Arts et Lettres

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À vin nouveau outres neuves ! Questions et propos sur la peinture, la littérature et la modernité


Suite à un échange de mails avec Robert PAUL, je me suis décidé aujourd’hui à ouvrir ce forum sur la modernité en art, particulièrement en peinture et en littérature. J’aimerais y penser avec vous les permanences et les transformations de la modernité, à partir de ce couple peinture-modernité né de l’histoire, en France, au XIXème siècle. 

 

En décembre dernier, nous avons pu voir dans la série des grands peintres une vidéo sur la peinture d’Henri Gervex. Cela m’a amené à repréciser ma pensée sur ce contemporain des impressionnistes, sur sa position dans le conflit fondamental qui divise la peinture depuis près de 150 ans et dont il est une figure exemplaire par son aller-retour constant entre la modernité naissante et l’académisme néo-classique.

 

Né en 1852, copain de Manet et contemporain de Van Gogh, Gervex m’apparaît en effet comme le type même du peintre qui a académisé la modernité des impressionnistes en l’utilisant comme simple éclaircissement de sa palette. La peinture de Gervex enthousiasmait Zola, parce que, à l’opposé de celle de son ancien ami Cézanne traité de « grand peintre avorté », elle conservait l’exacte facture illusionniste sous les couleurs de l’impressionnisme. Après s’être fait refusé au Salon de 1878 suite au conseil pervers de Degas de peindre les vêtements abandonnés par la belle Marion au pied de son lit, Gervex remporte en 1882 le concours ouvert pour la décoration de la Mairie du 19ème arrondissement de Paris et met au service de la culture républicaine tout un académisme de bons sentiments sociaux qu’on va retrouver tel quel dans l’art fasciste ou nazi du 20ème siècle. Or, c’est précisément cette 3ème République qui fera preuve d’un ostracisme sans faille contre les peintres indociles et posera les bases de la répression des artistes entrés en dissidence.

 

La peinture de Gervex est donc loin d’être neutre ou inoffensive. Elle témoigne d’un choix qui trahit les artistes de la modernité passés dans leur quasi totalité de la rupture avec les institutions d’art à la dissidence sociale. Artiste reconnu promu officier de la Légion d’honneur en 1889, se faisant ainsi le héraut de la bonne conscience de son temps, Gervex pose dès lors dans sa réussite même un problème esthétique, éthique et politique autant qu’économique qui fait contraste avec la « misère qui ne finira jamais » de Van Gogh et de Pissarro, l’emprisonnement de Courbet ou l’exil de Gauguin.

 

Ce qui est en jeu à travers ce cas exemplaire, c’est tout simplement l’intelligibilité du présent et l’accès difficile à une logique de l’altérité. Depuis Manet, en effet, la question de l’art ne me semble plus être la question du beau mais celle de sa propre historicité. L’art est devenu une notion paradoxale, faite de deux parts radicalement inégales et contradictoires : l’une étant tout ce qui a été accompli jusqu’à ce jour, l’autre celle qui n’est pas encore et reste à faire. Et pour dire les choses banalement, la première part a pour effet d’écraser la deuxième. Le peintre n’est donc « artiste » que s’il a devant lui une peinture qui n’existe pas encore. Debout devant sa toile vierge comme au pied d’un mur, isolé et démuni, il est de facto le seul qui n’a pas d’art. En ce sens précis, il me semble que le talentueux Henri Gervex ne peut être considéré comme un « grand artiste » au même titre que Manet, Van Gogh et Cézanne, pour ne citer que les plus « grands ».

 

Il y a dans l’art une nécessité dont il est toujours difficile de rendre compte a priori. Matisse parle du peintre qui sait tout mais oublie ce qu’il sait au moment de peindre. Le peintre et le poète ne peuvent que laisser leur exploration faire son chemin en eux, sans savoir ce vers quoi ils vont. Ils n’ont pas l’outillage mental qui leur permettrait de penser ou de mesurer ce qu’ils font vraiment, et les prises de conscience sont presque toujours ultérieures à l’action elle-même. Peintures et poèmes seront nécessairement le fruit de longs et incertains combats dont personne, à commencer par l’artiste, ne connaît ni le sens ni l’issue. J’insiste sur cet aspect inaccompli des œuvres. Depuis Manet, la peinture est arrachement et égarement dans un monde en mutation. Depuis Baudelaire, le poème est une aventure de la pensée. A vin nouveau outres neuves ! Sauf qu’il n’y a ici aucune différence entre le vin et les outres. Rien n’est jamais gagné d’avance, et plus que jamais l’art reste le lieu des conflits fondamentaux qui secouent le monde depuis 150 ans.

