Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

On adresse souvent ce reproche à la poésie moderne: son obscurité.

On entend souvent certains qui rattachent cette obscurité du poème à de simples artifices d'expression. Et cette question de l'obscurité et de l'hermétisme est sur toutes les lèvres dès qu'il s'agit de fustiger la poésie contemporaine. "Qu'est-ce que vous avez voulu dire ?" est souvent la seule appréciation, si ce n'est pas "Les poètes ne savent pas ce qu'ils disent"...

Mais ce que le poète a voulu dire, il l'a dit et... ne peut le redire autrement. "Traduire" le poème c'est, immanquablement, le "trahir".

Dès que le poème est réellement un "faire" -et non un re-faire, le voilà taxé d'hermétisme.

Mais le poème n'est-il pas là justement pour arpenter des chemins où personne encore n'a posé le pied, n'est-il pas précisément l'instrument d'un "voyant", au risque assumé de larguer le lecteur qui s'imagine pouvoir comprendre avant même d'avoir lu, tout étonné dès lors de se voir mener sur des terres inhospitalières et sans clef de lecture.

C'est parce que le poème donne le plus à voir dans les profondeurs de notre âme et du monde qu'il devient obscur pour le lecteur fatigué, pressé, conservateur.

 

La difficulté de la poésie tient bien en fait à sa nature même qui est d'éclairer par l'expression la plus exigeante. Mais nous ne savons pas regarder le soleil en face. Aurions-nous peur de la lumière ?

 

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Réponses à cette discussion

"Il y a l'hermétisme où l'on n'entre pas parce qu'il est fermé,

celui où l'on entre et qui vous enferme,

celui qui vous invite à entrer pour ouvrir ce qui est fermé".

Antonin Artaud

J'aime beaucoup la citation d'Antonin Artaud (et Artaud aussi d'ailleurs!)

Cependant pour entrer il faut s'ouvrir , c'est paradoxal.

Si on refuse...ce peut être aussi par manque d'habitude : c'est en lisant de la poésie qu'on prend l'habitude de pénétrer dans les "demeures des poètes", ce qu'on y trouve peut surprendre, choquer, nous sembler plus proche du bric à brac d'un grenier ou d'un désordre que du salon bien rangé de notre magazine de déco préféré.

 


Parfois on sent qu'on entre, mais si on vous demande d'expliquer c'est au delà des mots et alors ceux qui n'entrent pas ont beau jeu de vous prendre pour un snob qui fait semblant ...

Quelqu'un plus haut disait qu'il n' y avait pas à "comprendre" mais à "ressentir" , je crois que c'est vrai, parce que comprendre suppose qu'il n'y ait qu'une entrée, qu'un sens unique, alors que le propre des énigmes c'est d'être interprétables , c'est ce qui fait leur  richesse. Il y a une oeuvre multiple qui vient des sens mutiples possibles, c'est aussi un appel à l'imagination du lecteur, c'est du texte interractif avant que le mot n'existe. Accepter non pas que "ça ne veuille rien dire" mais que cela parle plusieurs langues à la fois.

 

 L'hermétisme ne date pas de l'époque contemporaine.   Héraclite,dit l'obscur,  disait: « l’oracle ne dévoile, ni ne dissimule, mais laisse entendre ». De quelque source qu’elle vienne, quelle que soit la voix ou les voix qui la portent , cela n’est-il pas aussi vrai de la poésie  ?

 

Bonjour Claude Miseur

 

J’aime beaucoup votre citation d'Antonin Artaud.

 

Bonjour Carl du Toit

 

Il est toujours difficile de se faire comprendre, et votre intervention en est une preuve. Pour vous taquiner, je dirais qu’en prose ou en vers, on n’est jamais à l’abri d’un certain hermétisme entre celui qui écrit et celui qui lit.  

