en Normandie, durant la dernière décennie (The Impressionnist and the City, Pissarro's Series Paintings , Royal Academy, Londres, 1993). On se plaît, peut-être avec trop de systématisme, à y retrouver l'écho de ses réelles préoccupations sociales et de ses opinions politiques anarchistes (évidentes dans son recueil de dessins de 1890, Turpitudes sociales ). C'est dire la richesse d'une oeuvre qui reste sinon à découvrir, du moins à mettre à sa vraie place, l'une des premières, dans l'évolution de l'art de la seconde moitié du XIXe siècle.

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Commentaire de MARIA TERESA BERTINA le 10 septembre 2011 à 13:48

Magnifique!

 Il existe aussi un Musée Pissarro à Pontoise.

Enfin un réseau social modéré!!!

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