 

Daniel Moline

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Réponses à cette discussion

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'Le 31 octobre 1918, disparaissait l’artiste autrichien Egon Schiele,
figure emblématique de la vie culturelle viennoise.
Pour fêter le centenaire tout proche…'
EXPONAUTE.COM
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Comme à l’époque de Courbet, le puritanisme recommence-t-il à faire des ravages en aménageant dans les formes de la démocratie les hystéries hitlériennes et jdanovo-staliniennes contre le principe de toute licence en art ?
Un soir d’octobre à Maisières, Courbet sortit au milieu du repas pour aller regarder le soleil couchant. A ses amis venus le rejoindre dans le jardin, il désigna un petit nuage noir qui tranchait sur la masse des autres. Il leur décrivit les tons par lesquels passaient les nuages et en un court instant leur fit assister à des métamorphoses de couleurs étincelantes. Et comme la pluie commençait à tomber, Courbet leur dit en rentrant: "Vous savez maintenant pourquoi j’ai voulu tuer le vil idéal."
Ce vil idéal dont parlait Courbet, semble bien revenu aujourd’hui plus fort que jamais dans le brouillard de l’actuel au beau milieu du système idéologique de la marchandise-reine, de concert avec la régression spiritualiste des intégrismes religieux et les dogmes totalitaires les plus enracinés de l’art contemporain.
Daniel Moline

 Aprés avoir écouté avec plaisir et intérêt votre présentation télé je suis tombé dans la foulée sur la rencontre avec le philosophe Paul AUDI sur france culture ce vendredi matin à l'émission chemins de...Je pense que ce bonhomme devrait vous intéresser tout autant que Spinoza. Il fait de la création une éthique.

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Si tout ce qui est précieux est aussi difficile que rare,
vivre reste la plus belle chose qui puisse nous arriver.

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新年おめでとうございます。
Happy New Year
Meilleurs voeux pour 2018

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L’histoire de l’art occidental nous offre un exemple de changement paradigmatique si radical qu’il s’est accompagné d’une redéfinition de l’art et d’une rupture ontologique des frontières de ce qu’on considérait comme de l’art. Aujourd’hui, le degré d’incompatibilité entre les trois paradigmes de l’art classique, de l’art moderne et de l’art contemporain est tel qu’aucune discussion argumentée ne semble plus possible entre les partisans de l’un ou l’autre de ces trois paradigmes, chacun rejetant les autres au nom de principes, de codes et de paradigmes incompatibles, même si ceux-ci coexistent encore effectivement dans le monde des galeries et des expositions. Mais pour combien de temps? L’irrésistible paradigme contemporain semble bien s’être si bien imposé que les deux autres sont pratiquement exclus des circuits de reconnaissance. Le marché de l’art contemporain des années 2000 s’est élargi et emballé au point de créer une bulle particulièrement voyante de radicalisation transgressive en totale rupture avec les "anciens" paradigmes artistiques.

Difficile donc de prendre la juste mesure des énormes transformations qu’a subies le monde de l’art. Il faudrait aujourd’hui penser des phénomènes tout à fait nouveaux qui n’existaient pas il y a 20 ans. C’est la représentation que l’on se faisait de l’art ou de ce qu’il doit être qui en a fait les frais. Les notions mêmes de valeur de beauté et de jugement de goût semblent bel et bien périmées. Les règles du jeu ont changé et vont continuer à changer. Tout évolue rapidement et de façon vertigineuse dans une gigantesque métamorphose dont nous ne contrôlons pas l’issue. On est aux prises avec autre chose, un nouveau rapport au temps, à l’argent, à l’histoire, au discours, avec à la clé la grande frayeur d’être dupe.

Ce n’est donc pas seulement l’imagination, c’est aussi, avec la bêtise des opinions, la pensée elle-même qui s’affole faute de pouvoir comprendre ce nouveau monde où la communication est une jeune reine accaparante aux ordres de notre vieux roi l’argent. Il nous faudra un grand effort de pensée et de culture pour nous aventurer hors des sentiers toujours plus battus de l’art contemporain et de la stagnation conceptuelle, regarder plus loin, changer notre regard et notre rapport au monde, penser ce qu’on n’a pas encore pensé. Ce sera difficile ? Oui, sans aucun doute. Mais certains y travaillent, des utopistes plus ou moins critiques dont on parlera plus tard. Tachons de ne pas les louper !


