Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

À vin nouveau outres neuves ! Questions et propos sur la peinture, la littérature et la modernité


Suite à un échange de mails avec Robert PAUL, je me suis décidé aujourd’hui à ouvrir ce forum sur la modernité en art, particulièrement en peinture et en littérature. J’aimerais y penser avec vous les permanences et les transformations de la modernité, à partir de ce couple peinture-modernité né de l’histoire, en France, au XIXème siècle. 

 

En décembre dernier, nous avons pu voir dans la série des grands peintres une vidéo sur la peinture d’Henri Gervex. Cela m’a amené à repréciser ma pensée sur ce contemporain des impressionnistes, sur sa position dans le conflit fondamental qui divise la peinture depuis près de 150 ans et dont il est une figure exemplaire par son aller-retour constant entre la modernité naissante et l’académisme néo-classique.

 

Né en 1852, copain de Manet et contemporain de Van Gogh, Gervex m’apparaît en effet comme le type même du peintre qui a académisé la modernité des impressionnistes en l’utilisant comme simple éclaircissement de sa palette. La peinture de Gervex enthousiasmait Zola, parce que, à l’opposé de celle de son ancien ami Cézanne traité de « grand peintre avorté », elle conservait l’exacte facture illusionniste sous les couleurs de l’impressionnisme. Après s’être fait refusé au Salon de 1878 suite au conseil pervers de Degas de peindre les vêtements abandonnés par la belle Marion au pied de son lit, Gervex remporte en 1882 le concours ouvert pour la décoration de la Mairie du 19ème arrondissement de Paris et met au service de la culture républicaine tout un académisme de bons sentiments sociaux qu’on va retrouver tel quel dans l’art fasciste ou nazi du 20ème siècle. Or, c’est précisément cette 3ème République qui fera preuve d’un ostracisme sans faille contre les peintres indociles et posera les bases de la répression des artistes entrés en dissidence.

 

La peinture de Gervex est donc loin d’être neutre ou inoffensive. Elle témoigne d’un choix qui trahit les artistes de la modernité passés dans leur quasi totalité de la rupture avec les institutions d’art à la dissidence sociale. Artiste reconnu promu officier de la Légion d’honneur en 1889, se faisant ainsi le héraut de la bonne conscience de son temps, Gervex pose dès lors dans sa réussite même un problème esthétique, éthique et politique autant qu’économique qui fait contraste avec la « misère qui ne finira jamais » de Van Gogh et de Pissarro, l’emprisonnement de Courbet ou l’exil de Gauguin.

 

Ce qui est en jeu à travers ce cas exemplaire, c’est tout simplement l’intelligibilité du présent et l’accès difficile à une logique de l’altérité. Depuis Manet, en effet, la question de l’art ne me semble plus être la question du beau mais celle de sa propre historicité. L’art est devenu une notion paradoxale, faite de deux parts radicalement inégales et contradictoires : l’une étant tout ce qui a été accompli jusqu’à ce jour, l’autre celle qui n’est pas encore et reste à faire. Et pour dire les choses banalement, la première part a pour effet d’écraser la deuxième. Le peintre n’est donc « artiste » que s’il a devant lui une peinture qui n’existe pas encore. Debout devant sa toile vierge comme au pied d’un mur, isolé et démuni, il est de facto le seul qui n’a pas d’art. En ce sens précis, il me semble que le talentueux Henri Gervex ne peut être considéré comme un « grand artiste » au même titre que Manet, Van Gogh et Cézanne, pour ne citer que les plus « grands ».

 

Il y a dans l’art une nécessité dont il est toujours difficile de rendre compte a priori. Matisse parle du peintre qui sait tout mais oublie ce qu’il sait au moment de peindre. Le peintre et le poète ne peuvent que laisser leur exploration faire son chemin en eux, sans savoir ce vers quoi ils vont. Ils n’ont pas l’outillage mental qui leur permettrait de penser ou de mesurer ce qu’ils font vraiment, et les prises de conscience sont presque toujours ultérieures à l’action elle-même. Peintures et poèmes seront nécessairement le fruit de longs et incertains combats dont personne, à commencer par l’artiste, ne connaît ni le sens ni l’issue. J’insiste sur cet aspect inaccompli des œuvres. Depuis Manet, la peinture est arrachement et égarement dans un monde en mutation. Depuis Baudelaire, le poème est une aventure de la pensée. A vin nouveau outres neuves ! Sauf qu’il n’y a ici aucune différence entre le vin et les outres. Rien n’est jamais gagné d’avance, et plus que jamais l’art reste le lieu des conflits fondamentaux qui secouent le monde depuis 150 ans.

 

Daniel Moline

Vues : 34600

Y répondre

Réponses à cette discussion


Gil,rebonjour

 

De peur d'être mal compris je reviens faire un petit tour aujourd'hui.

 

Selon moi,le jardin d'Eden et les Illuminés qui se contentent du vin-art à la fontaine est une vision idéale.

Satisfaits dans leur bien-être,dans leur bonheur, vos Illuminés n'ont pas besoin de l'art, leur vie étant elle-même une oeuvre d'art.

 

Si malgré tout, vous pensez qu'ils pourraient en faire pour le plaisir selon les critères de beauté et de qualité depuis longtemps définis, ils n'appartiennent pas non plus à ce monde dont la nature profonde est de se chercher,d'aller toujours de l'avant  en tendant vers de plus en plus de complexité.

En passant, je corrige deux fautes de mon texte précédent: il y a lieu de lire les satisfactionet les hommes ont été chassés

Jean-Marie

 

P.S. j'ai beaucoup apprécié votre conte!

 

      


Jean-Marie Cambier a dit :

Gil , bonjour

Pointant mon nez à la surface, dans ce joli jardin d'Eden, je remarque avec plaisir que vous appliquez à l'envi ce que je vous proposais comme 1er axiome de la modernité: l'association d'idées.

 allégorie-->conte, fluide-->  source,etc...

Au risque de vous décevoir, vous confirmez par votre conte, ce que je prépare comme deuxième axiome de la modernité : Eros - Thanatos autrement dit en langage du corps : la reproduction sexuée qui a pour corollaire la mort et dans le langage de la pensée: l'amour en relation avec la mort et tout ce qui va avec, je vous laisse réfléchir autour de ce thème en vous invitant ainsi gentiment si vous en avez envie à occuper la place de l'oiseau de tête dans le v de la flèche sur ce débat ayant pour thème la modernité.

je pense franchement que des êtres vivant dans la complète satisfaction de leur corps parfaitement beau ,parfaitement heureux dans la placidité de leurs besoins donc l'immortalité garantie et pensée anesthésiée par le bon vin et toutes les satisfaction de la vie y compris les sexuelles à gogo n'ont pas le goût de l'entreprise ni le goût de la création, artistique en particulier. D'ailleurs les hommes comme vous le savez ont été chassé du jardin d'Eden selon un très vieux conte. Dans notre  histoire du monde selon votre idée, l'homme tel que l'évolution des epèces l'a heureusement/malheureusement (barrez la mention inutile) conçu se serait contenté de la caverne au départ de son histoire. 

Je retourne donc plancher dans ma caverne (aménagée quand même un peu) pour rédiger quelques pages sur notre destinée d'être sexué et je vous laisse dans le plaisir de votre page blanche en vous mettant déjà sur la piste d'Eros-Thanatos en vous disant que cette joute scribale (scribe->tribu->tribal-> scribal, humour par association d'idée) est un peu la résultante de cet esprit de compétition que nous avons gardé de nos origines et que nous sublimons.   

Et comme Amédée de François Pirette,dans le fond de ma caverne, je vous dis: "on s'amuse,hein, gaillard ! 

Bien cordialement, cher Gil, gardez un peu l'esprit de la caverne...il n'y a pas beaucoup de personnes sur ce forum qui s'y aventure!

Jean-Marie Cambier

  

  

  
Gil a dit :

Bonjour,

 

Je voudrais vous raconter un conte.

 

Il existait un jardin luxuriant, magnifique, certain le nommait le jardin d’Eden, d’autre l’appelait la plaine de vérité… Au milieu de ce jardin coulait une source, le breuvage qui s’en écoulait, était du vin, le plus succulent des vins qui faisait tourner la tête de tous les hommes.

Quelques hommes vivaient là, à proximité de cette source, on les appelait les illuminés, car ils vivaient à la lumière du soleil. Le reste des hommes s’était réfugiés dans des souterrains.