Dans ma première contribution, vous retrouverez aisément un accord avec votre point de vue sur l’attitude du poète qui n’a pas à être hermétique comme savant prétentieux, et qui,  au contraire, a tout un travail à faire quand il veut délivrer un message. Mais je ne vous apprendrai pas qu’il faut faire avec des mots aux pouvoirs redoutables d’éloignement et même de trahison de ce qu’on voudrait transmettre.  

Mon propos s’appuyait sur ce que je connais de l’histoire des poètes souvent en rejet, de l’état actuel de la poésie, et sur mon expérience personnelle. Pour résumer, je disais que l’hermétisme en poésie n’est pas un reproche particulier à l’époque, ni le principal reproche qu’on puisse faire à la poésie contemporaine quand elle est, indépendamment de tout jugement de qualité, silencieuse, muette dans un petit coin de quelques librairies comme vous le confirmez.

Pour l’hermétisme, je disais que ses raisons se tenaient aux deux extrémités de la reliance poétique : écrivain poète, et lecteur-auditeur, et aussi dans leur relation. Je disais aussi, vous rejoignant, que je ne souhaitais pas devenir hermétique. Je frotte pour ça ma poésie le plus souvent possible en tous lieux ordinaires, et l’offre volontiers au crible, à la critique de qui veut la lire ou l’entendre sans exclure quiconque.  

Mais comme je le notais en préalable de ma contribution, tout débat est difficile quand nous ne sommes pas d’accord sur ce qu’est la poésie. A mon avis, on se dit trop aisément poète ici et là. Il me semble que vous le pensez aussi. Quand on reste dans des sentiers battus et rebattus, dans de belles certitudes,  dans ses états d’âme et ses humeurs passagères, dans des constats que tout le monde peut faire, ça me semble facile de n’être pas être hermétique, et de recevoir moult messages sympathiques. Mais la poésie, liée à la vie dans ses mystères, ses paradoxes, est tout sauf une facilité comme tous les arts. La poésie n’est pas faite pour le confort. Elle est de nature dérangeante, en dehors des cadres admis, décentrée, décalée de la plupart des regards accaparés par des mirages, les  miroirs, les superficies des choses. S’il n’y avait pas cette complexité et cette difficulté pour chacun à appréhender la vie, l’être humain, ce qui nous entoure, les moyens de la communication, il n’y aurait d’ailleurs aucune raison d’écrire encore et encore …

Ecrire c’est peut être simplement dire aux autres : ayons moins peur de ce qui paraît ou insupportable ou inexplicable ou inaccessible.

Mais pour l’heure, ce qui me préoccupe c’est moins l’hermétisme que trop de fins de non recevoir quand on parle de poésie.            

 

Bonjour Jacqueline Fischer

 

J’aime beaucoup votre intervention.

Je partage :

 

1. "c'est en lisant de la poésie qu'on prend l'habitude de pénétrer dans les "demeures des poètes"

 2. "Parfois on sent qu'on entre, mais si on vous demande d'expliquer c'est au delà des mots … "

3. Le parallèle que vous faites entre l’oracle et la poésie …

4. Je serai plus nuancé pour ce qui est de comprendre et de ressentir mais je suis bien d’accord sur l’idée de création interactive en poésie …

 

Amitiés. Gil

Merci Gil.. si j'ai bonne mémoire la "demure d'un poète" c'est de Cadou 'Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète..)


Cadou a écrit pas mal dans ses "carnets" contre un certain hermétisme....
Gil Def a dit :

Bonjour Claude Miseur

 

J’aime beaucoup votre citation d'Antonin Artaud.

 

Bonjour Carl du Toit

 

Il est toujours difficile de se faire comprendre, et votre intervention en est une preuve. Pour vous taquiner, je dirais qu’en prose ou en vers, on n’est jamais à l’abri d’un certain hermétisme entre celui qui écrit et celui qui lit.  

Dans ma première contribution, vous retrouverez aisément un accord avec votre point de vue sur l’attitude du poète qui n’a pas à être hermétique comme savant prétentieux, et qui,  au contraire, a tout un travail à faire quand il veut délivrer un message. Mais je ne vous apprendrai pas qu’il faut faire avec des mots aux pouvoirs redoutables d’éloignement et même de trahison de ce qu’on voudrait transmettre.  

