Arts et Lettres

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De tous les artistes vivant d'une plume, il m'apparaît que les poètes sont les plus mal lotis. Il est bien rare de trouver des recueils de poésie dans les vitrines des
librairies et même parmi les contemporains, quand on en parle, on
peut souvent remarquer qu'ils sont plus connus pour d'autres écrits
que pour leur vers.


Pourquoi ?

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Réponses à cette discussion



Dominique Dumont a dit :


Joëlle Aubevert a dit :
Il y a poésie et poésie ... Bien que l'enseignement ait un rôle à jouer dans la promotion de la poésie, et la promotion du français en général (car, qui ne maîtrise bien sa langue aura des difficultés à structurer sa pensée et à l'extérioriser ...), je ne suis pas bien certaine que les programmes pédagogiques permettent de découvrir la poésie contemporaine. Quant à aller au-devant des amateurs, je pense que la plupart des poètes le font, sans doute pas dans les grands magasins.
Les bibliothèques publiques auraient un rôle à jouer, dans la mesure où leur raison d'être est de favoriser l'accès à la lecture et d'être des espaces de rencontres. Mais elles ont aussi des impératifs de fréquentation (elles dépendent des subsides publics et doivent justifier de leur rentabilité) et sont donc assez peu enclines à inviter des poètes ... lorsque ceux-ci ne sont pas des "officiels"!
Il reste les initiatives privées, les cercles de poésie (où, malheureusement, on se retrouve souvent entre poètes ...), les salons et marchés. C'est aussi pour aller au-devant des amateurs que l'on voit se multiplier les slams et autres performances . Parfois le texte poétique ne s'y retrouve pas ...

Micheline BOLAND a dit :
En 1964, Pierre Coran écrivait dans l'avant-dire du recueil "Poésie - 20" : "Si la jeunesse lit des poèmes c'est parce que l'école primaire a inscrit la poésie à son programme." et encore "le poète ne doit plus se permettre d'attendre que le public vienne à lui, il doit aller au public, multiplier les séances de dédicaces dans les librairies et les grands magasins."

Je pense qu'il y a là aujourd'hui encore matière à réflexion.
La place de la poésie en littérature. Sans la moindre hésitation : la première. On en vend peu? Sans doute. La poésie, la vraie, elle est rebelle, anarchiste, folle, grandiose, sans limites, éclatée. Elle ose tout. Elle plonge dans les profondeurs obscures et inexplorées de l'âme, elle crée des mondes nouveaux, hideux ou magnifiques, et même hideux et magnifiques. Quel autre "genre littéraire " peut -il se permettre cela? Aucun. Tous sont limités dans leur projet. Tous doivent faire preuve de raison pour que chacun comprenne bien le message. La poésie se fout complètement de ces classements. D'ailleurs, elle n'est pas classable. La classer, c'est la tuer. C'est l'enfermer. Mais elle préférera crever que de perdre sa liberté. Et si le poète, le vrai, pas le gentil rimailleur qui fait des rimes avec de jolis mots, si le vrai poète est maudit, c'est parce qu'il dépasse la ligne rouge de la bienséance. Pour y arriver, il n'a que l'alphabet et une feuille blanche comme tout le monde. Mais il est le seul à triturer les mots, à les tordre, à les torturer pour les faire parler. Il se fout bien des règles de grammaire, de syntaxe, de lexique. Il invente de nouveaux mots dans des accouplements innommables, il les coupe, les découpe, les émiette, les viole, les castre. Il leur arrache leurs racines et les jette comme des bouteilles à la mer dans l'espoir improbable qu'ils reprennent vie dans un ailleurs où rien ne pousse. La poésie, elle aime se faire bousculer, maltraiter, torturer, pourvu qu'elle crée du nouveau. C'est de la graine de pute ( fille ou éphèbe) magnifique qui se livre corps et âme sans rien réclamer. On ne l'achète pas. Elle est partante pour toutes les expériences, toutes les explorations, toutes les opérations sans anesthésie pourvu que le poète puisse plonger dans les eaux noires des abysses humains. Le poète, ne nous étonnons pas qu'il soit maudit. S'il ne l'est pas, c'est qu'il n'est qu'un rimailleur qui n'est capable que d'aligner des rimes et d'employer de jolis mots. Le poète est rejeté parce, pour aller toujours plus loin, il n'hésite pas à ingérer des substances illicites pour voir des mondes et en ramener des bribes, au péril de sa vie. Ces bribes, il va les mélanger à d'autres visions déjà rapportées sur le papier. Mais, pour ne pas oublier les fulgurances, il écrit vite, n'importe comment, sans ordre, sans plan, sans structure. Et nous livre "tout ça" pêle-mêle. A nous d'entrer dans ce monde, d'y chercher des parts de nous-mêmes dont nous n'avions qu'une vague idée, à nous de créer, à partir des mots du poète. Toutes les interprétations sont permises... quand on a devant soi un sens éclaté. A nous de rassembler les morceaux qui nous parlent, qui nous ouvrent des horizons, qui , parfois, nous font voir plus loin que l'horizon. Il ne suffit pas de lire la poésie. Nous sommes tous des poètes à notre niveau. Il faut avoir l'envie de progresser là où on a un peu peur, là où ça fait mal...c'est un mal pour un bien, comme on dit. Et si vous n'en voulez pas, il y a par exemple, les magasines people qui se vendent très bien.
Bonjour,