Quelques hommes sortaient parfois des souterrains, et venaient s’abreuver à cette source. Comme ils trouvèrent le vin fabuleux, ils décidèrent de construire des outres pour en ramener et le faire goûter aux hommes d’en bas.

Mais le précieux breuvage ne se laissait pas emprisonné facilement. De sorte que les outres ne pouvant retenir le liquide, lorsque les hommes étaient de retour dans leur caverne, tous le vin s’était écoulé par les pores, et il n’en restait que des traces, une odeur, un semblant de saveur. Malgré cela, les hommes continuèrent à venir remplir leurs outres. Ils se mirent à fabriquer toute sorte d’outre et comme il y avait plusieurs communauté qui vivaient dans ces souterrains, chacun avait son type d’outre, chaque culture, chaque ethnies possédait son outre, avec ses caractéristiques et ses qualités. Le nombre de fabriquant  augmentant, les outres sont devenues plus personnelles, chacun prétendant que sont outre était plus étanche que les autres. Des hommes plus malins, ne se déplaçaient même plus pour remplir leur outre, sachant que toute façon elle serait vide au retour. Comme il étaient habiles, ils affirmaient que si aucune odeur de vin ne se dégageait de leur outre, c’est parce qu’elle  était parfaitement étanche, faisant du même coup, monter le prix du réservoir.

Il existait tellement d’outres dans les souterrains, que certains se mirent à les ranger, les classifiés. Ils construisirent des étagères. Après les spécialistes des outres, émergèrent les spécialistes des étagères, avec tout leur savoir, leur connaissance, sur la résistance des planches, de la quantité limite à stocker par niveau…puis le nombre d’étagères amplifiant, il à fallu construire des placards pour contenir ces étagères… puis creuser des galeries pour stocker les placards, et des spécialistes de prévoir de futures galeries plus modernes en fonction des dernières caractéristiques d’outres…………

 

Et le vin dans tous cela ?  Il continu à s’écoulait à l’extérieur, au  soleil, imperturbable, loin de la poussière et des affaires des hommes.

 

Lorsque vous évoquez la modernité de l’Art. Il faudrait plutôt parler de la modernité des outres, de la modernité des placards, de la science du rayonnage, du classement, et de l’étiquetage… Effectivement pour recenser toutes les méthodes de fabrications de placards, et tracer une carte de l’évolution de la pensée humaine dans ce domaine, la connaissance, la science est indispensable (je vous conseille le catalogue Lapeyre, ou L’as du placard J)…

 

Mais tous cela est bien loin de cette source intemporelle, immuable, intarissable qui s’écoule en épanchant la soif des hommes "étonnés" qui viennent s’y abreuver.

 

Libre à vous de continuer à classer des récipients vides, et alimenter des querelles (les 150 ans ne sont qu’un début)… mais il ne faut pas mélanger le contenant poreux et le contenu.

 

Les pensées d’un illuminé, défenseur de l’Art.

Amicalement,

Gil.

Ah...! , Gil bonjour, bonjour à tous

je passais ici par hasard ...;-) et je me rends compte que j'avais oublié de vous dire que j'avais aussi compris que votre conte invitait les artistes à arrêter de faire tout et n'importe quoi au non de la modernité. Tout a été fait et le progrès n'est pas dans la nouveauté à tout prix! mais si je présentais ici une liste de 100 noms d'artistes connus ou/et inconnus (j'indique ou/et car certains sont très connus dans le monde de l'art actuel mais inconnu du citoyen (Anish Kapoor par exemple) ... et parmi ces 100 , je glisserais quelques uns des membres d'Art et Lettres ! Qui oseraient se moquer des équivalent - impressionistes d'aujourd'hui?


D'abord toutes ces personnes créent et c'est déjà remarquable; pour la plupart, elles visent d'abord dans leur fors intérieur l'épanouissement de leur personnalité de leur individualité. 

Imaginez que nous sommes à la fin du Moyen Age en France, la modernité me semble beaucoup plus facile à appréhender qu'aujourd'hui car cette modernité a presque pour seul horizon la religion et la bible coomme livre de chevet . Si vous souhaitez être peintre , vous devez d'abord passer par le filtre d'une corporation et vous savez déjà que votre sujet imposé est l'histoire des saints etc...N'essayez pas de faire le malin en représentant Adam et Eve dans une position scabreuse,vous risquez l'enfer dans l'au-delà et même l'enfer dans l'au-deci.  

Donc maintenant que l'individu peut créer jusqu'à plus soif dans une société libérée, laissons le faire ...

Je crois que s'amorce ici un autre processus de réflexion: l'un magnifié dans le groupe. l'individu dans la société.

Donc jusqu'à présent sur ce forum, je me suis aventuré présomptueusement à vous proposer trois jalons dans l'évolution vers la modernité, ce que je crois être le fil rouge de nos pensées vers les futures créations :

- l'imagination 

- l'amour et son corollaire la mort

- l'évolution de l'individu dans la société

Qu'en pensez-vous Gil ...et vous autres.... et vous ,Daniel, qui êtes à l'origine de cette réflexion?  

Bien cordialement,

 

Jean-Marie Cambier

   
Jean-Marie Cambier a dit :


Gil,rebonjour

 

De peur d'être mal compris je reviens faire un petit tour aujourd'hui.

 

Selon moi,le jardin d'Eden et les Illuminés qui se contentent du vin-art à la fontaine est une vision idéale.

Satisfaits dans leur bien-être,dans leur bonheur, vos Illuminés n'ont pas besoin de l'art, leur vie étant elle-même une oeuvre d'art.

 

Si malgré tout, vous pensez qu'ils pourraient en faire pour le plaisir selon les critères de beauté et de qualité depuis longtemps définis, ils n'appartiennent pas non plus à ce monde dont la nature profonde est de se chercher,d'aller toujours de l'avant  en tendant vers de plus en plus de complexité.

En passant, je corrige deux fautes de mon texte précédent: il y a lieu de lire les satisfactionet les hommes ont été chassés

Jean-Marie

 

P.S. j'ai beaucoup apprécié votre conte!

 

      


Jean-Marie Cambier a dit :

Gil , bonjour

Pointant mon nez à la surface, dans ce joli jardin d'Eden, je remarque avec plaisir que vous appliquez à l'envi ce que je vous proposais comme 1er axiome de la modernité: l'association d'idées.

 allégorie-->conte, fluide-->  source,etc...

Au risque de vous décevoir, vous confirmez par votre conte, ce que je prépare comme deuxième axiome de la modernité : Eros - Thanatos autrement dit en langage du corps : la reproduction sexuée qui a pour corollaire la mort et dans le langage de la pensée: l'amour en relation avec la mort et tout ce qui va avec, je vous laisse réfléchir autour de ce thème en vous invitant ainsi gentiment si vous en avez envie à occuper la place de l'oiseau de tête dans le v de la flèche sur ce débat ayant pour thème la modernité.

je pense franchement que des êtres vivant dans la complète satisfaction de leur corps parfaitement beau ,parfaitement heureux dans la placidité de leurs besoins donc l'immortalité garantie et pensée anesthésiée par le bon vin et toutes les satisfaction de la vie y compris les sexuelles à gogo n'ont pas le goût de l'entreprise ni le goût de la création, artistique en particulier. D'ailleurs les hommes comme vous le savez ont été chassé du jardin d'Eden selon un très vieux conte. Dans notre  histoire du monde selon votre idée, l'homme tel que l'évolution des epèces l'a heureusement/malheureusement (barrez la mention inutile) conçu se serait contenté de la caverne au départ de son histoire. 

Je retourne donc plancher dans ma caverne (aménagée quand même un peu) pour rédiger quelques pages sur notre destinée d'être sexué et je vous laisse dans le plaisir de votre page blanche en vous mettant déjà sur la piste d'Eros-Thanatos en vous disant que cette joute scribale (scribe->tribu->tribal-> scribal, humour par association d'idée) est un peu la résultante de cet esprit de compétition que nous avons gardé de nos origines et que nous sublimons.   

Et comme Amédée de François Pirette,dans le fond de ma caverne, je vous dis: "on s'amuse,hein, gaillard ! 

Bien cordialement, cher Gil, gardez un peu l'esprit de la caverne...il n'y a pas beaucoup de personnes sur ce forum qui s'y aventure!

Jean-Marie Cambier

  

  

  
Gil a dit :

Bonjour,

 

Je voudrais vous raconter un conte.