Daniel Moline

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Je ne peux résister au désir/plaisir de me faire le relais de la dernière chronique de Cécile Guilbert parue dans le journal La Croix… Bonne lecture !

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"La guerre à mort de la culture contre l’art"

"J’ai la tête dure, c’est un gros défaut, mais peut-être moins fâcheux que de l’avoir molle. J’aime aussi enfoncer le clou, tant il est vrai que notre formidable époque charrie à chaque instant son lot de symptômes en pagaille.

Des symptômes qu’il est plus que jamais nécessaire de dénombrer, de décrypter et d’analyser puisque seule l’approbation de tout a droit de cité dans cette inlassable zone d’activité frénétique qu’est aujourd’hui « la culture », cette industrie appliquée aux Beaux-Arts, ce bazar mondial que le génial polémiste viennois Karl Kraus définissait déjà en son temps comme « le mal rapporté au système des valeurs esthétiques ».

Regarder, c’est toujours penser

Or ce mal infini dont le centre est partout et la circonférence nulle part, peu se risquent à l’examiner de manière critique. Car soit ils n’y ont pas intérêt, soit ils l’imaginent facteur d’émancipation, soit ils préfèrent s’en amuser plutôt que le penser. Or regarder, c’est toujours penser, ce qui est très différent du simple fait de voir.

D’où mon interrogation sur la prolifération contemporaine croissante d’« installations », de « dispositifs », d’« événements » culturels à propos desquels même le mot exposition ne convient plus tant ils semblent n’avoir pour finalité que de nous en mettre justement « plein la vue », c’est-à-dire – CQFD – nous dissuader de penser. Démesure et monumentalité des formats, des lieux d’expos, des coûts et des prix, n’est-ce pas là d’ailleurs le propre d’un certain art dit contemporain, entreprise d’intimidation et de terreur habile à compenser l’anéantissement des facultés sensibles par l’ironie de ses gros jouets pour milliardaires ?

Débauche techniciste et pillage des peintres du passé

Après l’expo « Artistes & Robots » dont la séduction vantée ne consiste pas dans la visite mais dans la balade et moins dans la contemplation que le divertissement, j’en veux pour preuve « Gustav Klimt » (qui concerne aussi les artistes Egon Schiele et Friedensreich Hun­dert­was­ser) visible jusqu’à la fin de l’année à L’Atelier des lumières, nouveau lieu ouvert à Paris dans le 11e arrondissement.

Comme dans la précédente, on se promène, on déambule, on flâne dans un univers animé et coloré où prédomine le maître et fin mot de « ludique » d’où, comme chacun sait, dérive l’histrion qu’est tout ludion. Et comme au Grand Palais, débauche techniciste et pillage des peintres du passé forment une doublette d’enfer pour vider l’art de tout contenu et de tout sens.

Les œuvres de Klimt ? Des images saturées de tableaux démesurément agrandies, projetées du sol au plafond à toute allure en séquences de trente minutes par 140 vidéoprojecteurs au son de Beethoven, Strauss et Wagner diffusés par une cinquantaine d’enceintes acoustiques.

Ce n’est ni une expo ni un concert mais un « parcours immersif » dans « un espace de projection XXL » que je ne peux m’empêcher de ressentir comme un matraquage technique et mental, un vautrage nauséeux dans le faux et le kitsch, une débauche d’effets lumineux et sonores où ne s’hallucine plus, selon le mot de Hegel, que « la vie, mouvante en soi, de ce qui est mort ».

L’étouffement de l’art par la culture

Car si le surgissement de toute œuvre d’art digne de ce nom s’avère un événement – celui de sa présence, de son aura –, sa mise en scène événementielle en configure à coup sûr le tombeau. Or c’est précisément ce à quoi n’a jamais pensé Culturespaces, entreprise issue d’Havas et filiale d’Engie (ex-Lyonnaise des eaux devenue GDF-Suez), à savoir l’entrepreneur privé d’ingénierie culturelle à l’origine de ce « barnum Klimt » et dont le « business model » est si prometteur qu’il opère déjà dans une dizaine de monuments et de musées français tandis qu’un système de franchises est prévu à l’étranger…

Système rentable, système parfait, croissance et dividendes garantis, mais aussi honte et désolation éprouvées au spectacle sans cesse amplifié de l’étouffement de l’art par la culture, au nom de la culture comme bras armé de l’économie politique dont se constate l’essor planétaire toujours plus meurtrier.