Mon propos s’appuyait sur ce que je connais de l’histoire des poètes souvent en rejet, de l’état actuel de la poésie, et sur mon expérience personnelle. Pour résumer, je disais que l’hermétisme en poésie n’est pas un reproche particulier à l’époque, ni le principal reproche qu’on puisse faire à la poésie contemporaine quand elle est, indépendamment de tout jugement de qualité, silencieuse, muette dans un petit coin de quelques librairies comme vous le confirmez.

Pour l’hermétisme, je disais que ses raisons se tenaient aux deux extrémités de la reliance poétique : écrivain poète, et lecteur-auditeur, et aussi dans leur relation. Je disais aussi, vous rejoignant, que je ne souhaitais pas devenir hermétique. Je frotte pour ça ma poésie le plus souvent possible en tous lieux ordinaires, et l’offre volontiers au crible, à la critique de qui veut la lire ou l’entendre sans exclure quiconque.  

Mais comme je le notais en préalable de ma contribution, tout débat est difficile quand nous ne sommes pas d’accord sur ce qu’est la poésie. A mon avis, on se dit trop aisément poète ici et là. Il me semble que vous le pensez aussi. Quand on reste dans des sentiers battus et rebattus, dans de belles certitudes,  dans ses états d’âme et ses humeurs passagères, dans des constats que tout le monde peut faire, ça me semble facile de n’être pas être hermétique, et de recevoir moult messages sympathiques. Mais la poésie, liée à la vie dans ses mystères, ses paradoxes, est tout sauf une facilité comme tous les arts. La poésie n’est pas faite pour le confort. Elle est de nature dérangeante, en dehors des cadres admis, décentrée, décalée de la plupart des regards accaparés par des mirages, les  miroirs, les superficies des choses. S’il n’y avait pas cette complexité et cette difficulté pour chacun à appréhender la vie, l’être humain, ce qui nous entoure, les moyens de la communication, il n’y aurait d’ailleurs aucune raison d’écrire encore et encore …

Ecrire c’est peut être simplement dire aux autres : ayons moins peur de ce qui paraît ou insupportable ou inexplicable ou inaccessible.

Mais pour l’heure, ce qui me préoccupe c’est moins l’hermétisme que trop de fins de non recevoir quand on parle de poésie.            

 

Bonjour Jacqueline Fischer

 

J’aime beaucoup votre intervention.

Je partage :

 

1. "c'est en lisant de la poésie qu'on prend l'habitude de pénétrer dans les "demeures des poètes"

 2. "Parfois on sent qu'on entre, mais si on vous demande d'expliquer c'est au delà des mots … "

3. Le parallèle que vous faites entre l’oracle et la poésie …

4. Je serai plus nuancé pour ce qui est de comprendre et de ressentir mais je suis bien d’accord sur l’idée de création interactive en poésie …

 

Amitiés. Gil

 

la remarque de Nicolas Boileau est encore et toujours d’actualité :

 

« L’Art Poétique

 

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

 

c’est encore et toujours d’actualité plus que jamais !

 

quel attardé poète aurait l’imprudence de dire :

« j’écris de la poésie pour ne pas être compris » ?!

 

Faites un effort de vous faire comprendre aisément même en poésie

car les gens « très pressés », de notre époque de haute technicité, ne vous accorderont ni importance ni crédibilité si vous êtes inaudible !

 

Il est temps que nous nous détrompons :

L’hermétisme de l’art n’est pas profond.

 

la poésie doit être belle et audible

la poésie doit être un plaisir et notre vie embellir !

 

Barbara Botton

mon site : www.epigramme.fr : Quarante siècles d'épigramme

 

 



Jacqueline FISCHER a dit :

Merci Gil.. si j'ai bonne mémoire la "demure d'un poète" c'est de Cadou 'Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète..)