 

Il existait un jardin luxuriant, magnifique, certain le nommait le jardin d’Eden, d’autre l’appelait la plaine de vérité… Au milieu de ce jardin coulait une source, le breuvage qui s’en écoulait, était du vin, le plus succulent des vins qui faisait tourner la tête de tous les hommes.

Quelques hommes vivaient là, à proximité de cette source, on les appelait les illuminés, car ils vivaient à la lumière du soleil. Le reste des hommes s’était réfugiés dans des souterrains.

Quelques hommes sortaient parfois des souterrains, et venaient s’abreuver à cette source. Comme ils trouvèrent le vin fabuleux, ils décidèrent de construire des outres pour en ramener et le faire goûter aux hommes d’en bas.

Mais le précieux breuvage ne se laissait pas emprisonné facilement. De sorte que les outres ne pouvant retenir le liquide, lorsque les hommes étaient de retour dans leur caverne, tous le vin s’était écoulé par les pores, et il n’en restait que des traces, une odeur, un semblant de saveur. Malgré cela, les hommes continuèrent à venir remplir leurs outres. Ils se mirent à fabriquer toute sorte d’outre et comme il y avait plusieurs communauté qui vivaient dans ces souterrains, chacun avait son type d’outre, chaque culture, chaque ethnies possédait son outre, avec ses caractéristiques et ses qualités. Le nombre de fabriquant  augmentant, les outres sont devenues plus personnelles, chacun prétendant que sont outre était plus étanche que les autres. Des hommes plus malins, ne se déplaçaient même plus pour remplir leur outre, sachant que toute façon elle serait vide au retour. Comme il étaient habiles, ils affirmaient que si aucune odeur de vin ne se dégageait de leur outre, c’est parce qu’elle  était parfaitement étanche, faisant du même coup, monter le prix du réservoir.

Il existait tellement d’outres dans les souterrains, que certains se mirent à les ranger, les classifiés. Ils construisirent des étagères. Après les spécialistes des outres, émergèrent les spécialistes des étagères, avec tout leur savoir, leur connaissance, sur la résistance des planches, de la quantité limite à stocker par niveau…puis le nombre d’étagères amplifiant, il à fallu construire des placards pour contenir ces étagères… puis creuser des galeries pour stocker les placards, et des spécialistes de prévoir de futures galeries plus modernes en fonction des dernières caractéristiques d’outres…………

 

Et le vin dans tous cela ?  Il continu à s’écoulait à l’extérieur, au  soleil, imperturbable, loin de la poussière et des affaires des hommes.

 

Lorsque vous évoquez la modernité de l’Art. Il faudrait plutôt parler de la modernité des outres, de la modernité des placards, de la science du rayonnage, du classement, et de l’étiquetage… Effectivement pour recenser toutes les méthodes de fabrications de placards, et tracer une carte de l’évolution de la pensée humaine dans ce domaine, la connaissance, la science est indispensable (je vous conseille le catalogue Lapeyre, ou L’as du placard J)…

 

Mais tous cela est bien loin de cette source intemporelle, immuable, intarissable qui s’écoule en épanchant la soif des hommes "étonnés" qui viennent s’y abreuver.

 

Libre à vous de continuer à classer des récipients vides, et alimenter des querelles (les 150 ans ne sont qu’un début)… mais il ne faut pas mélanger le contenant poreux et le contenu.

 

Les pensées d’un illuminé, défenseur de l’Art.

Amicalement,

Gil.


au nom et pas au non! glups!


Jean-Marie Cambier a dit :

Ah...! , Gil bonjour, bonjour à tous

je passais ici par hasard ...;-) et je me rends compte que j'avais oublié de vous dire que j'avais aussi compris que votre conte invitait les artistes à arrêter de faire tout et n'importe quoi au non de la modernité. Tout a été fait et le progrès n'est pas dans la nouveauté à tout prix! mais si je présentais ici une liste de 100 noms d'artistes connus ou/et inconnus (j'indique ou/et car certains sont très connus dans le monde de l'art actuel mais inconnu du citoyen (Anish Kapoor par exemple) ... et parmi ces 100 , je glisserais quelques uns des membres d'Art et Lettres ! Qui oseraient se moquer des équivalent - impressionistes d'aujourd'hui?


D'abord toutes ces personnes créent et c'est déjà remarquable; pour la plupart, elles visent d'abord dans leur fors intérieur l'épanouissement de leur personnalité de leur individualité. 

Imaginez que nous sommes à la fin du Moyen Age en France, la modernité me semble beaucoup plus facile à appréhender qu'aujourd'hui car cette modernité a presque pour seul horizon la religion et la bible coomme livre de chevet . Si vous souhaitez être peintre , vous devez d'abord passer par le filtre d'une corporation et vous savez déjà que votre sujet imposé est l'histoire des saints etc...N'essayez pas de faire le malin en représentant Adam et Eve dans une position scabreuse,vous risquez l'enfer dans l'au-delà et même l'enfer dans l'au-deci.  

Donc maintenant que l'individu peut créer jusqu'à plus soif dans une société libérée, laissons le faire ...

Je crois que s'amorce ici un autre processus de réflexion: l'un magnifié dans le groupe. l'individu dans la société.

Donc jusqu'à présent sur ce forum, je me suis aventuré présomptueusement à vous proposer trois jalons dans l'évolution vers la modernité, ce que je crois être le fil rouge de nos pensées vers les futures créations :

- l'imagination 

- l'amour et son corollaire la mort

- l'évolution de l'individu dans la société

Qu'en pensez-vous Gil ...et vous autres.... et vous ,Daniel, qui êtes à l'origine de cette réflexion?  

Bien cordialement,

 

Jean-Marie Cambier

   
Jean-Marie Cambier a dit :


Gil,rebonjour

 

De peur d'être mal compris je reviens faire un petit tour aujourd'hui.

 

Selon moi,le jardin d'Eden et les Illuminés qui se contentent du vin-art à la fontaine est une vision idéale.

Satisfaits dans leur bien-être,dans leur bonheur, vos Illuminés n'ont pas besoin de l'art, leur vie étant elle-même une oeuvre d'art.

 

Si malgré tout, vous pensez qu'ils pourraient en faire pour le plaisir selon les critères de beauté et de qualité depuis longtemps définis, ils n'appartiennent pas non plus à ce monde dont la nature profonde est de se chercher,d'aller toujours de l'avant  en tendant vers de plus en plus de complexité.

En passant, je corrige deux fautes de mon texte précédent: il y a lieu de lire les satisfactionet les hommes ont été chassés

Jean-Marie

 

P.S. j'ai beaucoup apprécié votre conte!

 

      


Jean-Marie Cambier a dit :

Gil , bonjour

Pointant mon nez à la surface, dans ce joli jardin d'Eden, je remarque avec plaisir que vous appliquez à l'envi ce que je vous proposais comme 1er axiome de la modernité: l'association d'idées.

 allégorie-->conte, fluide-->  source,etc...

Au risque de vous décevoir, vous confirmez par votre conte, ce que je prépare comme deuxième axiome de la modernité : Eros - Thanatos autrement dit en langage du corps : la reproduction sexuée qui a pour corollaire la mort et dans le langage de la pensée: l'amour en relation avec la mort et tout ce qui va avec, je vous laisse réfléchir autour de ce thème en vous invitant ainsi gentiment si vous en avez envie à occuper la place de l'oiseau de tête dans le v de la flèche sur ce débat ayant pour thème la modernité.

je pense franchement que des êtres vivant dans la complète satisfaction de leur corps parfaitement beau ,parfaitement heureux dans la placidité de leurs besoins donc l'immortalité garantie et pensée anesthésiée par le bon vin et toutes les satisfaction de la vie y compris les sexuelles à gogo n'ont pas le goût de l'entreprise ni le goût de la création, artistique en particulier. D'ailleurs les hommes comme vous le savez ont été chassé du jardin d'Eden selon un très vieux conte. Dans notre  histoire du monde selon votre idée, l'homme tel que l'évolution des epèces l'a heureusement/malheureusement (barrez la mention inutile) conçu se serait contenté de la caverne au départ de son histoire. 

Je retourne donc plancher dans ma caverne (aménagée quand même un peu) pour rédiger quelques pages sur notre destinée d'être sexué et je vous laisse dans le plaisir de votre page blanche en vous mettant déjà sur la piste d'Eros-Thanatos en vous disant que cette joute scribale (scribe->tribu->tribal-> scribal, humour par association d'idée) est un peu la résultante de cet esprit de compétition que nous avons gardé de nos origines et que nous sublimons.   

