Arts et Lettres

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On adresse souvent ce reproche à la poésie moderne: son obscurité.

On entend souvent certains qui rattachent cette obscurité du poème à de simples artifices d'expression. Et cette question de l'obscurité et de l'hermétisme est sur toutes les lèvres dès qu'il s'agit de fustiger la poésie contemporaine. "Qu'est-ce que vous avez voulu dire ?" est souvent la seule appréciation, si ce n'est pas "Les poètes ne savent pas ce qu'ils disent"...

Mais ce que le poète a voulu dire, il l'a dit et... ne peut le redire autrement. "Traduire" le poème c'est, immanquablement, le "trahir".

Dès que le poème est réellement un "faire" -et non un re-faire, le voilà taxé d'hermétisme.

Mais le poème n'est-il pas là justement pour arpenter des chemins où personne encore n'a posé le pied, n'est-il pas précisément l'instrument d'un "voyant", au risque assumé de larguer le lecteur qui s'imagine pouvoir comprendre avant même d'avoir lu, tout étonné dès lors de se voir mener sur des terres inhospitalières et sans clef de lecture.

C'est parce que le poème donne le plus à voir dans les profondeurs de notre âme et du monde qu'il devient obscur pour le lecteur fatigué, pressé, conservateur.

 

La difficulté de la poésie tient bien en fait à sa nature même qui est d'éclairer par l'expression la plus exigeante. Mais nous ne savons pas regarder le soleil en face. Aurions-nous peur de la lumière ?

 

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Réponses à cette discussion



Jacqueline FISCHER a dit :

Je ne suis pas si sûre que le désenchantement ne puisse être partagé comme toute autre expression des sentiments humains...Musset par exemple est un poète parfois du désenchantement .Il a pourtant été lu ...

Il y a désenchantement ce qui n'est d'ailleurs pas la même chose que  la frustration dans l'âme des hommes quand se produit un désaccord majeur entre les forces vives de leurs aspirations et la dure réalité .. ce qui était le cas à l'époque romantique et ce qui est le cas aujourd'hui  ...


 Il me paraît impossible de savoir si un texte n'intéresse que son auteur au vu que d'abord les lecteurs sont différents et leurs attentes également, il n'y a qu'à lire cette discussion .. D'autre part les lectures d'un même texte sont différentes.Donc ce qui n'a aucun intérêt pour moi sera important, voire essentiel pour un autre et en poésie comme en art. qui ne sont pas des monolithiques. A mon avis il n'y  à leur assigner aucun rôle ...ils n'ont pas à être faits pour un public (lequel ? la majorité ? la loi du nombre ?) Ils ont à être ce qu'ils sont. Ensuite on les reconnaît ou pas mais c'est une autre histoire. Sinon on les emprisonne dans un conformisme certain.Or l'art et la poésie ont toujours fait mauvais ménage avec les mises en coupe et les mises en moule , les normalisations diverses.


Suzanne Walther-Siksou a dit :

 

Si la poésie est considérée comme un art, elle doit engendrer l'exaltation, l'admiration ou le plaisir à différents niveaux.Si elle crée, par contre, un sentiment de frustration et de désanchantement, elle ne peut avoir d'intérêt que pour son auteur. Personne n'en retiendra  certains vers  aprés s'en être délecté.

Suzanne walther-Siksou



Quivron Rolande a dit : Je suis entièrement d'accord avec Gil et Jacqueline Fischer : la poésie, cri de l'âme, chant de l'âme, émerveillement aussi devant tout ce qui est la VIE : faire un avec la nature, l'Univers, se laisser emporter, dériver sur le flux de l'inspiration.  Exaltation de tout l'être dans un don d'amour, passionnément, ardemment, en se donnant entièrement, sans se soucier de la forme, hermétique ou non. Douleur, joie. Un poème peut être écrit en une demie heure.

Le premier jet d'un poème constitue un tableau vivant. Vient ensuite le travail dont parle Gil.

 

La poésie n'est pas une question de mode ou de courant : s'affranchir de tout ces carcans qui nous lient dans la libre expression de nos forces de vie et de mort qui nous habitent, se laisser emporter par ce rythme qui régit l'Univers qui est danse, musique et harmonique. Inoubliable sensation de faire un tout avec le Cosmos, les étoiles, les morts et les vivants.

Les fleurs nous parlent, les oiseaux nous parlent, cet inconnu du métro nous parle, ces jeunes mariés tout auréolés de bonheur nous parlent, le mendiant nous parle, les vieux dans un home, les prisonniers de la bêtise humaine, les assassins, les amoureux sur un banc .....bref, le chant du Monde. Musique, poésie, peinture, mathématiques, tous confondus dans la Grande Equation Universelle.

Heureuse inspiration et bonne journée à vous tous ....
Jacqueline FISCHER a dit :

Je ne suis pas si sûre que le désenchantement ne puisse être partagé comme toute autre expression des sentiments humains...Musset par exemple est un poète parfois du désenchantement .Il a pourtant été lu ...