Cadou a écrit pas mal dans ses "carnets" contre un certain hermétisme....
Gil Def a dit :

Bonjour Claude Miseur

 

J’aime beaucoup votre citation d'Antonin Artaud.

 

Bonjour Carl du Toit

 

Il est toujours difficile de se faire comprendre, et votre intervention en est une preuve. Pour vous taquiner, je dirais qu’en prose ou en vers, on n’est jamais à l’abri d’un certain hermétisme entre celui qui écrit et celui qui lit.  

Dans ma première contribution, vous retrouverez aisément un accord avec votre point de vue sur l’attitude du poète qui n’a pas à être hermétique comme savant prétentieux, et qui,  au contraire, a tout un travail à faire quand il veut délivrer un message. Mais je ne vous apprendrai pas qu’il faut faire avec des mots aux pouvoirs redoutables d’éloignement et même de trahison de ce qu’on voudrait transmettre.  

Mon propos s’appuyait sur ce que je connais de l’histoire des poètes souvent en rejet, de l’état actuel de la poésie, et sur mon expérience personnelle. Pour résumer, je disais que l’hermétisme en poésie n’est pas un reproche particulier à l’époque, ni le principal reproche qu’on puisse faire à la poésie contemporaine quand elle est, indépendamment de tout jugement de qualité, silencieuse, muette dans un petit coin de quelques librairies comme vous le confirmez.

Pour l’hermétisme, je disais que ses raisons se tenaient aux deux extrémités de la reliance poétique : écrivain poète, et lecteur-auditeur, et aussi dans leur relation. Je disais aussi, vous rejoignant, que je ne souhaitais pas devenir hermétique. Je frotte pour ça ma poésie le plus souvent possible en tous lieux ordinaires, et l’offre volontiers au crible, à la critique de qui veut la lire ou l’entendre sans exclure quiconque.  

Mais comme je le notais en préalable de ma contribution, tout débat est difficile quand nous ne sommes pas d’accord sur ce qu’est la poésie. A mon avis, on se dit trop aisément poète ici et là. Il me semble que vous le pensez aussi. Quand on reste dans des sentiers battus et rebattus, dans de belles certitudes,  dans ses états d’âme et ses humeurs passagères, dans des constats que tout le monde peut faire, ça me semble facile de n’être pas être hermétique, et de recevoir moult messages sympathiques. Mais la poésie, liée à la vie dans ses mystères, ses paradoxes, est tout sauf une facilité comme tous les arts. La poésie n’est pas faite pour le confort. Elle est de nature dérangeante, en dehors des cadres admis, décentrée, décalée de la plupart des regards accaparés par des mirages, les  miroirs, les superficies des choses. S’il n’y avait pas cette complexité et cette difficulté pour chacun à appréhender la vie, l’être humain, ce qui nous entoure, les moyens de la communication, il n’y aurait d’ailleurs aucune raison d’écrire encore et encore …

Ecrire c’est peut être simplement dire aux autres : ayons moins peur de ce qui paraît ou insupportable ou inexplicable ou inaccessible.

Mais pour l’heure, ce qui me préoccupe c’est moins l’hermétisme que trop de fins de non recevoir quand on parle de poésie.            

 

Bonjour Jacqueline Fischer

 

J’aime beaucoup votre intervention.

Je partage :

 

1. "c'est en lisant de la poésie qu'on prend l'habitude de pénétrer dans les "demeures des poètes"

 2. "Parfois on sent qu'on entre, mais si on vous demande d'expliquer c'est au delà des mots … "

3. Le parallèle que vous faites entre l’oracle et la poésie …

4. Je serai plus nuancé pour ce qui est de comprendre et de ressentir mais je suis bien d’accord sur l’idée de création interactive en poésie …

 

Amitiés. Gil

Bonjour Saskia,

 

Entièrement d'accord avec toi : la référence à Boileau était le ferment de notre éducation.