Et comme Amédée de François Pirette,dans le fond de ma caverne, je vous dis: "on s'amuse,hein, gaillard ! 

Bien cordialement, cher Gil, gardez un peu l'esprit de la caverne...il n'y a pas beaucoup de personnes sur ce forum qui s'y aventure!

Jean-Marie Cambier

  

  

  
Gil a dit :

Bonjour,

 

Je voudrais vous raconter un conte.

 

Il existait un jardin luxuriant, magnifique, certain le nommait le jardin d’Eden, d’autre l’appelait la plaine de vérité… Au milieu de ce jardin coulait une source, le breuvage qui s’en écoulait, était du vin, le plus succulent des vins qui faisait tourner la tête de tous les hommes.

Quelques hommes vivaient là, à proximité de cette source, on les appelait les illuminés, car ils vivaient à la lumière du soleil. Le reste des hommes s’était réfugiés dans des souterrains.

Quelques hommes sortaient parfois des souterrains, et venaient s’abreuver à cette source. Comme ils trouvèrent le vin fabuleux, ils décidèrent de construire des outres pour en ramener et le faire goûter aux hommes d’en bas.

Mais le précieux breuvage ne se laissait pas emprisonné facilement. De sorte que les outres ne pouvant retenir le liquide, lorsque les hommes étaient de retour dans leur caverne, tous le vin s’était écoulé par les pores, et il n’en restait que des traces, une odeur, un semblant de saveur. Malgré cela, les hommes continuèrent à venir remplir leurs outres. Ils se mirent à fabriquer toute sorte d’outre et comme il y avait plusieurs communauté qui vivaient dans ces souterrains, chacun avait son type d’outre, chaque culture, chaque ethnies possédait son outre, avec ses caractéristiques et ses qualités. Le nombre de fabriquant  augmentant, les outres sont devenues plus personnelles, chacun prétendant que sont outre était plus étanche que les autres. Des hommes plus malins, ne se déplaçaient même plus pour remplir leur outre, sachant que toute façon elle serait vide au retour. Comme il étaient habiles, ils affirmaient que si aucune odeur de vin ne se dégageait de leur outre, c’est parce qu’elle  était parfaitement étanche, faisant du même coup, monter le prix du réservoir.

Il existait tellement d’outres dans les souterrains, que certains se mirent à les ranger, les classifiés. Ils construisirent des étagères. Après les spécialistes des outres, émergèrent les spécialistes des étagères, avec tout leur savoir, leur connaissance, sur la résistance des planches, de la quantité limite à stocker par niveau…puis le nombre d’étagères amplifiant, il à fallu construire des placards pour contenir ces étagères… puis creuser des galeries pour stocker les placards, et des spécialistes de prévoir de futures galeries plus modernes en fonction des dernières caractéristiques d’outres…………

 

Et le vin dans tous cela ?  Il continu à s’écoulait à l’extérieur, au  soleil, imperturbable, loin de la poussière et des affaires des hommes.

 

Lorsque vous évoquez la modernité de l’Art. Il faudrait plutôt parler de la modernité des outres, de la modernité des placards, de la science du rayonnage, du classement, et de l’étiquetage… Effectivement pour recenser toutes les méthodes de fabrications de placards, et tracer une carte de l’évolution de la pensée humaine dans ce domaine, la connaissance, la science est indispensable (je vous conseille le catalogue Lapeyre, ou L’as du placard J)…

 

Mais tous cela est bien loin de cette source intemporelle, immuable, intarissable qui s’écoule en épanchant la soif des hommes "étonnés" qui viennent s’y abreuver.

 

Libre à vous de continuer à classer des récipients vides, et alimenter des querelles (les 150 ans ne sont qu’un début)… mais il ne faut pas mélanger le contenant poreux et le contenu.

 

Les pensées d’un illuminé, défenseur de l’Art.

Amicalement,

Gil.

Bonsoir Gil.
J’ai beau relire votre interprétation des propos de Spinoza dans votre intervention du 24 janvier, je n’y vois clairement ni la différence ni le rapport que vous faites entre, d’un côté la pensée, et de l’autre, l’imagination et la perception dans le corps de quelqu’un qui pense ou qui parle. Si les mouvements corporels constituent l’essence des mots et des images, ils n’enveloppent pas du tout le concept de la pensée. Une chose est donc de dire des mots pour signifier les objets (ce que peut faire un enfant de trois ans), autre chose est de maîtriser l’enchaînement des pensées, ce que Spinoza appelle la «concatenacio subjecti et praedicati», c’est à dire la systématicité intérieure du dire. La pensée n’est pas séparable de son mouvement, un mouvement qui peut être porté à l’infini et atteindre parfois des vitesses inouïes. Gilles Deleuze définit l’œuvre d’art ( peinture, musique ou poème ) comme «un bloc de sensations, c’est à dire un composé de percepts et d’affects». Si le but de l’art, avec les moyens du matériau, c’est d’arracher le percept aux perceptions d’objet et aux états d’un sujet percevant, ou d’arracher l’affect aux affections, ne faut-il pas faire la même chose avec le concept par rapport aux idées et aux opinions ? Cela suppose en tout cas un sérieux et constant travail sur le langage. A cet égard, les écrivains dont le travail est l’organisation du mouvement de la parole dans l’écriture, ne sont pas dans une autre situation que les peintres et les musiciens. Penser est donc aussi un art si et quand penser, c’est inventer de nouveaux rapports entre affect et concept. Il faut alors autant d’affect que de concept, et plus il y a d’affect, plus il y a de chance qu’il y ait du concept !

Penser n’est pas imaginer. Penser n’est pas simplement se souvenir. L’art de penser, comme tout art, est inventeur d’affect. Voilà ce qu’il faudrait élucider pour saisir le rapport entre la liberté, l’infini et la pensée de la modernité. Je vous propose pour cela de repartir de la pensée de Baudelaire, de sa conception de la modernité, qui justifie la chaîne de l’histoire de l’art par son présent. Je ne sais si le terme de modernité a été produit par Baudelaire lui-même. Toujours est-il qu’il est recensé pour la première fois en 1849, trois ans après l’entrée de Baudelaire dans la critique d’art, au moment précis de l’invention de la photographie, et il exprime alors la conscience d’une rupture. Comme tout cela n’est sans doute pas arrivé par hasard, n’est-ce pas à partir de cette conception de la modernité chez Baudelaire que nous avons d’abord à nous resituer pour faire le lien avec ce que nous sommes en train de vivre et répondre à cette question : « qu’est-ce qui est moderne aujourd’hui ? ». N’ayant pas d’idée critique, éprouvée et rigoureuse, de la modernité, comment pourrions-nous être sûrs d’être modernes ? De le rester ? De savoir ce que c’est maintenant ? A peine pouvons-vous dire ce qu’elle n’est pas : la propriété d’un objet, une qualité, un style, l’avant-garde ou la rupture qui l’objective…

A relire tout ce que Baudelaire a écrit sur la modernité, j’ai été frappé par le dédoublement et l’instabilité de ce concept au moment même de son invention, comme s’il y avait contradiction entre les définitions successives et que ce concept ne pouvait subsister que dans un perpétuel état naissant. Ne s’intéressant qu’à la «petite vie» après avoir empli ses vers d’images interdites et frisé la pornographie, Baudelaire disloque allègrement les vieilles dualités, déplace les oppositions classiques et déstabilise les définitions en traversant l’art de son époque. Même s’il y a de quoi y perdre mon latin et si cela demande encore réflexion, j’ai le sentiment d’avoir là de quoi répondre aux vœux d’Yvette et de Jean-Marie de recentrer le débat, et de préciser la métaphore du vin et des outres que Dominique trouve décidément imbuvable. Le forum est largement ouvert. Essayons d’y affiner ensemble l’enchaînement de nos pensées.

Daniel Moline

Bonjour Jean-Marie,

Vous pouvez encore découvrir des choses dans ce conte.
Le jardind’Eden, ou la plaine de vérité... n’est pas un pays idéal, utopique... c’est un “état” de l’être humain.
Les hommes s’excluent du jardin, s’emmurent dans leur caverne, dés lors qu’ils croquent la pomme de la connaissance, qu’ils  comparent, expliquent, en interpretant les images projetées par le “feu central” (la pensée), les souvenirs des affections, des altérations... des “traces” enregistrées par le corps, durand les instants où l’homme vit le présent... à “l’extérieur”. 