Il y a désenchantement ce qui n'est d'ailleurs pas la même chose que  la frustration dans l'âme des hommes quand se produit un désaccord majeur entre les forces vives de leurs aspirations et la dure réalité .. ce qui était le cas à l'époque romantique et ce qui est le cas aujourd'hui  ...


 Il me paraît impossible de savoir si un texte n'intéresse que son auteur au vu que d'abord les lecteurs sont différents et leurs attentes également, il n'y a qu'à lire cette discussion .. D'autre part les lectures d'un même texte sont différentes.Donc ce qui n'a aucun intérêt pour moi sera important, voire essentiel pour un autre et en poésie comme en art. qui ne sont pas des monolithiques. A mon avis il n'y  à leur assigner aucun rôle ...ils n'ont pas à être faits pour un public (lequel ? la majorité ? la loi du nombre ?) Ils ont à être ce qu'ils sont. Ensuite on les reconnaît ou pas mais c'est une autre histoire. Sinon on les emprisonne dans un conformisme certain.Or l'art et la poésie ont toujours fait mauvais ménage avec les mises en coupe et les mises en moule , les normalisations diverses.


Suzanne Walther-Siksou a dit :

 

Si la poésie est considérée comme un art, elle doit engendrer l'exaltation, l'admiration ou le plaisir à différents niveaux.Si elle crée, par contre, un sentiment de frustration et de désanchantement, elle ne peut avoir d'intérêt que pour son auteur. Personne n'en retiendra  certains vers  aprés s'en être délecté.

Suzanne walther-Siksou

l'universalité de la poésie me laisse un peu pantois, communiquer avec autant de monde à la fois, tous les mondes, je ne me sens pas de taille. écrire tout simplement une émotion, en faisant en sorte qu'elle soit une et non descendante des mille clichés qui encombrent la poésie, me semble déjà pas mal. Et lorsque j'arrive à cela je pense avoir déjà fait oeuvre de poète. Et prime merveilleuse quand cette émotion trouve un écho auprès de vous et de quelques lecteurs qui se disent tiens je n'y avais pas pensé.

A 80 ans et tout un passé de rencontre, de continents différents, de douleurs, de joies, de souffrances, de guerres, de révolutions, non pas lues mais vécues dans le sang et les larmes, d'enseignement dans un milieu multi culturel .... etc..... à chacun ses expériences.

 

Tu as parfaitement raison Jean Pierre et j'ai beaucoup de respect pour la démarche de tout un chacun : comme dans la vie, à chacun sa route .... à chacun son destin comme dit le chanteur. Ne crois-tu pas que l'émotion pourrait être le moteur déclencheur dans l'éclosion du "premier jet" ? Cette émotion peut être suscitée par le regard d'un émigré croisé dans le métro, le parfum d'une fleur, le sourire d'un enfant, la souffrance d'un enfant, d'une femme, d'un homme lors de visites dans les höpitaux ... etc. ...

 

Je te souhaite beaucoup de rencontres qui soulèvent en toi ces émotions : c'est parfois très dur, mais enrichissant pour l'âme et le coeur. Bonne journée.

 

On parle d'inconscience quand la plume prend votre main, mais c'est cette magie que nous recherchons dans l'écriture, se lire et découvrir justement cet état couché sur la page blanche devenue noire de notre intérieur. Est-elle vérité ? je pense.

 

C’est étrange comme c’est indispensable d’être seule pour écrire. Comment s’intérioriser pour extérioriser si des parasites s’agitent autour de vous, juste le silence pour compagnon ou une musique permet ce recueillement. L’amoureux de l’écriture est un animal sauvage qui a besoin de se replier le temps de l’accouchement d’un texte.

Je vois au bord de l’écriture comme à l’aplomb de la falaise ce mouvement plongeant pour aller au fond de moi. Le vent se nourrit de mes pensées et lit en moi comme dans un livre ouvert, celui que je ne connais pas encore. Dans le sifflement de sa trajectoire il transporte mes états d'âme les mixant aux éléments. Sous la brûlure du soleil ils me reviennent en cortège de cendre et les doigts s’agitent sur le clavier.

Je ferme les yeux pour sentir la liberté, dans le noir je sors du carcan imposé par notre mode de vie, passant de l'état conscient à l'inconscient, la peau se lisse, les muscles se dénouent, ou l'inverse, se produit un dédoublement.

Devenir aveugle quand on sait que ce n'est pas irréversible. Un doux moment quand s’emballent les mots du cerveau à la pointe de l’épée. Avez-vous remarqué que les couples ferment les yeux quand ils font l'amour.

J’écoute toujours la même musique, celle qui réduit mon champ de vision à un point fixe dans le vide, et je danse en suspension vers le point final mais ce n’est jamais la fin dans le martèlement des touches, le leitmotiv des sons rentre en moi, là, face à cette table où tu es présent.

