Arts et Lettres

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La question du chef-d’oeuvre ne serait plus d’actualité ?

Monde en-soi, création individuelle obéissant à des règles singulières, conséquence d’une ingéniosité, destin autonome, etc., le mode d’existence du chef-d’œuvre qui révélerait une présence singulière est effectivement contestable. Car la valeur des « chefs-d’œuvre » dépend moins de critères objectifs que d’une certaine tradition académique.

 

Voulant échapper à toute forme de conditionnement, éducatif, social ou psychologique, modernité et post-modernité ont souvent contesté, parfois avec violence, le principe même du chef-d’oeuvre.

Que seraient les « chefs-d’oeuvre » d’une époque qui refuse, non seulement la possibilité de cette excellence, mais même aussi, parfois, la notion d’« oeuvre » elle-même?

 

Pour autant, le « chef-d’oeuvre » a la vie dure ; il ne cesse de se manifester à travers des dispositifs de présentation, de médiatisation, de collection, de reproduction, de détournement, d’exposition, de mise en scène, de commercialisation…

Le prix effarant atteint par certaines oeuvres n’en fait-il pas automatiquement des sortes de chefs-d’oeuvre ?

Et si le marché de l’art fabrique la valeur de l’art, que dire de la valeur des faux ? Que dire aussi des invendables ou des intouchables ?


Comment le droit appréhende-t-il la notion de chef-d’oeuvre et que dire du rapport entre chefs-d’oeuvre et
politiques publiques ? Cela fait déjà longtemps que l’État intervient dans le champ artistique. De fait, les politiques publiques en la matière concernent aussi bien le soutien à la production, la diffusion et la valorisation que la protection du patrimoine culturel commun…

Entre coeur et raison, la sacralisation des chefs-d’oeuvre produit des savoirs, des savoir-faire et des savoirs sur le faire. Mettant en avant le patrimoine, restaurant les objets de l’art ou les reconstituant, favorisant  le tourisme culturel en inscrivant une oeuvre dans une salle, un musée, une ville, une région, un pays… l’industrie culturelle s’enrichit toujours plus des multiples modes d’existence des chefs-d’oeuvre.

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Réponses à cette discussion

Cher Jacqueline Gilbert,

Voici Narcisse!
Rien de plus facile à l'heure d'internet de le retrouver!
Merci Google!
Il se trouve à la Galerie d'art ancien de Rome selon Wikipedia.
C'est le chef d'oeuvre qui vous tient à coeur ; Est-ce le chef-d'oeuvre du Caravage tel qu'il est passé à la postérité , dans l'esprit de la collectivité, dans l'esprit du monde et donc dans l'histoire de l'Art.?.. je ne crois pas...

Jean-Marie Cambier
C'est vrai j'aurais du penser à Google! mais je n'ai pas encore ce réflexe, je suis si souvent malhabile avec cette technologie... Narcisse était aussi le préféré de mon prof d'histoire de l'art, il y a une question dans son regard... enfin tout cela est très personnel... Merci encore pour votre démarche amicale.

Jean-Marie Cambier a dit :
Cher Jacqueline Gilbert,

Voici Narcisse!
Rien de plus facile à l'heure d'internet de le retrouver!
Merci Google!
Il se trouve à la Galerie d'art ancien de Rome selon Wikipedia.
C'est le chef d'oeuvre qui vous tient à coeur ; Est-ce le chef-d'oeuvre du Caravage tel qu'il est passé à la postérité , dans l'esprit de la collectivité, dans l'esprit du monde et donc dans l'histoire de l'Art.?.. je ne crois pas...