Comprenant le mécanisme de la pensée, on en conclu que l’Art ne peut être que cet activité, cet objet, cette perception... qui va extirper l’homme de sa grotte.
C’est pourquoi il faut d’abord comprendre ce que nous sommes, pour “comprendre” l’Art.

Daniel,

Laissons de coté Spinoza, c’était un garçon un peu torturé du bocal :-).
Si nous prenons par exemple son traité de l’amendement de l’intellect, texte un peu rébarbatif et inachevé... Platon à expliquer la même chose en trois mots : Contemplez avec étonnement.

Vous me dites penser, c’est inventer de nouveaux affects, de nouveaux concept...
Notre pensée ne peut rien inventer.
Revenons sur ce concept nouveau du “baradoune”, ce n’est rien d’autre qu’un assemblage d’éléments connus, un assemblages d’images, de souvenirs d’éléments connus.
Il n’y à là rien de nouveau.

Lorsque vous évoquez la modernité, ce concept “nouveau”... vous nous apportez encore la preuve que nous sommes incapable de “l’inventer”, ou, comme vous dites: nous ne pouvons que l’appréhender par ce qu’il n’est pas, la négation... d’éléments connus.

De toute façon, cette “modernité”, ne serait rien d’autre qu’une “nouvelle étagère”.
Si l’artiste crée, en se préocupant de cette nouvelle étagère, c’est à dire en appliquant des préceptes, des critères, des normes... il n’y aurait là aucune création, juste une mise en pratique d’une théorie imposée. On retombe dans l’exemple donné par Jean-Marie, sur ce jeune peintre du moyen age, ou vous substituer les bondieuseries par d’autre critères imposés.

De même Jean-Marie, vous nous donnez des pistes à explorer pour définir cette modernité.
Ces pistes sont des chemins déja tracés, qu’il faudrait suivre!!!  Il n’y a là aucune liberté.

Si cette modernité est d’être libre... il faudrait être libre sans appliquer de principe de liberté ??? :-)

Est ce que pour autant il faut accepter tout et n’importe quoi ?


Bonjour Gil.

Je viens de lire votre message. J'avoue ne pas très bien comprendre votre texte. Aidez-moi. Pouvez-vous m'expliquer ce que vous entendez par "création", "liberté" ou "principe de liberté" ? Pouvez-vous me donner un exemple concret et détaillé à partir de la création d'une de vos oeuvres par exemple ? Comment avez-vous fait pour réaliser cette création particulière en y appliquant votre principe de liberté ? Comment cette expérience a-t-elle commencé ? Comment s'est-elle passée ? Que pouvez-vous m'en dire qui me permettra de bien vous comprendre ?

Daniel

Bonjour à tous,

 

Je vais essayer de "définir", de "décrire" cet état de création.

 

Imaginons une goutte d’eau dégoulinant le long d’un mur vertical. Cette goutte descend le long de la paroi, sous l’action de la gravité terrestre. Imaginons encore, que cette goutte d’eau soit une créature vivante, doté d’une conscience, avec la faculté de faire des choix.

Cette goutte descend le long du mur, le haut du mur est son passé, le bas du mur son avenir. A un moment donné la goutte rencontre un obstacle qui stoppe  sa progression. Doit elle prendre la voie de droite ou la voie de gauche ?

 

Première solution, la goutte s’avance vers l’obstacle, entre en contact avec lui, et se sert de sa sensibilité. Elle s’aperçoit en continuant à couler, que la surface est plus douce à droite, et plus rugueuse vers la gauche, la progression est plus aisée par la droite, elle continue donc dans cette direction…

Deuxième solution ; la goutte d’eau va utiliser son savoir, son expérience. En effet hier elle a rencontré un obstacle similaire, plus haut, elle a pris à gauche, et cela lui a réussi… donc elle va prendre encore à gauche, par sécurité.

 

Dans le premier cas la goutte reste en contact avec l’obstacle, elle à tous ses sens en alerte pour réagir dans l’instant…et ce qui la dirige… c’est le "bien être" ressenti.

Dans le deuxième cas, la goutte n’a pas de contact avec l’obstacle, elle interprète, elle visionne les images de son passé, de ses souvenirs… elle "est dans sa grotte", coupée du monde, elle ne prend plus en compte les infos qui lui viennent de ses sens.

 

Lorsque l’artiste crée, il est, ou devrait être, dans le premier cas, c'est-à-dire suivre sa sensibilité, guidé par cette nécessité intérieure  comme l’appelait Kandinsky, le bien être ressenti.

Dans cet état de perception, l’artiste est entièrement libre… Les règles, les principes, les concepts, les classifications, la modernité… sont des nécessités extérieures, qui s’adressent à sa réflexion, sa raison, sa pensée… l’artiste ne les perçoit plus.

 

Ce que ressent l’artiste lorsqu’il crée, le spectateur le ressentira en l’observant.

Lorsque le musicien crée sa mélodie, il est guidé par ce bien être ressenti (Mozart disait : Mon Art est de trouver les notes qui s’aiment, qui vont bien ensemble). Il suffit d’écouter sa musique pour se laisser emporter à son tour.

Lorsque le chef cuisinier prépare un met, il est guidé lui aussi par ce bien être ressenti. Lorsque l’on goutte ses plats, la magie opère également.

Il devrait en être de même dans l’Art. Les discours n’ont pas lieu d’être. Il suffit de contempler, pour savoir si on est face à une œuvre d’Art, ou une banale réalisation.

 

Cet état de bien être ressenti, est universel, intemporel. L’homme ne pourra jamais le connaître, le définir… car sa conscience, sa pensée est absente lorsqu’il le vit (L’homme est en dehors de la caverne). De plus cet état fait parti de cette fluidité de la vie, évoquée plus haut, il est impossible à figer.

Définir l’Art par une modernité, ou autre chose n’a pas vraiment d’intérêt, puisque cette définition ne participe pas à la création et sera une gêne pour apprécier une oeuvre.

 

Jean-Marie lorsque vous dites : "Maintenant que l’individu peut créer jusqu'à plus soif… laissons le faire".

Entièrement d’accord avec vous… s’il est guidé par cette nécessité intérieure, "ce bien être ressenti".

 

Gil.


Gil, bonjour

Merci pour votre  volonté de poursuivre le dialogue sur ce forum en étant transparent … comme une goutte d’eau. Votre allégorie (dans allégorie, il y a agora, agora=forum) vous rend très accessible … mais extrêmement vulnérable.

Je crois que je vous ai compris à 94,5 % (ce n’est pas mal ce système de cotation de compréhension, je l’utiliserai encore à l’occasion). Avant d’expliquer/ de compliquer les choses (barrer la mention inutile) une autre fois, lorsque j’aurai plus de temps, je résume mon point de vue avant de …m’ « allonger » ( ?) une prochaine fois :

Comme j’hésite encore sur votre vision initiale de la création, je vous propose donc l’alternative suivante :

Si selon vous, le bonheur de créer est « premier » (j’ai envie de dire primaire mais vous y verrez le sens négatif de simpliste et borné alors que je l’utilise dans le même sens que « couleur primaire)  je l’assimile aux « rêveries » de  Jean-Jacques Rousseau : L'homme naît naturellement bon, c'est la société qui le corrompt. (là, je tends une perche à Daniel)

Dans ce cas, je vous renvoie à l’une de mes interventions antérieures et à mes « images » de l’enfant et de l’adulte autodidacte sauvage qui sont en quelque sorte l’antidote du mythe du bon sauvage cher à Rousseau.

Si selon vous, le bonheur de créer est « dernier », je vous propose comme image comparative l’état d’éveil cher au bouddhisme que la plupart n’atteigne jamais compte tenu de l’effort que cela nécessite.

J’assimile ici cet aboutissement de la pensée à la capacité de création « pure » à un cheminement comparable aux arts martiaux. Vous commencez avec une ceinture blanche et après de nombreuses années où vous en voyez de toutes les couleurs (sic), vous êtes récompensé ... par une ceinture blanche. Dans cet état de maîtrise vous « revenez » dans la pureté de l’enfant avec les capacités de l’adulte. Cet état a permis de dire à un peintre comme Picasso : j’ai retrouvé l’âme et le dessin de l’enfant... après avoir franchi toutes les périodes qu’on lui connaît ...et en commençant très jeune par des dessins de qualité académique sous la férule (ah, le vrai mot qui a glissé dans son sens ! au départ c'était une petite palette avec laquelle on frappait la main des enfants en faute… tiens - association d'idée - dans les monastères, le maître ne frappe-t-il pas sur la tête des moinillons déconcentrés dans leur méditation vers l’éveil ?) de son père.