 

Penser clairement pour s'exprimer dans la clarté, la simplicité, sans trop de recherches vaines pour faire joli,étrange. Se laisser couler sur les ailes de l'inspiration. Se laisser traverser par elle et viennent les premiers vers dits "donnés" sur lesquels tout se construit. Sans rien forcer, surtout.

 

Il arrivera aussi que, tout naturellement, les vers dits "libres" se présenteront à vous. Ne résistez pas à cette invitation. Un petit tour dans cette voie peut ouvrir d'autres portes.

 

Ne jamais forcer, surtout lorsque l'inspiration semble vous abandonner. Toujours une période de désarroi. C'est fini .... la Source est tarie. Patience, patience, il suffira peut-être d'un seul chant pour la réveiller et ellese présentera colmme une Belle Dame qui s'est trop longtemps fait désirer.



Saskia a dit :

 

la remarque de Nicolas Boileau est encore et toujours d’actualité :

 

« L’Art Poétique

 

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

 

c’est encore et toujours d’actualité plus que jamais !

 

quel attardé poète aurait l’imprudence de dire :

« j’écris de la poésie pour ne pas être compris » ?!

 

Faites un effort de vous faire comprendre aisément même en poésie

car les gens « très pressés », de notre époque de haute technicité, ne vous accorderont ni importance ni crédibilité si vous êtes inaudible !

 

Il est temps que nous nous détrompons :

L’hermétisme de l’art n’est pas profond.

 

la poésie doit être belle et audible

la poésie doit être un plaisir et notre vie embellir !

 

Barbara Botton

mon site : www.epigramme.fr : Quarante siècles d'épigramme

 

 



Jacqueline FISCHER a dit :

Merci Gil.. si j'ai bonne mémoire la "demure d'un poète" c'est de Cadou 'Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète..)


Cadou a écrit pas mal dans ses "carnets" contre un certain hermétisme....
Gil Def a dit :

Bonjour Claude Miseur

 

J’aime beaucoup votre citation d'Antonin Artaud.

 

Bonjour Carl du Toit

 

Il est toujours difficile de se faire comprendre, et votre intervention en est une preuve. Pour vous taquiner, je dirais qu’en prose ou en vers, on n’est jamais à l’abri d’un certain hermétisme entre celui qui écrit et celui qui lit.  

Dans ma première contribution, vous retrouverez aisément un accord avec votre point de vue sur l’attitude du poète qui n’a pas à être hermétique comme savant prétentieux, et qui,  au contraire, a tout un travail à faire quand il veut délivrer un message. Mais je ne vous apprendrai pas qu’il faut faire avec des mots aux pouvoirs redoutables d’éloignement et même de trahison de ce qu’on voudrait transmettre.  

Mon propos s’appuyait sur ce que je connais de l’histoire des poètes souvent en rejet, de l’état actuel de la poésie, et sur mon expérience personnelle. Pour résumer, je disais que l’hermétisme en poésie n’est pas un reproche particulier à l’époque, ni le principal reproche qu’on puisse faire à la poésie contemporaine quand elle est, indépendamment de tout jugement de qualité, silencieuse, muette dans un petit coin de quelques librairies comme vous le confirmez.

Pour l’hermétisme, je disais que ses raisons se tenaient aux deux extrémités de la reliance poétique : écrivain poète, et lecteur-auditeur, et aussi dans leur relation. Je disais aussi, vous rejoignant, que je ne souhaitais pas devenir hermétique. Je frotte pour ça ma poésie le plus souvent possible en tous lieux ordinaires, et l’offre volontiers au crible, à la critique de qui veut la lire ou l’entendre sans exclure quiconque.  