Il y a vingt ans, dans JLG/JLG, l’un de ses plus beaux films, Godard énonçait déjà cette vérité immémoriale : « Il y a la culture, qui est la règle, et il y a l’exception, qui est de l’art. Tous disent la règle – ordinateurs, tee-shirts, télévision. Personne ne dit l’exception. Cela ne se dit pas, cela s’écrit – Flaubert, Dostoïevski ; cela se compose – Gershwin, Mozart ; cela se peint – Cézanne, Vermeer ; cela s’enregistre – Antonioni, Vigo. Ou cela se vit, et c’est alors l’art de vivre. Il est de la règle de vouloir la mort de l’exception. »

Cécile Guilbert "

 J'ai "vu" ce barnum Klimt aux Baux de Provence dans des carrières souterraines. Le plus difficile de nos jours c'est que les moyens techniques et l'argent ont, que cela nous plaise ou pas, largement les moyens de nous envoûter. Et effectivement ce barnum vous en met plein la vue et les oreilles et arrive facilement à vous séduire. Surtout si comme moi on n'a pas une vie artistique. Mais quand même j'ai aussi regarder Klimt au musée du Belvédère à Vienne et cette émotion là me reste! C'est quand même lourd d'avoir à 'penser" à chaque instant dans notre monde piégé, je n'ai vraiment pas envie de finir complotiste alors merci pour cet article mais parfois j'avoue c'est lourd de rester vigilant même devant une pseudo culture!!  

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  " tu as mis du sang partout !  " - 100 x 100 cm - 1983

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Comme peintre, je n'ai rien à prouver. Je ne vis, ne peins et n'écris que pour découvrir, fouiller et apprendre en cherchant la matérialité de tout ce qui est censé ne pas en avoir : le langage, les sentiments, les passions, les idées, la pensée ...

Apprendre à voir et à penser entre le fond et la surface mouvante des choses, là où l’objet que nous sommes s’affronte au sujet que nous croyons être, c’est aussi découvrir que le flux d’une inhumanité sauvage ne cesse de nous traverser et que la férocité du désir ne cesse de nous habiter. Mais pour pouvoir entrer dans l’appréhension de cette violence infinie, il faut d’abord en faire l’expérience concrète et sensible, sans quoi le seul moyen de la raison et des concepts ne suffit pas pour pouvoir en prendre toute la mesure. Or, c’est le plus ou le moins de conscience qui tranche en la matière.

A chacun donc d’appréhender en soi cette violence en profondeur et des profondeurs pour sortir de son inconscience et d’y forcer un passage vers sa vertigineuse étrangeté de vivant pour se tenir droit au bord de l’abîme, organiser le chaos, y chercher le meilleur de soi-même et vivre en plein vent à la lumière d’une beauté toujours à réinventer.

Daniel Moline, journal de l’atelier, 17 juillet 2018

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  " je te souhaite un bel été " - 40 x 100 cm - 2018

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… et si le bonheur n'était que de saisir concrètement la vie dans l'exubérance et le chatoiement de ses plus infimes détails ? et de pouvoir ensuite faire tournoyer nos représentations du désir au gré des cordons du temps que nous tenons en main ?

Daniel Moline, journal de l’atelier, 30 juillet 2018

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Nouveau catalogue de l'œuvre peint de Moline

liste chronologique de 500 tableaux, de 1968 à 2018

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Sans le savoir, je me suis embarqué il y a 50 ans dans une de ces entreprises terrestres à peu près impossibles : peindre et écrire avec l’exigence d'aller là où l'être profond du corps et de la pensée s'aventure entre d'étroites lisières hors de tout cadre idéologique, en refusant d’accepter la prééminence du général des idées sur le particulier et sur la singularité physique de nos corps, et sans jamais cesser de croire au merveilleux de l’amour, même absent, car cette absence rend aussi certaines choses possibles. 

Petit à petit, je me suis laissé écrire et peindre librement, en prenant les uns derrière les autres tous les sens interdits et en me fichant éperdument des jugements d'autrui. Mon regard tourné vers le dedans et secrètement irrité par les vérités qui n'engageaient à rien, avec un acharnement à ne jamais tricher sur mes désirs, j’ai respiré à pleins poumons l'air tonique et inquiétant de la véritable audace, celle où l'on joue sa tête à chaque image et qui requiert de soi une sorte d'austérité morale.