Entre l’état « premier » et l’état « dernier », il y a la notion d’effort dans la connaissance et dans la technique propre à la discipline choisie.... sauf pour un génie comme Mozart ... qui avait quand même appris les notes avec son papa.

Mais...pensez-vous que l'on puisse jouer une partition de Mozart à l'oreille?

Au plaisir de vous lire,

Jean-Marie

Gil a dit :

Bonjour à tous,

 

Je vais essayer de "définir", de "décrire" cet état de création.

 

Imaginons une goutte d’eau dégoulinant le long d’un mur vertical. Cette goutte descend le long de la paroi, sous l’action de la gravité terrestre. Imaginons encore, que cette goutte d’eau soit une créature vivante, doté d’une conscience, avec la faculté de faire des choix.

Cette goutte descend le long du mur, le haut du mur est son passé, le bas du mur son avenir. A un moment donné la goutte rencontre un obstacle qui stoppe  sa progression. Doit elle prendre la voie de droite ou la voie de gauche ?

 

Première solution, la goutte s’avance vers l’obstacle, entre en contact avec lui, et se sert de sa sensibilité. Elle s’aperçoit en continuant à couler, que la surface est plus douce à droite, et plus rugueuse vers la gauche, la progression est plus aisée par la droite, elle continue donc dans cette direction…

Deuxième solution ; la goutte d’eau va utiliser son savoir, son expérience. En effet hier elle a rencontré un obstacle similaire, plus haut, elle a pris à gauche, et cela lui a réussi… donc elle va prendre encore à gauche, par sécurité.

 

Dans le premier cas la goutte reste en contact avec l’obstacle, elle à tous ses sens en alerte pour réagir dans l’instant…et ce qui la dirige… c’est le "bien être" ressenti.

Dans le deuxième cas, la goutte n’a pas de contact avec l’obstacle, elle interprète, elle visionne les images de son passé, de ses souvenirs… elle "est dans sa grotte", coupée du monde, elle ne prend plus en compte les infos qui lui viennent de ses sens.

 

Lorsque l’artiste crée, il est, ou devrait être, dans le premier cas, c'est-à-dire suivre sa sensibilité, guidé par cette nécessité intérieure  comme l’appelait Kandinsky, le bien être ressenti.

Dans cet état de perception, l’artiste est entièrement libre… Les règles, les principes, les concepts, les classifications, la modernité… sont des nécessités extérieures, qui s’adressent à sa réflexion, sa raison, sa pensée… l’artiste ne les perçoit plus.

 

Ce que ressent l’artiste lorsqu’il crée, le spectateur le ressentira en l’observant.

Lorsque le musicien crée sa mélodie, il est guidé par ce bien être ressenti (Mozart disait : Mon Art est de trouver les notes qui s’aiment, qui vont bien ensemble). Il suffit d’écouter sa musique pour se laisser emporter à son tour.

Lorsque le chef cuisinier prépare un met, il est guidé lui aussi par ce bien être ressenti. Lorsque l’on goutte ses plats, la magie opère également.

Il devrait en être de même dans l’Art. Les discours n’ont pas lieu d’être. Il suffit de contempler, pour savoir si on est face à une œuvre d’Art, ou une banale réalisation.

 

Cet état de bien être ressenti, est universel, intemporel. L’homme ne pourra jamais le connaître, le définir… car sa conscience, sa pensée est absente lorsqu’il le vit (L’homme est en dehors de la caverne). De plus cet état fait parti de cette fluidité de la vie, évoquée plus haut, il est impossible à figer.

Définir l’Art par une modernité, ou autre chose n’a pas vraiment d’intérêt, puisque cette définition ne participe pas à la création et sera une gêne pour apprécier une oeuvre.

 

Jean-Marie lorsque vous dites : "Maintenant que l’individu peut créer jusqu'à plus soif… laissons le faire".

Entièrement d’accord avec vous… s’il est guidé par cette nécessité intérieure, "ce bien être ressenti".

 

Gil.

Bonjour Jean-Marie,

 

L’épisode de l’enfant sauvage nous prouve que survivre seul, démunie de tout, dans un environnement hostile… est une expérience traumatisante. L’église y a vue la preuve que l’homme sans Dieu n’est qu’une bête… L

 

En tout cas, cela prouve que sans enseignement, ce gamin à fait preuve d’inventivité et de créativité pour survivre.

 

Si la plupart n’atteignent jamais l’éveil… c’est parce qu’ils sont convaincus, comme vous semblez le penser aussi, que cet état s’atteint par un effort, un enseignement, une méthode…

Ces  moinillons que leur maître tape sur la tête, n’ont pas plus de chance d’atteindre l’éveil, qu’un chrétien de monter au ciel.

 

Pensez vous que l’on puisse créer une œuvre musicale sans oreille ? J

 

Mozart a appris les notes avec son papa… il doit bien y avoir des milliers, sinon des millions de gamins qui ont appris les notes avec leur papa, mais créer, cela ne s’apprend pas. J

 

Gil.



Bonjour Gil,

-          Moi, je ne saurai donc pas l’état béat dans lequel tu créas !

 C’est une création spontanée en forme de poésie (si je dis que c’est une poésie et si je le crois, à vous de me prouver le contraire !) qui me vient à l’esprit en lisant votre dernière réponse.

Votre avant dernière réponse répondait clairement aux questions en forme d’ultimatum de Daniel; j’avais aussi apprécié votre allégorie (mot qui contient agora-> agora = forum-> volonté de rencontrer les gens sur un pied d’égalité langagière-> merci pour cette approche) de la goutte d’eau.

Mais à mon propos précédent qui vous proposait une alternative de phénomènes et leur corollaire (pour faire bref : création dans la béatitude innée -> enfant/adulte autodidacte sauvage ou création dans la béatitude acquise -> Connaissances avec capacité d’un retour aux sources), vous ne me répondez qu’en jonglant et en pirouettant avec des épiphénomènes de second et troisième degré.

En effet, vous soulignez le traumatisme subi par l’enfant - loup, sa capacité de survie  mais vous ne vous posez pas la question de sa relation avec la création artistique ; vous relevez l’échec des moinillons à l’Eveil alors que je vous parle de l’Eveil ; vous évoquez  l’ouïe  qui va évidemment de soi comme condition nécessaire mais certainement pas suffisante quand je vous mets au défi de jouer une partition de Mozart à l’oreille et qu’en même temps je pense à ces musiciens du concours reine Elisabeth qui à la chapelle musicale font preuve de créativité à partir de la créativité de Mozart par exemple en recommençant pendant des heures une partition pour atteindre toutes les nuances d’une composition musicale alors qu’il ont déjà – cela va de soi dans ce contexte - une connaissance parfaite du piano.

En étant très attentif à vos mouvements d’écriture, je crois cependant comprendre que selon vous la création artistique ouvre à l’Eveil ( vous qualifiez les gens ayant atteint cet état, d’Illuminé  ou provient d’un état d’Eveil naturel, propre à l’Homme  qui est accessible sans effort si on « ouvre » ses sens.   

Je peux vous rejoindre et comprendre cet état second, origine et/ou aboutissement de la création artistique mais je continue à croire que les instruments de cette « révélation » se méritent par la connaissance et l’apprentissage.

Voici le moment venu d’un petit crocrit pour mieux vous faire comprendre mon point de vue  sur le caractère passif de cette « béatitude » créatrice et finalement de son inutilité si elle n’est pas (comme Alexandre le bienheureux ) exploitée, extraite (oui, j’ai utilisé à dessein des mots qui évoquent, l’effort, comme l’exploitation d’une mine, l’extraction de l’or) par des instruments plus ou moins durement acquis.

Voici la photo d’une œuvre abstraite ; je puis vous jurer qu’elle a été réalisée sans effort, dans une parfaite liberté d’esprit et dans le bonheur complet.

- Avec un pinceau ? où allez-vous ! utiliser un pinceau alors que l’usage d’un pinceau nécessite un apprentissage : entre le barbouillage d’un pinceau enfantin aux poils écrasés et l’élégance d’un pinceau japonais qui se tient  avec un œuf fictif  au creux de la main, il y a pas mal d’effort.  