Mais comme je le notais en préalable de ma contribution, tout débat est difficile quand nous ne sommes pas d’accord sur ce qu’est la poésie. A mon avis, on se dit trop aisément poète ici et là. Il me semble que vous le pensez aussi. Quand on reste dans des sentiers battus et rebattus, dans de belles certitudes,  dans ses états d’âme et ses humeurs passagères, dans des constats que tout le monde peut faire, ça me semble facile de n’être pas être hermétique, et de recevoir moult messages sympathiques. Mais la poésie, liée à la vie dans ses mystères, ses paradoxes, est tout sauf une facilité comme tous les arts. La poésie n’est pas faite pour le confort. Elle est de nature dérangeante, en dehors des cadres admis, décentrée, décalée de la plupart des regards accaparés par des mirages, les  miroirs, les superficies des choses. S’il n’y avait pas cette complexité et cette difficulté pour chacun à appréhender la vie, l’être humain, ce qui nous entoure, les moyens de la communication, il n’y aurait d’ailleurs aucune raison d’écrire encore et encore …

Ecrire c’est peut être simplement dire aux autres : ayons moins peur de ce qui paraît ou insupportable ou inexplicable ou inaccessible.

Mais pour l’heure, ce qui me préoccupe c’est moins l’hermétisme que trop de fins de non recevoir quand on parle de poésie.            

 

Bonjour Jacqueline Fischer

 

J’aime beaucoup votre intervention.

Je partage :

 

1. "c'est en lisant de la poésie qu'on prend l'habitude de pénétrer dans les "demeures des poètes"

 2. "Parfois on sent qu'on entre, mais si on vous demande d'expliquer c'est au delà des mots … "

3. Le parallèle que vous faites entre l’oracle et la poésie …

4. Je serai plus nuancé pour ce qui est de comprendre et de ressentir mais je suis bien d’accord sur l’idée de création interactive en poésie …

 

Amitiés. Gil

la poésie est un échange entre un poète et un lecteur, qu'elle soit absconse ou d'une clarté limpide il y aura toujours quelqu'un pour s'en emparer et en faire son miel. Donc ce qui s'écrit ne doit que concerner l'écrivant, ensuite s'il y a échange tant mieux et s'il n'y a pas échange tant pis. Essayer de tendre à l'universalisme de la communication est un leurre qui risque de rendre la création bien pâle.


Jean Pierre Lesieur, je viens de lire votre contribution au débat sur la Poésie et
je trouve vos propos superbes, confondants de bon-sens !!   .

La poésie étant le cri de l'âme, il me paraît que l'écrivant est toujours concerné lorsque l'inspîration le traverse et qu'il se sent mal aussi longtemps qu'il n'a pas couché sur papier ces mots venus d'où ??

 

Souvent à l'aube, entre sommeil et éveil, là où naissent les interférences. Ces mots, gravés dans la nuit, émergent du chaos, prennent forme, évoluent dans l'harmonique d'un poème : conquête évanescente de l'espace lumière, de l'espace temps.

 

Tout est confondu : il n'y a plus de compte à rebours grammatical, plus de restriction : c'est la plénitude dans son intégralité. A la fois proche du silence absolu et du bruissemenjt de la vie. Se laisser dériver dans un univers mythique où, seul, le rythme constitue une parade à la mort.

S'agit-il d'une équation universelle se situant à la limite de la quatrième dimension où le temps n'est plus qu'espace ?  Pascal

 n'a-t-il pas dit :"Par l'espace l'Univers me comprend et m'engloutit comme un point" C'est souvent cette sensation d'engloutissement qui me submerge.'

 

 

Voilà ce que j'ai écrit sur la page de garde de mon troisième recueil "Intégrales" et que je pense toujours.(A compte d'auteur, La Pensée Universelle 1983)

 

Franz Verhesen a écrit un essai fort intéressant "Poésie et Mathématiques" . Personnellement, je pense également qu'il y a beaucoup d'interférences entre elles deux. Il suffit de lire Lautréamont. 

Bonsoir Jean-Pierre Lesieur,

 

Quand vous considérez la poésie comme un échange entre un poète et un lecteur, et le poète comme synonyme d’écrivant, je ne vous suis pas considérant que la poésie est avant tout un lien fort de corps et d’esprit avec la vie, qui a multiples façons de s’exprimer et qui n’a pas forcément besoin d’une entreprise de reliance orale ou écrite.  