Tout cela est devenu, sans crier gare, un journal continu depuis 1973, un ensemble de récits sans personnages bien définis, un recueil de circonstances, de visions en bribes, d’émotions inattendues, de pensées qui s’inventaient devant des choses ou des êtres apparaissants, apparus et, très vite, disparaissants, disparus, un autoportrait sans visage unique, "fait d’occasions (où les temps passent vite), de blessures (où les temps frappent fort), de survivances (où les temps reviennent toujours) et de désirs (où les temps adviennent pour un futur entraperçu)". 

Impressions singulières, deuils. Colères aussi. Réflexions esquissées d’une poétique et d’une érotique du regard pour déjouer les ruses de nos pensées. Instants critiques souvent. Ou descriptions, tout simplement, qui viennent à point comme une halte dans la dérive pour éclairer les tenants et les aboutissants de cette suite de 500 tableaux, dont certains sont sans doute scandaleux comme si un double ivre qui eut été réellement moi, avait pris possession de mon cerveau et de mes mains, mais qui ne sont que la mise en images de mon expérience de l'autre et de ma perception du temps qui passe. Tableaux de choses vues, non, pas même vues jusqu’au bout. Choses simplement entrevues, aperçues. Êtres qui passent, souvent au féminin pluriel. Créatures ou simples formes qui surgissent ou qui tombent. Instants de surprise, ou d’admiration, ou de désir, ou de volupté, ou d’inquiétude, ou de rire. 

Je n’ai eu recours à la grille du portrait que pour scruter cette particularité intime qui définissait chacun de mes modèles de façon absolument physique : les gestes hésitants du premier déshabillage, des mains qui se tâtent, des épaules qui se découvrent, des jambes nues qui se réfugient sous le drap, le sexe bridé prêt à bondir à même la chair de qui sait attendre, des accouplements bourrés de tendresse, tout ce qui arrive alors aux visages, leur pétillement sous les baisers donnés jusqu’au fond des yeux...

Daniel Moline

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www.daniel-moline.be

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La vie de chacun d’entre nous n’est pas une tentative d’aimer. Elle est l’unique essai. On n’aime qu’une fois. Et cette seule fois où on aime, on l’ignore puisqu’on la découvre. Il en va de créer comme de naître, d’aimer et de vieillir : l’univers s’accroît, une porte s’ouvre soudain là où il n’y avait pas de porte, un pays inconnu s’étend, où on avance à toute allure et où on s’agrandit dans ce qui s’agrandit.

Le problème que pose le bonheur de vivre, d’aimer et de créer est déroutant, car comme nous, il ne tient qu’à un rien. C’est une traversée périlleuse, le choix auquel elle expose étant radical : soit chanceuse, soit mortelle. Et impossible ensuite de revenir en arrière ! Dès que la vie est en cause dans le naufrage d’un monde insensé, il faut donc tout oser avec l’intolérable infini de notre liberté et tout voir sans tricher de la sauvagerie qui nous habite. Et d’abord ne pas faire semblant de vivre, d'aimer ou de souffrir. Il serait alors totalement déraisonnable de ne pas être soi, et il n'y a pour cela d'autre solution que d'être suprêmement vrai fut-ce en dépensant la plus incroyable violence.

C’est bien ce que j’ai tenté de faire depuis 50 ans. Avec plus ou moins de bonheur. Au terme de ce demi-siècle d’un étrange travail de retournement qui m’a permis d’y voir un peu plus clair quant aux préjugés et aux artifices de notre vie en société, j’ai pris le temps de m’arrêter pour faire un premier bilan, avant de repartir explorer d’autres possibles de l’esprit et de creuser de nouveaux écarts. Heureux d’avoir pu le mettre en mots et en images, à la fois dans un nouveau catalogue et dans un cadre numérique, j’ai le plaisir aujourd’hui de vous présenter ce tout nouveau site, avec une rubrique MOT & iMAGE, qui vient d’être mis en ligne sur Internet. Invitation à me suivre, à découvrir, à reconnaître, à aller au delà, à perdre pied, à rêver et à extravaguer en toute liberté …

Daniel Moline

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Le projet est lancé le 28 mars 2017. J'y ai affecté les heureux talents de Gérard Adam pour mener ce projet à bonne fin