Je vois dans la peinture les images de mon écriture. Je laisse courir sur la trame ma vie mise à plat.

Sous la chair il y a un cœur qui bat 

 

B

 

 

Bravo B. Delage pour ce texte magnifique qui reflète exactement l'état second qui nous étreint lorsque nous sommes traversés par le flot qui nous submerge.

 

Se retrouver seul, dans un face à face avec l'être profond, la lueur étrange qui s'agite au creux même de notre âme. La Source, mais c'est de nuit comme le dit St Jean de la Croix un  poète admirable.

 

Non, la poésie n'est pas un simple jeu de mots couchés sur le papier. Elle coule comme une eau bienfaisante et se déverse dans un flot d'harmonie, de là, le rythme pour qui sait le percevoir. La musique de l'âme.

 

En se détachant des bruits ambiants qui s'éloignent pour laisser place au silence absolu qui règne dans notre être intime, il n'est pas impossible de s'élancer vers d'autres sphères qui nous aspirent, nous inspirent et forcent notre main à écrire quasi automatiquement. Peut-être en captant inconsciemment le rythme de ces bruits ???

 

Bonne journée à tous.

souvent la lumière  du poème nait de nos émotions secrètes, spontanées c'est une lumière douce atténuée,elle a le rythme d'un coeur qui bat . la poésie contemporaine n'est plus rythmée de façon régulière elle n'est pas non plus chanson c'est peut être la raison qui fait que le lecteur soit un peu déconcerté au début .

Mais si on me demande  un jour ce que j'ai envie de dire  je crois que je pourrai trouver un peu de clair de lune ou d'aurore pour m'approcher de mon lecteur

Je réagis juste au texte initial, je viens juste d'arriver sur le site.
La cause du mot voyant me faire penser à l'effet "livre de Paul Eluard" (Rires).

C'est un peu ce que je crains pour mon travail de me voir taxé d'hermétique. D'ailleurs je vous rejoins totalement et je pense que tout le monde n'étant pas ouvert à la nouveauté on ne peut s'attendre lorsque l'on présente du neuf ce qui est exrêmement rare à mon avis, à beaucoup de tolérance déjà dans le monde de l'art ou toute autre "noblesse" dirigeante avec son lot de critères et paramètres qui n'ont pas d'emprise sur la nouveauté justement...
C'est peut-être ce qui dérange ? Je ne sais en Lettres, en Art peut-être ?

La face cachée de la Lune ? Tout le monde ne la recherche pas vu que de toute façon on ne la voit pas par définition.
"The dark side of the moon". Très belle chanson.

Si il existe des clés sont elles les mêmes pour tous ou à chacun selon ce qu'il ressent ?
Je pencherais plutôt pour les deux options.

Je prends l'exemple de Rimbaud. Je ne trouve pas que si l'un s'arrête sur ses rimes et l'un ira plus suivre l'idée que l'on peut parler d'hermétisme. Des clés il y en a dans tout dans la vie courante. On peut dire je pense d'un sourire qu'il ouvre des portes.

L'hérmetisme n'est encore à mon sens qu'une étiquette de plus...

Dans ce monde, il ya comme chez les marins et les terriens qui se cotoyent sans se parler, des gens sensibles à la poésie et d'autres qui ne le sont pas, sauf peut-être lorsque leur inconscient se libère en présence d'une musique, d'un paysage ou tout évenement riche d'émotion.

Et c'est là sa force : la communication directe et universelle, comme au temps de l'Age d'Or.

Parhelio

 

on dit Mallarmé hermétique . mais tous ses poèmes ne le sont pas parfois on trouve des sentienrs même dans la jungle

Bonsoir,

 

La poésie est pour moi celle qui vient du fond de notre âme et conscience, je dirais même venant de l'inconscient même, car les mots que l'on retranscrit signifie toujours quelque chose, que ce soit la tristesse, la joie, le bonheur ou même la déception...

 

Chaque écrit peut être interpréter de mille açons tout cela en fonctions de chaque individu..

 

Amitiés ;-)

La poésie, en effet, souffre de son hermétisme voulu ou indispensable, un peu comme les tarots ? J'ai moi même été très peu réceptif, comme d'ailleurs pour les mathématiques. Si l'on m'avait expliqué comment la rencontrer j'aurais sans doute été plus attentif, pensant qu'il s'agissait d'un simple exercice de mémoire.

Je commence seulement à comprendre le lien privilégié qu'elle tisse avec le monde, sensible ou non, chez quelques privilégiés comme le souligne Jean Jaurès :

"Il y a certaines paroles, certains sons, certains cris, qui, venant de l'âme, vont à l'âme...
il suffit d'avoir connu quelques unes de ces émotions pleines et harmonique  où toutes les puissances de l'âme vibrent à la fois..." dans De la réalité du monde sensible

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