Si je vous suis à voir le poète dans ce temps de la reliance et par l’écrit dont il faut envisager par ailleurs ses handicaps, je trouve paradoxal de penser que le poète qui fait alors passer un message n’a pas à se soucier d’être compris ou pas. Que ce ne soit pas une obsession démesurée qui le fasse descendre aux clichés, aux sentiers battus, soit, je vous rejoins tout à fait. Mais entre une reliance fortement portée à l’hermétisme ou à l’élitisme et une autre que vous évoquez cherchant à tout prix un universalisme de toute manière impossible, entre ces deux positions extrêmes de faiblesse de l’acte de reliance, il me semble qu’il y a d’autres voies possibles qui ne font pas pour autant de pâles créations bien au contraire. Sur ces voies il y a de la réflexion, et beaucoup de travail pour ne perdre ni le sens du message, ni l’utilité de l’écrire, et il y a des chances d’un nouveau potentiel de création.

Pour vous taquiner un peu, et comme j’aime beaucoup les abeilles, je vous dirai que j’aimerai que chacune de mes productions donne plus qu’un petit goût de miel, mais en fournisse un bon pot d’une taille acceptable pour en faire profiter plus qu’un amateur, aujourd’hui ou demain. Je suis indécrottable à croire à la générosité de la poésie, même si mon artisanat ne fournira pas au-delà de quelques personnes.

Et finalement ne peut-on pas se rejoindre pour dire que ce qui compte chez le poète qui écrit, comme chez l’artisan, c’est la façon passionnée dont il fait son œuvre et qui finit toujours par se reconnaître un jour dans ses productions.    

 

Bonne soirée. Amitiés. Gil

 

Si la poésie est considérée comme un art, elle doit engendrer l'exaltation, l'admiration ou le plaisir à différents niveaux.Si elle crée, par contre, un sentiment de frustration et de désanchantement, elle ne peut avoir d'intérêt que pour son auteur. Personne n'en retiendra  certains vers  aprés s'en être délecté.

Suzanne walther-Siksou

Je ne suis pas si sûre que le désenchantement ne puisse être partagé comme toute autre expression des sentiments humains...Musset par exemple est un poète parfois du désenchantement .Il a pourtant été lu ...

Il y a désenchantement ce qui n'est d'ailleurs pas la même chose que  la frustration dans l'âme des hommes quand se produit un désaccord majeur entre les forces vives de leurs aspirations et la dure réalité .. ce qui était le cas à l'époque romantique et ce qui est le cas aujourd'hui  ...


 Il me paraît impossible de savoir si un texte n'intéresse que son auteur au vu que d'abord les lecteurs sont différents et leurs attentes également, il n'y a qu'à lire cette discussion .. D'autre part les lectures d'un même texte sont différentes.Donc ce qui n'a aucun intérêt pour moi sera important, voire essentiel pour un autre et en poésie comme en art. qui ne sont pas des monolithiques. A mon avis il n'y  à leur assigner aucun rôle ...ils n'ont pas à être faits pour un public (lequel ? la majorité ? la loi du nombre ?) Ils ont à être ce qu'ils sont. Ensuite on les reconnaît ou pas mais c'est une autre histoire. Sinon on les emprisonne dans un conformisme certain.Or l'art et la poésie ont toujours fait mauvais ménage avec les mises en coupe et les mises en moule , les normalisations diverses.


Suzanne Walther-Siksou a dit :

 

Si la poésie est considérée comme un art, elle doit engendrer l'exaltation, l'admiration ou le plaisir à différents niveaux.Si elle crée, par contre, un sentiment de frustration et de désanchantement, elle ne peut avoir d'intérêt que pour son auteur. Personne n'en retiendra  certains vers  aprés s'en être délecté.

Suzanne walther-Siksou

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