1- Petit intermède pour le week end:

***********************
Demain, dès l'aube.
***********************
Recueil : Les contemplations.


Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.



Victor Hugo
(1802-1885)


2- Petit intermède pour le week end:

************************
Chant d'automne.
************************
Recueil : Les fleurs du mal.


Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !



Charles Baudelaire
(1821-1867)

Source:
Très belle intervention Mr Carl, et elle est vraiment si logique et lucide...

Je suis d’accord que lorsqu’on dit que toute chose est poésie, alors les gens ont mare de suivre tous cela, et tous ces changements malsains qui ont attaqués le cœur de la poésie, sous divers noms, parfois on parle de la modernité dans la poésie, et parfois de la poste-modernité...et parfois je ne sais quoi... et tout cela par prétexte seulement, alors que vraiment, et dans le vrai sens, la modernité ou la poste-modernité c’est tout à fait une autre chose…!

Et vous avez vraiment touché le fond du problème que connait la poésie, c'est le manque du "rarissime" et la qualité de la poésie..! Car qui peut lire n'importe quoi, au non de la poésie, et je dis cela sans enfoncer quelqu'un ou n'importe quelle partie !

Dans l'histoire de la poésie on connait des cas, où on ne trouve qu'un seul recueil ou peut être deux, chez un grands poète, et cela ne se produit qu’après une longue et fructueuse expérience dans la vie, et surtout dans le coté de la publication...Alors que maintenant les moyens de publication son devenus nombreux, et les recueils de poésie ont perdus la confiance par les lecteurs, car ce qu’on y trouve est loin de la vraie poésie..! Et la suite et venu de la part des éditeurs… Et voila, la chose est faite..!
Oui, Mr Carl, la vie a toujours, et garde toujours un sens profond..! Et aucun ne peut nier cette vérité.
Mais lorsqu'on dit "C'est la vie!", on parle là d'un sens métaphore, la phrase réelle c'est dire: "C'est le réel !". :-)




Carl du Toit a dit :
Si on savait utiliser les mots dans leur pleine force en n'ayant crainte de lire les dictionnaires pour en extraire des mots inconnus, des sens dérivés, si on bouquinait dans les dictionnaires de rimes pour en savourer toute la gymnastique, si on n'avait crainte de déformer les mots comme une tornade tord les arbres pour les rendre plus beaux, si on s'appliquait à tout cela, la poésie désuette telle qu'on la connaît disparaîtrait... pour faire place à une nouvelle littérature XXI' siècle qui surclasserait le roman et ferait réfléchir les lecteurs sur le sens profond de la vie, qui cesseraient de se faire voler ce précieux temps par des futilités que personne ne conteste, se disant "C'est la vie".
Cela n'arrivera jamais: "Noublie pas ton gros bouquin, on s'en va à la plage"...
Et si on savait nous pardonner quand on est trop audacieux, boule de feu, intimiste en public, ne sachant pas, ne voulant pas savoir ce que veut dire sentiiers battus, si battus et refoulus qu'aucune fleur ne peut y germer, si au lieu d'étouffer on caressait ou tout simplement s'abstenait, alors s'extensionneraient les mots dans toute leur plénitude, en prose, en vers, en peinturevers, en tout.
Merci cher Carl pour votre compliment plein de charme, de la belle saveur…, et la magique splendeur Canadienne..!

Et je suis du même avis que vous lorsque vous dites : « …La poésie fait partie du rêve. Si la poésie est trop réelle, alors on la met au poteau. Le roman peut se permettre d'être réel, il est dilué par un flot de pages.
Ainsi va le réel. Ainsi va la vie. Ainsi va rêve.
» !



Carl du Toit a dit :
Cher Abdeslem
Je te fais remarquer tout d'abord ton exceptionnelle courtoisie envers nous tous.
La vie c'est le réel. Quand je vais au dépanneur acheter du lait, il y a une longue rangée qui a la priorité: ceux qui achètent des billets de loterie, du lait, s'il reste du pécule.
La vie, pour 99% des habitants de la planète, c'est le rêve, parce que le réel a un goût amer. J'exagère peut-être sur le 99%, disons 49% pour qu'on ne me taxe pas de pessimiste.
La poésie fait partie du rêve. Si la poésie est trop réelle, alors on la met au poteau. Le roman peut se permettre d'être réel, il est dilué par un flot de pages.
Ainsi va le réel. Ainsi va la vie. Ainsi va rêve.