Jean-Marie Cambier
Le chef-d'oeuvre a mauvaise presse dans les milieux branchés de la culture et spécialement de l'art.
Le terme, il est vrai, a un côté académique assez déplaisant : on ne décrète pas un chef-d'oeuvre pour la simple raison que les critères changent.
Si la peinture "dans le vent" s'intéresse plus à la matière qu'au contenu, ou bien si elle érige en le concept comme forme d'art absolu, il n'y aplus de chef-d'oeuvre possible.
Je pense qu'une fois encore, il faut raison garder, savoir prendre distance.
C'est le temps qui finit par opérer des classements : il ne faut pas crier au chefs-d'oeuvre de même qu'il ne faut pas prendre de haut le passé et considérer a prioi comme ringard tout ce qui a fait la grandeur des oeuvres d'une époque passée.
Narcisse (1598 - 1599) - Huile sur toile, 110 x 92 cm - Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome j'ai trouvé l'information dans Wikipédia
Merci infiniment pour cette précision, je n'ai pas toujours le réflexe internet! Si je retourne à Rome un jour, j'irai revoir ce tableau qui m'a tellement impressioné dans ma jeunesse!

Jean-pierre Punzano a dit :
Narcisse (1598 - 1599) - Huile sur toile, 110 x 92 cm - Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome j'ai trouvé l'information dans Wikipédia

La fontaine de Duchamps, oeuvre majeure de l'art d'aujourd'hui est un chef-d'oeuvre: oeuvre capitale pour l'art contemporain et difficile car il fallait l'oser en effet! quant à l'excellence !?


lucie fraenkel a dit :

Le chef-d'oeuvre : oeuvre capitale et difficile. Difficile, voici peut-être un mot qui a disparu du vocabulaire depuis de nombreuses années. On n'aime pas aujourd'hui l'excellence, alors, il est de plus en plus difficile de faire référence à ceux qui connaissaient leur métier appris durant de longues années et qui, pour la plupart, évitaient toutes les discours intellectuels verbeux qui alimentent les gazettes discourant sur l'Art.
Avec ses ready-made, le spectateur est devenu un élément déterminant!  Duchamp  a donc marqué l'art d'aujourd'hui et du futur d'une façon irréversible... voyez les musées...Mais il n'est pas interdit de fermer les yeux,de ne pas y croire et de considérer l'impressionisme comme la dernière (r)évolution artistique!

lucie fraenkel a dit :
La fontaine de Duchamp :un beau pied de nez à l'art. Il a eu raison de passer le reste de sa vie à jouer aux échecs.

 

La naissance de Vénus de Bougereau: un chef-d'oeuvre?

Il ne faut effectivement pas être "moderne" pour se plaire (c'est cela qui est essentiel) et plaire à un certain marché de l'art. Quant à aller de l'avant pour ne pas éteindre cette flamme de la modernité que les hommes portent en eux qu'ils soient  entrepreneurs, chercheurs, écrivains ou artistes, c'est une autre histoire!

Décadence? N'est ce pas ce que pensaient peut-être des Meissonier et des Bouguereau ainsi que les visiteurs des salons en voyant 'impression au soleil levant" d'un Monet. 

    
lucie fraenkel a dit :

Après la décadence, il y aura peut-être une renaissance de la peinture, mais il va falloir de la patience.Heureusement, il existe encore de nombreux artistes peintres qui continuent à pratiquer l'art de peindre et même s'ils ne sont pas dans les galeries à la mode, ils vivent très bien de leur travail.

Qui oserait dire que la "naissance de Vénus" de Botticelli n'est pas un chef-d'oeuvre ?

Pourquoi cette naissance de Vénus est-elle plus un chef -d'oeuvre que celle de Bouguereau ? (voir message précédent)

Qui se lancera sur ce forum à une étude comparative? 

Je commence :

Pour montrer sa capacité de faire des nus de qualité "photographique",Bouguereau en fait de tonnes !

Il en résulte des attitudes artificielles  à la grâce sirupeuse....qui continuera  à le critiquer ...ou à l'encenser ?  


Robert Paul dit dans son introduction :"Car la valeur des « chefs-d’œuvre » dépend moins de critères objectifs que d’une certaine tradition académique".