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LE SIGNE ENTRE PLEINS ET VIDES : L’ŒUVRE DE CHRISTIAN GILL

ENTRE LES SPHERES DE L’INFINI : L’ŒUVRE D’OPHIRA GROSFELD

PAR-DELA BÉATRICE : LE DIALOGUE DE CLAUDIO GIULIANELLI

DE L’ESTHETIQUE DU SUJET : L’ART DE JIRI MASKA

 

 ENTRE REVE ET FEMINITE : L’ŒUVRE DE CHRISTIAN CANDELIER

DE L’ORDINAIRE COMME ESTHETIQUE : L’ŒUVRE DE YVONNE MORELL

QUAND 

SURREALISME ET HUMANISME EXPRIMENT L’ŒUVRE D’ALVARO MEJIAS

UN THEATRE DE COULEURS ET DE FORMES : L’UNIVERS D’EDOUARD BUCHANIEC

CHRISTINE BRY : CAVALCADES AU CŒUR DE L’ACTE CREATEUR

QUAND LE MYTHE S’INCARNE DANS L’ART : L’ŒUVRE D’ODILE BLANCHET

D’UN SURREALISME L’AUTRE : LES FLORILEGES DE MARC BREES

DE LA TRANSPARENCE DE L’AME : L’ŒUVRE DE MARIE-CLAIRE HOUMEAU

VERS UN AUTRE SACRE : L’ŒUVRE DE RODRIGUE VANHOUTTE

traduit en espagnol via le        lien en bas de page

     http://bit.ly/29pxe9q

LE SIGNE ENTRE LA CULTURE ET LE MOI : L’ŒUVRE DE LYSIANE MATISSE

DE LA MATIERE ENTRE LES GOUTTES DE L’ESPACE : L’ŒUVRE DE FRED DEPIENNE

FREDERIQUE LACROIX-DAMAS - DU PALEOLITHIQUE AU CONTEMPORAIN : RETOUR SUR L’ORIGINE DU MONDE

ENTRE SURREALISME ET METAPHYSIQUE : L’ŒUVRE DE GHISLAINE LECHAT

LA FEMME CELEBREE DANS LA FORME : L’ŒUVRE DE CATHERINE FECOURT

LA LIGNE ENTRE COULEURS ET COSMOS : L’ŒUVRE DE VICTOR BARROS 

CHRISTIAN BAJON-ARNAL : LA LIGNE ET LA COULEUR : L’ART DE L’ESSENCE

LE ROMAN DE LA ROSE : L’ECRITURE PICTURALE DE JIDEKA


MARTINE DUDON : VOYAGE ENTRE L’ESPACE ET LA FORME

TROIS MOMENTS D’UNE CONSCIENCE : L’ŒUVRE DE CATHERINE KARRER

CHRISTIAN KUBALA OU LA FORME DU REVE

L’ŒUVRE DE JACQUELINE GILBERT : ENTRE MOTS ET COULEURS

TROIS VARIATIONS SUR UN MEME STYLE : L’ŒUVRE D’ELIZABETH BERNARD

ISABELLE GELI : LE MOUVEMENT PAR LA MATIERE

L’ART, MYSTIQUE DE LA NATURE : L’ŒUVRE DE DOROTHEE DENQUIN

L’AUTRE FIGURATIF : l’ART D’ISABELLE MALOTAUX

CLAUDINE GRISEL OU L’EMOTION PROTAGONISTE DU MYTHE

VOYAGE ENTRE LYRISME ET PURETE : L’ŒUVRE ABSTRAITE DE LILIANE MAGOTTE

GUY BERAUD OU L’AME INCARNEE DANS LA FORME

LA FEERIE DE L’INDICIBLE : PROMENADE DANS L’ŒUVRE DE MARIE-HELENE FROITIER

JACQUELINE KIRSCH OU LES DIALOGUES DE L’AME

DU CORPS ET DU CODE : L’HERITAGE PICTURAL DE LEONARD PERVIZI

JACQUES DONNAY : ITINERAIRES DE LA LUMIERE

MIREILLE PRINTEMPS : DIALOGUE ENTRE L’ESPACE ET LE SUJET

STEPHAN GENTET: VOYAGE ENTRE LE MASQUE ET LE VISAGE

MARC LAFFOLAY : LE BOIS ET LE SACRE

FLORENCE PENET OU LA COULEUR FAUVE DES REVES

LE SURREALISME ANCESTRAL DE WILLIAM KAYO

CLARA BERGEL : DE L’EXISTENCE DU SUJET



GERT SALMHOFER OU LA CONSCIENCE DU SIGNE

ALFONSO DI MASCIO : D’UNE TRANSPARENCE, l’AUTRE

 