Abdeslem SBIBI a dit :
Oui, Mr Carl, la vie a toujours, et garde toujours un sens profond..! Et aucun ne peut nier cette vérité.
Mais lorsqu'on dit "C'est la vie!", on parle là d'un sens métaphore, la phrase réelle c'est dire: "C'est le réel !". :-)




Carl du Toit a dit :
Si on savait utiliser les mots dans leur pleine force en n'ayant crainte de lire les dictionnaires pour en extraire des mots inconnus, des sens dérivés, si on bouquinait dans les dictionnaires de rimes pour en savourer toute la gymnastique, si on n'avait crainte de déformer les mots comme une tornade tord les arbres pour les rendre plus beaux, si on s'appliquait à tout cela, la poésie désuette telle qu'on la connaît disparaîtrait... pour faire place à une nouvelle littérature XXI' siècle qui surclasserait le roman et ferait réfléchir les lecteurs sur le sens profond de la vie, qui cesseraient de se faire voler ce précieux temps par des futilités que personne ne conteste, se disant "C'est la vie".
Cela n'arrivera jamais: "Noublie pas ton gros bouquin, on s'en va à la plage"...
Et si on savait nous pardonner quand on est trop audacieux, boule de feu, intimiste en public, ne sachant pas, ne voulant pas savoir ce que veut dire sentiiers battus, si battus et refoulus qu'aucune fleur ne peut y germer, si au lieu d'étouffer on caressait ou tout simplement s'abstenait, alors s'extensionneraient les mots dans toute leur plénitude, en prose, en vers, en peinturevers, en tout.
Sans doute faut'il avoir eu la chance d'avoir été initié par des proches ou l'avoir rencontré par hasard . Dans la mesure, justement ou elle est mal diffusé, la probabilité en est faible .
Oui, c'est vrai...


Pierre Moreau a dit :
Sans doute faut'il avoir eu la chance d'avoir été initié par des proches ou l'avoir rencontré par hasard . Dans la mesure, justement ou elle est mal diffusé, la probabilité en est faible .
Se consumer "à l'horizon automnal"!

Une très belle fin, pour une très belle tragédie !



Carl du Toit a dit :


VOEUX FOLLETS

Je te voeu cascader en mon visage
je te voeu toi m'épingler ta rose sur ma boutonnière
mugir d'eau salée tes hurlevents

j'image ciel encadré de brume
tordeur du jour effilé comme femme svelte
ton bras me conduit en chemin vermeil
mousse à mousse tu m'apprivoises

syllabes à syllabes
font que forcent le vent à reculer
hercule des mots
qui font siffler le sable
langoureux surgit à l’or ton chant

voeu d'elle
vu de lui
feu forêt
se consume à l'horizon automnal
Mon avis tout simple,Arwen. La poésie est un art de noble, pour l'exploration et la concrétisation de saveurs mnémoniques!!! Ainsi elle reste souvent hermétique pour le sens commun préoccupé par les problèmes quotidiens qu'elle évoque certes, mais dans un langage que ne captent que très peu les premiers intéressés!!!

Bonsoir, c'est de l'humour ...noir enfin, notre groupe aussi bien qu'écrivant en rime, ne manque pas de bons mots..hélas, notre ami si doué s'en est allé...est-il au paradis ou en enfer ? Non, selon lui, il est rongé par les vers ! Il s'appelait Ivan Vanham et tournait beaucoup de ses souffrances en dérision, écrivait souvent très caustique mais avec lui ce que l'on riait.Si cela vous intéresse je peux vous en envoyer l'un ou l'autre...de son recueil "Sacré Poètes !" A vous lire.
Michel DEVIS a dit :
Ca rime aqua ces vers …
Quand je croise un vers, je change de trottoir. De mes deux yeux ouverts je ne prends que le noir. Mon troisième, en jachère, n’attend plus qu’on l’éveille. Il contemple ses frères tout thrillés des feuilletons de la veille. Plus le cœur à m’ouvrir, même à l’œil, au délice des rimes. Trop de rythmes à tenir quand on trime, pour survivre dans la frime. J’ai les yeux mousquetaires, deux hibernants, et le der en jachère, qui s’y perd, n’y croit plus, désespère, ne jouit plus dans un monde aux enchères. Peut-être cherche-t-on tous le conjoint borgne qui aidera à refaire une paire.

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