Cette réflexion me donne l'occasion de lancer une seconde critique :"la naissance de Vénus" de Bougereau est typiquement une oeuvre qui maintient la tradition académique ; sans me lancer dans une enquête historique, j'imagine sans difficultés que ce tableau qui entre actuellement dans la catégorie "'art pompier" a dû être considéré comme un chef-d'oeuvre en son temps par les "membres du jury" issu de l'académie.   


Jean-Marie Cambier a dit :

Qui oserait dire que la "naissance de Vénus" de Botticelli n'est pas un chef-d'oeuvre ?

Pourquoi cette naissance de Vénus est-elle plus un chef -d'oeuvre que celle de Bouguereau ? (voir message précédent)

Qui se lancera sur ce forum à une étude comparative? 

Je commence :

Pour montrer sa capacité de faire des nus de qualité "photographique",Bouguereau en fait de tonnes !

Il en résulte des attitudes artificielles  à la grâce sirupeuse....qui continuera  à le critiquer ...ou à l'encenser ?  

Mon ami Jean-Marie Cambier a bien pris quelques risques il y a 18 heures en écrivant que « la fontaine de Duchamps, oeuvre majeure de l'art d'aujourd'hui est un chef-d'oeuvre: oeuvre capitale pour l'art contemporain et difficile car il fallait l'oser en effet ! » Heureusement pour lui, il termine son intervention par une bonne question : «quant à l'excellence !?»

Marcel Duchamp, patron des modernes, des hyper-modernes ou des anti-modernes ? Retournons à l’histoire, car il est possible qu’une importance excessive donnée à Marcel Duchamp ait favorisé une représentation de la modernité comme «autodestruction créatrice». Les attitudes réelles sont tout autres et demandent chaque fois un historique précis. L’ironie de l’urinoir de Duchamp était une nouveauté qu’on a structuralisée pour en faire de l’anti-art. Où se saisit sur le vif l’urgence de distinguer modernité et avant-garde. Car la répétition de l’effet Duchamp est bien un problème de l’avant-garde, et non un problème de la modernité. Quant à l’idée qu’avec ses ready-made, Duchamp a marqué l'art d'aujourd'hui et du futur d'une façon irréversible en faisant du spectateur un élément déterminant, idée que Duchamp lui-même semble avoir résumée dans sa célèbre boutade : «ce sont les regardeurs qui font les tableaux», c’est une idée fausse dans une idée vraie, car le rapport entre l’observateur et ses conditions d’observation n’est pas propre au moderne. Il n’y a jamais eu d’appréhension en soi hors d’un observateur, et l’image de l’objet a de tout temps été une image des rapports que nous entretenons avec lui.