LESLIE BERTHET-LAVAL OU LE VERTIGE DE L’ANGE


TINE SWERTS : L’EAU ENTRE L’ABSTRAIT ET LA MATIERE


ELODIE HASLE : EAU EN COULEURS


RACHEL TROST : FLOATING MOMENTS, IMPRESSIONS D’INSTANTS


VILLES DE L’AME : L’ART DE NATHALIE AUTOUR


CHRISTIAN LEDUC OU LA MUSIQUE D’UNE RENAISSANCE


CHRISTIGUEY : MATIERE ET COULEUR AU SERVICE DE L’EXPRESSION


HENRIETTE FRITZ-THYS : DE LA LUMIERE A LA LUMINESCENCE


LA FORME ENTRE RETENUE ET DEVOILEMENT : L’ART DE JEAN-PAUL BODIN


L’ART DE LINDA COPPENS : LA COULEUR ET LE TRAIT DANS LE DIALOGUE DES SENS


CLAUDE AIEM : OU LA TENTATION DU SIGNIFIE


BOGAERT OU L’ART DE LA MYSTIQUE HUMAINE


MICHEL BERNARD : QUAND L’ART DANSE SUR LES EAUX


PERSONA : DE L’ETAT D’AME AU GRAPHISME. L’ŒUVRE D’ELENA GORBACHEVSKI


ALEXANDRE SEMENOV : LE SYMBOLE REVISITE


VERONICA BARCELLONA : VARIATIONS SUR UNE DEMARCHE EMPIRIQUE


FRANCOISE CLERCX OU LA POESIE D’UN MOMENT


XICA BON DE SOUSA PERNES: DIALOGUE ENTRE DEUX FORMES DU VISIBLE


GILLES JEHLEN : DU TREFONDS DE L’AME A LA BRILLANCE DE L’ACHEVE


JIM AILE - QUAND LA MATIERE INCARNE LE DISCOURS


DIMITRI SINYAVSKY : LA NATURE ENTRE L’AME ET LE TEMPS


FRANÇOISE MARQUET : ENTRE MUSIQUE ET LEGENDE


CLAUDINE CELVA : QUAND LA FOCALE NOIE LE REGARD


LES COULEURS HUMAINES DE MICAELA GIUSEPPONE


MARC JALLARD : DU GROTESQUE A L’ESSENTIEL


JULIANE SCHACK : AU SEUIL DE L’EXPRESSIONNISME MYSTIQUE


ROSELYNE DELORT : ENTRE COULEUR ET SOUVENIR


BETTINA MASSA : ENTRE TEMPS ET CONTRE-TEMPS

XAVI PUENTES: DE LA FACADE A LA SURFACE : VOYAGE ENTRE DEUX MONDES

MARYLISE GRAND’RY: FORMES ET COULEURS POUR LE TEMPS ET L’ESPACE

MARCUS BOISDENGHIEN: ETATS D’AME…AME D’ETATS : EMOTIONS CHROMATIQUES

 

JUSTINE GUERRIAT : DE LA LUMIERE

 

BERNADETTE REGINSTER : DE L’EMOTION A LA VITESSE

 

ANGELA MAGNATTA : L’IMAGE POUR LE COMBAT

 

MANOLO YANES : L’ART PASSEUR DU MYTHE

 

PIERRE-EMMANUEL MEURIS: HOMO LUDENS

 

MICHEL MARINUS: LET THE ALTARS SHINE

 

PATRICK MARIN - LE RATIONNEL DANS L’IRRATIONNEL : ESQUISSES D’UNE IDENTITE

 

CHRISTIAN VEY: LA FEMME EST-ELLE UNE NOTE DE JAZZ?

 

SOUNYA PLANES : ENTRE ERRANCE ET URGENCE

 

JAIME PARRA, PEINTRE DE L’EXISTENCE

Bruxelles ma belle. Et que par Manneken--Pis, Bruxelles demeure!

Menneken-Pis. Tenue de soldat volontaire de Louis-Philippe. Le cuivre de la statuette provient de douilles de balles de la révolution belge de 1830.

(Collection Robert Paul).

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