-Les couleurs ?  couleurs  primaires, secondaires, tertiaires, c’est quoi cela? elles sont venues comme cela, l’artiste les trouvait bien, il les a acceptées.

-Une œuvre concrète ? c’est quoi cela ? ah, oui avec du dessin au départ! Vous n’y pensez pas, le dessin, des années d’efforts, très peu pour l’artiste !  La perspective, les visages à 1/3,1/3,1/3 cela va pervertir la fraîcheur de son regard !

-L’émotion ? Où est l’émotion ? l’auteur trouve qu’il y en a beaucoup. Les rouges sont ceux d’un cœur meurtri qui retiennent leurs cris dans ce qui est à la fois lave et rivage telle une ile volcanique en éruption aux rives incertaines. La passion violente exprimée résiste à une lente glissade vers les bruns du néant et n’a comme autre possibilité aussi néantisante que de remonter à contre-courant dans la froideur des bleus d’une mer spirituelle où l’expression de la passion se perd dans la frigidité d’une raison qui tend vers l’absolu.    

Donc voici une œuvre dans sa perfection première, dans la pureté d’une création béate. Elle ne porte pas de nom sinon le nom (petite musique là !...) de « sans titre ». En effet si l’artiste donne le titre de « fusion » ou de « passion fulgurante » ou de « lave, mon âme, lave » (tiens, cela c’est très beau), je puise dans la culture, dans la connaissance et l’artiste est déjà en train d’insuffler par associations d’idées du savoir dans une œuvre qui peut s’en passer ; Par ailleurs, il ferme le champ de l’imaginaire du spectateur qui doit être libre de faire son chemin tout seul dans l’œuvre.   

Vous me dites : c’est tout et n’importe quoi ! Oui, certainement aux yeux des membres du jury du salon du début de ce forum (souvenez-vous, Manet refusé, Gervex accepté)  qui n’avaient  pas NOTRE perspective sur LEUR modernité.

Mais vous qui admettez le « bon » art d’aujourd’hui, si vous n’admettez pas « sans titre » comme une œuvre d’art issue d’un artiste créatif, il faudra citer vos critères et leur origine.

Qu’est ce qui empêche l’artiste de considérer son « action » portant le titre de « sans titre » comme une création artistique ? Il a d’abord eu une immense satisfaction à la réaliser en connexion parfaite avec sa « zone » d’Eveil. Ensuite son regard est satisfait (et pourquoi pas le regard d’un spectateur potentiel) ses références artistiques l’admettent (pour faire bref : au niveau de l’émotion du spectateur et de son approche de l’œuvre : Duchamp et ses ready-made, Klein et ses empreintes de femmes en bleu et ses monochromes, etc.. ; au niveau des prédécesseurs dans ce genre d’abstraction : Joseph Marioni, Günther Förg, Jim Dine, Morris Louis, Sam Francis…premiers trouvés dans le genre en feuilletant «  l’art au xxe siècle »

 Et si de votre côté, vous citiez quelques artistes actuels répondant à vos critères au sujet de la création « illuminée », on ferait peut-être un nouveau pas vers une compréhension mutuelle et l’on reviendrait de cette manière à la modernité, à l’origine de ce débat initié par Daniel !

Bien cordialement ,

Jean-Marie

 



Gil a dit :

Bonjour Jean-Marie,

 

L’épisode de l’enfant sauvage nous prouve que survivre seul, démunie de tout, dans un environnement hostile… est une expérience traumatisante. L’église y a vue la preuve que l’homme sans Dieu n’est qu’une bête… L

 

En tout cas, cela prouve que sans enseignement, ce gamin à fait preuve d’inventivité et de créativité pour survivre.

 

Si la plupart n’atteignent jamais l’éveil… c’est parce qu’ils sont convaincus, comme vous semblez le penser aussi, que cet état s’atteint par un effort, un enseignement, une méthode…

Ces  moinillons que leur maître tape sur la tête, n’ont pas plus de chance d’atteindre l’éveil, qu’un chrétien de monter au ciel.

 

Pensez vous que l’on puisse créer une œuvre musicale sans oreille ? J

 

Mozart a appris les notes avec son papa… il doit bien y avoir des milliers, sinon des millions de gamins qui ont appris les notes avec leur papa, mais créer, cela ne s’apprend pas. J

 

Gil.



Je profite d’un moment libre pour repasser sur le forum et donner de mes nouvelles. Mon travail sur le concept de modernité chez Baudelaire est en cours, mais cela me demandera plus de temps que prévu. Je vous demande donc un peu de patience.

Par ailleurs, je trouve que les interventions de Gil et Jean-marie vont dans le bon sens, car elles nous obligent à reformuler et préciser nos idées. Il est clair aujourd'hui que chacun d’entre nous arrive dans un monde «formaté» dominé par des émotions et des croyances, qu’un immense champ de forces est déjà organisé avec des positions sociales, des intérêts contradictoires, des pouvoirs et des idéologies antagonistes, qu’un filtre mythique structure nécessairement notre appareil perceptuel, même si on peut élargir ce filtre et changer ces croyances pour écouter, sentir, penser et agir autrement dans la rumeur océanique de l’ordinaire.

L’homme est le chaos dans la perfection: notre équilibre dépend de paramètres dont la caractéristique fondamentale est notre extrême sensibilité aux conditions initiales de notre existence. Et le monde n’est pour sa plus grande part que notre rapport au monde. Pour m’en tenir au seul langage, chaque langue témoigne d'une option singulière dans l'exploration et la représentation que les hommes font de la réalité: une manière particulière qu'a l'univers de leur apparaître. Ainsi, la phonétique, la syntaxe, la grammaire d'une langue fonctionnent ensemble selon une même logique interne, et constituent chaque fois l'expression d'une attitude, d'une sensibilité, d'un choix spécifique face à l'univers, bref, ce qui constitue une culture. Au sein de la seule civilisation occidentale, et en dépit des racines linguistiques communes qu'elles peuvent avoir, les grandes langues témoignent d'une expérience chaque fois unique du corps, de l'espace et du temps.

Une autre question intéressante soulevée par plusieurs intervenants concerne le support, le médium ou la technique, question qui relèverait plutôt de l’outre que du vin (?). Et c’est vrai que la question de la technique doit être prise au sérieux dans un monde où les techniques sont de plus en plus fines et intégrées à la construction des « œuvres ». Je pense à toutes les manipulations de l’image et tous les effets époustouflants autorisés par l’informatique (Adobe® Photoshop® CS, Photo Booth, etc…) N’oublions pas que l’invention de la photographie coïncide avec la naissance de la modernité. Courbet qui la reçoit à ses vingt ans, repère sur des clichés de Vallou de Villeneuve d’un modèle nu qu’il connaît, que les conventions classiques faussent l’image de la femme et sa re-présentation. Courbet va relever ce défi. Et c’est la scandale des Baigneuses de 1853 ! Avec la photographie, il s’est produit un saut qualitatif. Au lieu que le travail cérébral ne serve qu’à ce que Picasso rejettera comme « trucs » qui faussent la réalité, le voici promu à la création même de la peinture ! C’est alors que le renversement du métier de peindre s’est affirmé radicalement. C’est ce qui explique que ni l’académisme ni l’impressionnisme ne correspondent à un style. Picasso poursuivra ce renversement annonciateur de nouveaux égarements. Son œil verra bientôt glisser les fragments du monde l’un sur l’autre dans un même plan. Son regard percutera l’objet et le fera éclater avant de ramener tout à l’inépaisseur du plan. Caractère cérébral de l’espace : sa création ressemble à une opération mentale. Ni chaleur ni intimité de la vie : le pur regard analytique et bidimentionnel de Picasso tue le contact. L’émotion s’alimente surtout à la frayeur des désintégrations qui s’opèrent…

Un dernier mot sur les messages que je reçois de ceux qui visitent notre forum sans s’y manifester. Il y a en effet tous ceux qui passent sans rien dire. Leur intérêt discret pour ce débat difficile me fait penser que nous nous posons de vraies questions. Comme si on ne pouvait plus aujourd’hui séparer la réflexion sur l’art de la réflexion sur la modernité.