Marcel Duchamp, mauvais peintre dans son horreur de la térébenthine et suiveur de Picasso avec son «Nu descendant un escalier» (qui mettait en peinture la chronophotographie de Marey), est un support idéal pour le néo-classique et l’anti-moderne. Parce qu’il est lui-même néo-classique et cumule les ambiguïtés avec sa petite phrase qui programme le cynisme d’une partie de la modernité artistique qui le suit : «on peut faire avaler n’importe quoi aux gens.» Et puis il y a surtout le «Grand Verre» de Duchamp, son grand œuvre, «la Mariée mise à nu par ses célibataires, même» (1915-1923), qui réalise, selon Duchamp lui-même, «une expérimentation absolument scientifique, basée sur des calculs et des dimensions, une réhabilitation d’un savoir qui avait été complètement décrié.» Le scénario du Grand Verre peut se résumer ainsi : les Célibataires, sous la forme de Neuf Moules Mâlics (propre mot de Duchamp) émettent un gaz. Celui-ci passe dans des tubes et à travers des tamis en forme de cône. Il se transforme en liquide et se dirige vers le domaine de la Mariée. La séparation entre les deux panneaux est l’aire que Duchamp désigne comme un circuit de mise à nu électrique et un refroidisseur à ailettes. Cette aire calme l’ardeur des Célibataires qui faiblissent dans leur tentative pour séduire la Mariée. Les trois Témoins Oculaires, à droite du panneau des Célibataires, furent les derniers achevés. C’est une partie de l’ouvrage qui était supposée encourager l’examen attentif de l’observateur. Pour y parvenir, Duchamp a usé de divers moyens techniques et optiques. Il s’inspira de diagrammes d’opticiens et prépara minutieusement des dessins en perspective qui furent ensuite tracés sur la surface étamée du verre. Par la suite, Duchamp gratta le tain. Il termina par neuf trous, à l’extrême droite du panneau de la Mariée en projetant des allumettes enflammées sur la peinture au moyen d’un canon jouet pointé sur le verre. Aux points d’impacts, un trou fut percé. Les artistes de la Renaissance qui avaient développé la perspective pensaient les plans picturaux comme une fenêtre transparente, et Duchamp poussa ironiquement cette notion jusqu’à sa conclusion logique mais inattendue : la section inférieure des Célibataires contient toutes sortes de constructions de perspectives trompeuses, tandis que la section supérieure de la Mariée apparaît beaucoup plus plate. Le discours du «Grand Verre» est donc l’éloge du savoir et du calcul, en réaction contre la dégénérescence du métier et du savoir de Courbet et des impressionnistes. L’éloge d’un savoir à la fois exalté et masqué par le ludique, et plus précisément l’articulation d’une science et d’une gnose par la combinaison chez Duchamp des mathématiques et de l’occultisme. Contre la modernité du sujet et du regard. Contre la définition trop simple de Courbet : «ce que mes yeux voient». Duchamp voulait un art qui fut un pur produit de l’esprit. Il souhaitait l’abandon des matériaux artistiques traditionnels et considérait ses notes sur son œuvre (publiées en 1934 sous le nom de la Boîte verte) comme un travail artistique plus important que l’œuvre même. Il ne met donc pas sa marque sur l’art en tant que peintre. C’est comme non-peintre, exposant de véritables non-œuvres, qu’il s’est inscrit dans l’art comme non-art. Génie tout de calcul et de pouvoir, génie sec du défi au culturel qui tourne lui-même au culturel. Allez vous y retrouver maintenant dans ce brouillard de répétition qui l’a suivi et dont il est resté la grande référence ! Rejet de l’historicité, rejet de la valeur, rejet de l’œuvre. Jean-Marie, il nous faudra réfléchir plus précisément à ces effets pervers de la tradition Duchamp dans la modernité de l’art !

 

Daniel Moline

"Maîtriser la technique"...."Un supplément d'âme qui ne peut être analysé"... mais encore?

 Vous avez raison ... d'une certaine manière: les mots ne sont pas suffisants pour exprimer ce que le peintre , le musicien expriment par la couleur , par les sons ... mais faut - il se contenter de ce constat?  il n'est pas interdit de traduire ces sensations par les mots les plus appropriés  en usant éventuellement de périphrases  ou d'éléments dérivés comme le font les oenologues ou les parfumeurs qui manipulent des produits concernant le goût et l'odorat pour lesquels notre langage dispose d'un vocabulaire encore plus pauvre que pour la vue.

Une culture insuffisante résulte plutôt , à mon humble avis, de l'incapacité de vouloir traduire en langage courant le langage des artistes. les livres sur l'art témoignent de cette capacité ou du moins de cette volonté d'atteindre cet objectif. 

"yeux ouverts, faute d'avoir une perception de la beauté" En réalité, langage stéréotypé fuyant la réalité.    


lucie fraenkel a dit :

Bouguereau maîtrise la technique mais il lui manque mais que l'amateur d'art est capable de sentir. On disséque, on analyse, on se lance dans de grands discours à notre époque faute d'avoir une culture suffisante, faute d'avoir les "yeux ouverts, faute d'avoir une perception de la beauté.

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