Daniel Moline

Une catastrophe, Gil, Daniel, je vous  le dis et à vous tous aussi, c’est une vraie catastrophe ! Comment est-ce possible qu’un artiste se laisse aller à d’aussi tristes penchants !Je vous raconte : c’est arrivé pendant ce week-end ! J’étais allé voir truc troc avec un ami … et il a profité de mon absence...une journée d’inattention de ma part et il m’a fait ce coup là, moi son plus fidèle admirateur! (je suis bien placé pour le savoir, moi c’est lui, lui c’est moi)

Vous vous souvenez, je vous avais montré sa dernière (et sa première ) œuvre abstraite, je vous la montre de nouveau pour bien vous faire sentir son obstination vers … quoi, on se le demande… une certaine modernité m’a-t-il dit ( Mathilde…Mathilde? Ce n’est pas elle qui l’a traité ainsi, c’est lui qui s’est parlé à lui-même !), un vrai fou, je vous le dis un vrai fou !

Voilà, regardez, vous le constatez avec moi, c’était déjà presque vendu !   


Une merveille issue d’une création parfaite dans le bonheur de la contemplation pure des couleurs travaillant d’elles-mêmes dans les hasards d’une palette posée à plat à la source même  de la création, sans pinceau, sans intervention d’aucune sorte, de la nature pure, des couleurs pures  pour une pensée pure, l’ultime, l’absolue perfection; je me demande ce qu’on aurait encore pu faire après ! Et Môôôsieur l’Artiste, voyez comme il me l’a cochonné… un vrai iconoclaste ! Oh, excusez ce juron style capitaine Haddock, mais quand je suis vraiment hors de moi, je ne sais pas où je vais les chercher ! et dans pareille circonstance d’intériorisation, cela m’est vraiment pénible de rester simple dans mon cerveau/esprit/pensée/âme (barrez les mentions inutiles pour vous) (et voilà l’autre qui s’amène, mon Jimmy Cricquet  au dictionnaire ; - oui, Dicorob, qu’est-ce qu’il y a encore ? … Ben… - Qui c’est encore celui-là ? ben, l’interjection , Bin, quoi pas Ben l’artiste qui gagne un argent fou en écrivant en blanc sur tout , - Ben (bin), je te préviens …intérioriser est dedans mais pas intériorisation ! - à partir d’aujourd’hui, il y est, et va voir ailleurs pour voir si j’y suis, tu ne vois pas que je suis occupé !) . Et voilà les dégâts!



Et voilà, ce qu’il en reste… quoique….en regardant bien… Changements climatiques…typhon sur les îles… un peu de sirop dans mon langage lors d’une exposition chez des amateurs d’art un peu écologistes …. Et puis de toute façon, il y a déjà eu Rymann, peinture blanche sur fond blanc… alors!

Enfin, malgré ma honte, je vais quand même me décider à vous montrer ce qu’à pondu, par je ne sais quelles associations d’idées,son cerveau/esprit/pensée/âme (barrez les mentions inutiles pour vous)  retors, oui retors ! je lui inflige ce mot comme une punition, comme un doigt le vrillant, le désignant à la vindicte publique, qu’on l’attache au pilori au milieu de ce forum, il l’a bien mérité avec ses couillonnades !        

Et comme l'Amédée bien connu de tout bon belge, je terminerai avec le sacramentel:

- on s'amuse, hein gaillard!

Bien cordialement,

Jean-Marie

 

Daniel Moline a dit :

Je profite d’un moment libre pour repasser sur le forum et donner de mes nouvelles. Mon travail sur le concept de modernité chez Baudelaire est en cours, mais cela me demandera plus de temps que prévu. Je vous demande donc un peu de patience.

Par ailleurs, je trouve que les interventions de Gil et Jean-marie vont dans le bon sens, car elles nous obligent à reformuler et préciser nos idées. Il est clair aujourd'hui que chacun d’entre nous arrive dans un monde «formaté» dominé par des émotions et des croyances, qu’un immense champ de forces est déjà organisé avec des positions sociales, des intérêts contradictoires, des pouvoirs et des idéologies antagonistes, qu’un filtre mythique structure nécessairement notre appareil perceptuel, même si on peut élargir ce filtre et changer ces croyances pour écouter, sentir, penser et agir autrement dans la rumeur océanique de l’ordinaire.

L’homme est le chaos dans la perfection: notre équilibre dépend de paramètres dont la caractéristique fondamentale est notre extrême sensibilité aux conditions initiales de notre existence. Et le monde n’est pour sa plus grande part que notre rapport au monde. Pour m’en tenir au seul langage, chaque langue témoigne d'une option singulière dans l'exploration et la représentation que les hommes font de la réalité: une manière particulière qu'a l'univers de leur apparaître. Ainsi, la phonétique, la syntaxe, la grammaire d'une langue fonctionnent ensemble selon une même logique interne, et constituent chaque fois l'expression d'une attitude, d'une sensibilité, d'un choix spécifique face à l'univers, bref, ce qui constitue une culture. Au sein de la seule civilisation occidentale, et en dépit des racines linguistiques communes qu'elles peuvent avoir, les grandes langues témoignent d'une expérience chaque fois unique du corps, de l'espace et du temps.

Une autre question intéressante soulevée par plusieurs intervenants concerne le support, le médium ou la technique, question qui relèverait plutôt de l’outre que du vin (?). Et c’est vrai que la question de la technique doit être prise au sérieux dans un monde où les techniques sont de plus en plus fines et intégrées à la construction des « œuvres ». Je pense à toutes les manipulations de l’image et tous les effets époustouflants autorisés par l’informatique (Adobe® Photoshop® CS, Photo Booth, etc…) N’oublions pas que l’invention de la photographie coïncide avec la naissance de la modernité. Courbet qui la reçoit à ses vingt ans, repère sur des clichés de Vallou de Villeneuve d’un modèle nu qu’il connaît, que les conventions classiques faussent l’image de la femme et sa re-présentation. Courbet va relever ce défi. Et c’est la scandale des Baigneuses de 1853 ! Avec la photographie, il s’est produit un saut qualitatif. Au lieu que le travail cérébral ne serve qu’à ce que Picasso rejettera comme « trucs » qui faussent la réalité, le voici promu à la création même de la peinture ! C’est alors que le renversement du métier de peindre s’est affirmé radicalement. C’est ce qui explique que ni l’académisme ni l’impressionnisme ne correspondent à un style. Picasso poursuivra ce renversement annonciateur de nouveaux égarements. Son œil verra bientôt glisser les fragments du monde l’un sur l’autre dans un même plan. Son regard percutera l’objet et le fera éclater avant de ramener tout à l’inépaisseur du plan. Caractère cérébral de l’espace : sa création ressemble à une opération mentale. Ni chaleur ni intimité de la vie : le pur regard analytique et bidimentionnel de Picasso tue le contact. L’émotion s’alimente surtout à la frayeur des désintégrations qui s’opèrent…

Un dernier mot sur les messages que je reçois de ceux qui visitent notre forum sans s’y manifester. Il y a en effet tous ceux qui passent sans rien dire. Leur intérêt discret pour ce débat difficile me fait penser que nous nous posons de vraies questions. Comme si on ne pouvait plus aujourd’hui séparer la réflexion sur l’art de la réflexion sur la modernité.

Daniel Moline

Répondre à la discussion

RSS

Enfin un réseau social modéré!!!

L'inscription sur le réseau arts et lettres est gratuite

  Arts et Lettres, l'autre réseau social,   créé par Robert Paul.  

Appel à mécénat pour aider l'éditeur de théâtre belge

Les oiseaux de nuit

   "Faisons vivre le théâtre"

Les Amis mots de compagnie ASBL

IBAN : BE26 0689 3785 4429

BIC : GKCCBEBB

Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Child Focus

Brussels Museums

      Musée belge de la franc-  maçonnerie mitoyen de l'Espace Art Gallery

Les rencontr littéraires de Bruxelles

Les rencontres littéraires de Bruxelles  que jai initiées sont annulées sine die. J'ai désigné Thierry-Marie Delaunois pour les mener. Il en assurera également les chroniques lors de leur reprise.
                Robert Paul

      Thierry-Marie Delaunois

Billets culturels de qualité
     BLOGUE DE              DEASHELLE

Quelques valeurs illustrant les splendeurs multiples de la liberté de lire

Sensus fidei fidelis . Pour J. enlevée à notre affection fin 2020

Bruxelles ma belle. Et que par Manneken--Pis, Bruxelles demeure!

Menneken-Pis. Tenue de soldat volontaire de Louis-Philippe. Le cuivre de la statuette provient de douilles de balles de la révolution belge de 1830.

(Collection Robert Paul).

© 2022   Créé par Robert Paul.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation