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A partir de quel niveau la création peut-elle être qualifiée d'artistique?

Où s'arrête l'artisanat commence l'art? Leurs frontières sont-elles élastiques?

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Réponses à cette discussion

ses presque sa mai le contraire l artisan es un artiste ne soi.. bien a vous l artisan
Sauf qu'un artisan ne crée pas toujours il peut aussi reproduire quelque chose qui n'est pas de lui. belle journée

drygalski raymond a dit :
ses presque sa mai le contraire l artisan es un artiste ne soi.. bien a vous l artisan
Je n'ai pas vu la crèche mais je puis très bien la croire "unique" car elle a été créée par une artiste qui y a mis toute son âme

Yvette Douchie a dit :
A mon humble avis (on ne parle ici que de gens reconnus par quelques uns, autres artistes, critiques, ou marchands, j'y inclus les comités de lecture) tout est question d'interprétation personnelle et aussi, j'ose dire le mot "marketing". Je me contenterai de mon ressenti personnel, sans tenir compte des interprétations des autres. Le monde de l'art est devenu un commerce. Heureux celui qui peint, écrit, fait de la musique chez lui en toute humilité et y trouve son bonheur sans narcissisme pour la joie de s'exprimer.
Les paroles de Picasso sont à la fois terribles et humbles car il a fait des chefs d'oeuvre, je parle des toiles qui m'ont inspirés de l'émotion.
Ainsi, je connais une "artiste" qui fait de tout, crayon, aquarelles, collage, pâte à sel, montage en tissu ... je lui ai demandé cette année de me faire une crèche (sans la moindre indication de ma part), personnages en pâte à sel: ma crèche est unique, elle a une "âme". Pour moi, c'est de l'art, un objet précieux ... pour d'autres ce ne sera que de la pâte à sel ...
Art ou artisanat.. je me demande si c'est si important de classifier , l'artisan d'art qui produit des objets uniques ne copie pas, simplement ses sources d'inspiration sont souvent traditionnelles , (autrefois il existait des recueils de poncifs auxquels chacun puisait et on ne trouvait pas que cela dévalorisait l'oeuvre); à ce que je peux savoir, en Asie, ce n'est pas si tranché que chez nous. dans nos pays occidentaux on aime les hiérarchies, il y aurait l'artiste avec son prestige et l'artisan, tellement plus "besogneux"...auquel on ne reconnaît souvent que l'excellence technique.
c'est à mon avis aussi faux qu'injuste.
D'autant que les artistes ont aussi des sources d'inspiration qu'ils n'avouent pas toujours et c'est normal, ce qu'on crée à mon avis n'est pas que "de" nous, où alors il faudrait avoir été imperméable à toute influence.. ce qui me paraît rigoureusement impossible. ce qu'on crée vient à nous et nous transmettons ce que nous en "filtrons", pour moi c'est simple nous travaillons tous à une oeuvre unique qu'on pourrait appeler "patrimoine" même si ce que nous faisions reste confidentiel ou inconnu, c'est important quand même.

Dans mon art, qui est textile, comme on nous disait sans cesse que les personnes qui s'inspiraient de la tradition(classées artisanes) n'avait aucune imagination, et que tout se ressemblait j'ai fait une étude crayon en main des créations dites innovantes ...des vrais artistes ou s'affirmant tels j'ai vite rempli un carnet de ressemblances dans les couleurs, les formes et les compositions sans parler des techniques elles-mêmes et des matières . Si la source est récente, chez nous, on pourra se dire artiste et si elle est ancienne on sera artisan ... même si avec cette source dite ancienne on fait des créations personnelles et fortes.Et moi qui m'inspire des deux , j'ai, pardonnez-moi l'expression, le derrière entre deux chaises!
Alors je dis que je suis créatrice en surfaces textiles (technicienne de surface, si on veut) .Le mot est plus neutre! Somme toute créer n'est pas forcément créer une oeuvre d'art , c'est composer soi-même quelque chose et à mon avis ce n'est jamais à partir de rien ! Après les autres, parfois ,mettent les étiquettes, moi je continue à créer comme je l'entends .
Tout cela me paraît très justement dit Jacqueline, comme tout ce que j' ai lu de vous dans ce forum d' ailleurs. Je trouve que vous nous donnez une vision très claire et juste des choses.
Ceci dit, je pense en effet qu' on ne "crée" jamais véritablement et en tout cas pas à partir de "rien", nous recyclons, réinterprètons des thèmes en fonction de notre sensibilité et de notre histoire personnelle. Cela nous replace effectivement dans une longue chaine commencée il y a très longtemps....
Merci Jacqueline!!

Jacqueline FISCHER a dit :
Art ou artisanat.. je me demande si c'est si important de classifier , l'artisan d'art qui produit des objets uniques ne copie pas, simplement ses sources d'inspiration sont souvent traditionnelles , (autrefois il existait des recueils de poncifs auxquels chacun puisait et on ne trouvait pas que cela dévalorisait l'oeuvre); à ce que je peux savoir, en Asie, ce n'est pas si tranché que chez nous. dans nos pays occidentaux on aime les hiérarchies, il y aurait l'artiste avec son prestige et l'artisan, tellement plus "besogneux"...auquel on ne reconnaît souvent que l'excellence technique.
c'est à mon avis aussi faux qu'injuste.
D'autant que les artistes ont aussi des sources d'inspiration qu'ils n'avouent pas toujours et c'est normal, ce qu'on crée à mon avis n'est pas que "de" nous, où alors il faudrait avoir été imperméable à toute influence.. ce qui me paraît rigoureusement impossible. ce qu'on crée vient à nous et nous transmettons ce que nous en "filtrons", pour moi c'est simple nous travaillons tous à une oeuvre unique qu'on pourrait appeler "patrimoine" même si ce que nous faisions reste confidentiel ou inconnu, c'est important quand même.

Dans mon art, qui est textile, comme on nous disait sans cesse que les personnes qui s'inspiraient de la tradition(classées artisanes) n'avait aucune imagination, et que tout se ressemblait j'ai fait une étude crayon en main des créations dites innovantes ...des vrais artistes ou s'affirmant tels j'ai vite rempli un carnet de ressemblances dans les couleurs, les formes et les compositions sans parler des techniques elles-mêmes et des matières . Si la source est récente, chez nous, on pourra se dire artiste et si elle est ancienne on sera artisan ... même si avec cette source dite ancienne on fait des créations personnelles et fortes.Et moi qui m'inspire des deux , j'ai, pardonnez-moi l'expression, le derrière entre deux chaises!
Alors je dis que je suis créatrice en surfaces textiles (technicienne de surface, si on veut) .Le mot est plus neutre! Somme toute créer n'est pas forcément créer une oeuvre d'art , c'est composer soi-même quelque chose et à mon avis ce n'est jamais à partir de rien ! Après les autres, parfois ,mettent les étiquettes, moi je continue à créer comme je l'entends .
Pour qu'il la création d'une oeuvre d'art existe, il faut faire place à l'esthétisme, les critères de composition, de perspective, d'unité, de diversité, de sonorité sont incontournables. Qu'on qualifie d'oeuvre d'art certaines "oeuvres" représentant la vision de l'artiste, je veux bien, mais on peut qualifier de chef-d'ouvre ou d'oeuvre d'art ces compositions ordinaires pour ne pas dire vulgaires. L'artiste qui maîtrise sa technique, son graphisme et qui déforme ensuite avec sensibilité, maîtrise et élégance possède de la valeur à mes yeux.

Didier Kahn a dit :
Tout cela me paraît très justement dit Jacqueline, comme tout ce que j' ai lu de vous dans ce forum d' ailleurs. Je trouve que vous nous donnez une vision très claire et juste des choses.
Ceci dit, je pense en effet qu' on ne "crée" jamais véritablement et en tout cas pas à partir de "rien", nous recyclons, réinterprètons des thèmes en fonction de notre sensibilité et de notre histoire personnelle. Cela nous replace effectivement dans une longue chaine commencée il y a très longtemps....
Merci Jacqueline!!

Jacqueline FISCHER a dit :
Art ou artisanat.. je me demande si c'est si important de classifier , l'artisan d'art qui produit des objets uniques ne copie pas, simplement ses sources d'inspiration sont souvent traditionnelles , (autrefois il existait des recueils de poncifs auxquels chacun puisait et on ne trouvait pas que cela dévalorisait l'oeuvre); à ce que je peux savoir, en Asie, ce n'est pas si tranché que chez nous. dans nos pays occidentaux on aime les hiérarchies, il y aurait l'artiste avec son prestige et l'artisan, tellement plus "besogneux"...auquel on ne reconnaît souvent que l'excellence technique.
c'est à mon avis aussi faux qu'injuste.
D'autant que les artistes ont aussi des sources d'inspiration qu'ils n'avouent pas toujours et c'est normal, ce qu'on crée à mon avis n'est pas que "de" nous, où alors il faudrait avoir été imperméable à toute influence.. ce qui me paraît rigoureusement impossible. ce qu'on crée vient à nous et nous transmettons ce que nous en "filtrons", pour moi c'est simple nous travaillons tous à une oeuvre unique qu'on pourrait appeler "patrimoine" même si ce que nous faisions reste confidentiel ou inconnu, c'est important quand même.

Dans mon art, qui est textile, comme on nous disait sans cesse que les personnes qui s'inspiraient de la tradition(classées artisanes) n'avait aucune imagination, et que tout se ressemblait j'ai fait une étude crayon en main des créations dites innovantes ...des vrais artistes ou s'affirmant tels j'ai vite rempli un carnet de ressemblances dans les couleurs, les formes et les compositions sans parler des techniques elles-mêmes et des matières . Si la source est récente, chez nous, on pourra se dire artiste et si elle est ancienne on sera artisan ... même si avec cette source dite ancienne on fait des créations personnelles et fortes.Et moi qui m'inspire des deux , j'ai, pardonnez-moi l'expression, le derrière entre deux chaises!
Alors je dis que je suis créatrice en surfaces textiles (technicienne de surface, si on veut) .Le mot est plus neutre! Somme toute créer n'est pas forcément créer une oeuvre d'art , c'est composer soi-même quelque chose et à mon avis ce n'est jamais à partir de rien ! Après les autres, parfois ,mettent les étiquettes, moi je continue à créer comme je l'entends .
Pour que la création d'une oeuvre d'art existe, il faut faire place à l'esthétisme, les critères de composition, de perspective, d'unité, de diversité, de sonorité sont incontournables. Qu'on qualifie d'oeuvre d'art certaines "oeuvres" représentant la vision de l'artiste, je veux bien, mais on ne peut qualifier de chef-d'ouvre ou d'oeuvre d'art ces compositions ordinaires pour ne pas dire vulgaires. L'artiste qui maîtrise sa technique, son graphisme et qui déforme ensuite avec sensibilité, maîtrise et élégance possède de la valeur à mes yeux.
Je vous comprends bien Caroline dans cette exigence que je respecte.
Que faire alors des artistes dits naïfs ou de l'art brut ? Séraphine de Senlis par exemple ou bien d'autres ?
que faire avec l'art conceptuel ? Je pense qu'il n'est pas qu'une voie pour arriver à l'art ou alors ce serait dire que pour être poète il faut absolument être maître en versification , ou tourner élégamment la métaphore, ce qu'hélas, beaucoup croient encore.Ne jugeons-nous pas tous ici , un peu d'après ce que nous croyons que l'art doit être alors qu' il existe, je crois, indépendamment de nous, mais nous sommes tellement impliqués dans nos propres démarches, qu'il nous est difficile de nous en abstraire et déjà de regarder ce que font les autres en nous en détachant suffisamment pour apprécier, tenter d'entrer dans leur (s) voie(s) , éprouver leurs oeuvres comme on éprouve une émotion par empathie. Je crois que cela s'apprend par le détachement à l'égard de ses pratiques et de ses convictions.Je ne dis pas que j'y parviens, mais j'aimerais.

Caroline Bruens a dit :
Pour que la création d'une oeuvre d'art existe, il faut faire place à l'esthétisme, les critères de composition, de perspective, d'unité, de diversité, de sonorité sont incontournables. Qu'on qualifie d'oeuvre d'art certaines "oeuvres" représentant la vision de l'artiste, je veux bien, mais on ne peut qualifier de chef-d'ouvre ou d'oeuvre d'art ces compositions ordinaires pour ne pas dire vulgaires. L'artiste qui maîtrise sa technique, son graphisme et qui déforme ensuite avec sensibilité, maîtrise et élégance possède de la valeur à mes yeux.
Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis. Exposition au Musée Maillol (mars 2009) Musique extraite du Stabat Mater d'Arvo Pärt


Suivi d'une "Petite critériologie des naïfs" (extrait de mon CD-ROM "Le Testament des Poètes"):
Ce sont les visionnaires du quotidien, les imagiers de la vie secrète, les fétichistes du souvenir, toujours occupés à défier candidement la logique ou à poétiser le banal.

Leur tendresse pour ces faubourgs du coeur où aiment à flâner les âmes simples en fait souvent les rêveurs d'une écologie idéale, les purificateurs d'un monde saturé de laideurs "machiniques", d'habitudes machinales et de profits machinés. Et en cela, ce sont bien des naïfs.

Mais jusqu'où peut-on leur donner la naïveté sans confession? On les suspecte de jouer les candides, les habiles maladroits de l'ingénuité... Mais faut-il être Tartufe dans la vie pour bien interpréter le rôle sur scène? Et faut-il avoir reçu la tonsure pour peindre "religieux"? De toute évidence "naïf" en art n'a pas le même sens que dans le langage courant. Car ce n'est pas la maladresse qui crée ici le genre, mais le genre qui s'accommode de la maladresse. Ce qui est très différent!

Bien que poètes de l'image-rêve, de l'événement-souvenir, du paysage-émotion, ces ingénus, parfois, quittent les rives de la sérénité bucolique pour des points de vue moins reposants. Par exemple, ils s'inquiètent de l'invasion tentaculaire des villes-béton sur la campagne. Les paysans fuient l'assaut des promoteurs, érigent des murailles protectrices, assiègent d'aléatoires bureaux de réclamations. Deux petits vieux à la fenêtre, contemplent résignés la forêt de façades qui les enferment déjà vivants dans un tombeau de pierre. Seul un arbre à fleurs survit miraculeusement dans l'encerclement étouffant des buildings. L'air est à l'oppression, que s'efforce d'apaiser par exemple des couleur pastellisantes aux douceurs de vieux rose et de lilas subtils...

Peinture plus idyllique, certes, que vraiment engagée, où l'on retrouve plus ou moins évidents les quatre caractéristiques, selon moi, de l'art naïf:

-le parfum d'innocence, ou si l'on veut, l'angélisme, qui fonde essentiellement le
genre.

-la poésie, sans laquelle il n'y a guère que prosaïsme ou platitude.

-la créativité, de préférence fortement personnelle et inventive, indispensable à tout art digne de ce nom qui veut échapper à la banalité.

-une certaine recherche d'absolu, festif, symbolique, hédoniste, religieux, social, métaphysique ou autre-nécessaire pour faire échapper l'oeuvre à l'insignifiance, au pur décoratif ou à la simple illustration.

Ces points, essentiels à mes yeux, doivent être tous présents, le dernier pouvant à la rigueur faire défait si les autres sont suffisamment marquants pour le représenter.

Certes tout cela reste bien théorique: la poésie ne se démontre pas comme un syllogisme, et la laideur, en art, peut même se muer en produit de beauté... Mais c'est "en trichant pour le beau" que l'on devient artiste. Aussi, quand surgissent les "mensonges" déroutants des perspectives approximatives ou des anatomies amidonnées, ne crions pas trop haut notre surprise offusquée. Il ne faut surtout pas réveiller ceux qui rêvent...


Jacqueline FISCHER a dit :
Je vous comprends bien Caroline dans cette exigence que je respecte.
Que faire alors des artistes dits naïfs ou de l'art brut ? Séraphine de Senlis par exemple ou bien d'autres ?
que faire avec l'art conceptuel ? Je pense qu'il n'est pas qu'une voie pour arriver à l'art ou alors ce serait dire que pour être poète il faut absolument être maître en versification , ou tourner élégamment la métaphore, ce qu'hélas, beaucoup croient encore.Ne jugeons-nous pas tous ici , un peu d'après ce que nous croyons que l'art doit être alors qu' il existe, je crois, indépendamment de nous, mais nous sommes tellement impliqués dans nos propres démarches, qu'il nous est difficile de nous en abstraire et déjà de regarder ce que font les autres en nous en détachant suffisamment pour apprécier, tenter d'entrer dans leur (s) voie(s) , éprouver leurs oeuvres comme on éprouve une émotion par empathie. Je crois que cela s'apprend par le détachement à l'égard de ses pratiques et de ses convictions.Je ne dis pas que j'y parviens, mais j'aimerais.

Caroline Bruens a dit :
Pour que la création d'une oeuvre d'art existe, il faut faire place à l'esthétisme, les critères de composition, de perspective, d'unité, de diversité, de sonorité sont incontournables. Qu'on qualifie d'oeuvre d'art certaines "oeuvres" représentant la vision de l'artiste, je veux bien, mais on ne peut qualifier de chef-d'ouvre ou d'oeuvre d'art ces compositions ordinaires pour ne pas dire vulgaires. L'artiste qui maîtrise sa technique, son graphisme et qui déforme ensuite avec sensibilité, maîtrise et élégance possède de la valeur à mes yeux.
Je pense que si l'artiste qui crée une oeuvre singulière et que c'est sa vision du monde, je suis d'accord avec vous. Si l'art conceptuel représente ou provoque réellement une émotion, soulève les passions et les émotions de celui qui regarde, je pense que c'est à ce point que la magie de l'oeuvre d'art opère. Je pense que l'espace de création de l'artiste doit être respecté. Certains artistes nous fascinent par l'élégance de leur gestuelle, même dans la plus élémentaire des esquisses, d''autres par la richesse de leur palette, les artistes ne laissent personnes indifférents. Il ne faut pas voir de laideur quand un artiste traite de vérité. La beauté transcende la laideur à ce moment.

Robert Paul a dit :
Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis. Exposition au Musée Maillol (mars 2009) Musique extraite du Stabat Mater d'Arvo Pärt


Suivi d'une "Petite critériologie des naïfs" (extrait de mon CD-ROM "Le Testament des Poètes"):
Ce sont les visionnaires du quotidien, les imagiers de la vie secrète, les fétichistes du souvenir, toujours occupés à défier candidement la logique ou à poétiser le banal.

Leur tendresse pour ces faubourgs du coeur où aiment à flâner les âmes simples en fait souvent les rêveurs d'une écologie idéale, les purificateurs d'un monde saturé de laideurs "machiniques", d'habitudes machinales et de profits machinés. Et en cela, ce sont bien des naïfs.

Mais jusqu'où peut-on leur donner la naïveté sans confession? On les suspecte de jouer les candides, les habiles maladroits de l'ingénuité... Mais faut-il être Tartufe dans la vie pour bien interpréter le rôle sur scène? Et faut-il avoir reçu la tonsure pour peindre "religieux"? De toute évidence "naïf" en art n'a pas le même sens que dans le langage courant. Car ce n'est pas la maladresse qui crée ici le genre, mais le genre qui s'accommode de la maladresse. Ce qui est très différent!

Bien que poètes de l'image-rêve, de l'événement-souvenir, du paysage-émotion, ces ingénus, parfois, quittent les rives de la sérénité bucolique pour des points de vue moins reposants. Par exemple, ils s'inquiètent de l'invasion tentaculaire des villes-béton sur la campagne. Les paysans fuient l'assaut des promoteurs, érigent des murailles protectrices, assiègent d'aléatoires bureaux de réclamations. Deux petits vieux à la fenêtre, contemplent résignés la forêt de façades qui les enferment déjà vivants dans un tombeau de pierre. Seul un arbre à fleurs survit miraculeusement dans l'encerclement étouffant des buildings. L'air est à l'oppression, que s'efforce d'apaiser par exemple des couleur pastellisantes aux douceurs de vieux rose et de lilas subtils...

Peinture plus idyllique, certes, que vraiment engagée, où l'on retrouve plus ou moins évidents les quatre caractéristiques, selon moi, de l'art naïf:

-le parfum d'innocence, ou si l'on veut, l'angélisme, qui fonde essentiellement le
genre.

-la poésie, sans laquelle il n'y a guère que prosaïsme ou platitude.

-la créativité, de préférence fortement personnelle et inventive, indispensable à tout art digne de ce nom qui veut échapper à la banalité.

-une certaine recherche d'absolu, festif, symbolique, hédoniste, religieux, social, métaphysique ou autre-nécessaire pour faire échapper l'oeuvre à l'insignifiance, au pur décoratif ou à la simple illustration.

Ces points, essentiels à mes yeux, doivent être tous présents, le dernier pouvant à la rigueur faire défait si les autres sont suffisamment marquants pour le représenter.

Certes tout cela reste bien théorique: la poésie ne se démontre pas comme un syllogisme, et la laideur, en art, peut même se muer en produit de beauté... Mais c'est "en trichant pour le beau" que l'on devient artiste. Aussi, quand surgissent les "mensonges" déroutants des perspectives approximatives ou des anatomies amidonnées, ne crions pas trop haut notre surprise offusquée. Il ne faut surtout pas réveiller ceux qui rêvent...


Jacqueline FISCHER a dit :
Je vous comprends bien Caroline dans cette exigence que je respecte.
Que faire alors des artistes dits naïfs ou de l'art brut ? Séraphine de Senlis par exemple ou bien d'autres ?
que faire avec l'art conceptuel ? Je pense qu'il n'est pas qu'une voie pour arriver à l'art ou alors ce serait dire que pour être poète il faut absolument être maître en versification , ou tourner élégamment la métaphore, ce qu'hélas, beaucoup croient encore.Ne jugeons-nous pas tous ici , un peu d'après ce que nous croyons que l'art doit être alors qu' il existe, je crois, indépendamment de nous, mais nous sommes tellement impliqués dans nos propres démarches, qu'il nous est difficile de nous en abstraire et déjà de regarder ce que font les autres en nous en détachant suffisamment pour apprécier, tenter d'entrer dans leur (s) voie(s) , éprouver leurs oeuvres comme on éprouve une émotion par empathie. Je crois que cela s'apprend par le détachement à l'égard de ses pratiques et de ses convictions.Je ne dis pas que j'y parviens, mais j'aimerais.

Caroline Bruens a dit :
Pour que la création d'une oeuvre d'art existe, il faut faire place à l'esthétisme, les critères de composition, de perspective, d'unité, de diversité, de sonorité sont incontournables. Qu'on qualifie d'oeuvre d'art certaines "oeuvres" représentant la vision de l'artiste, je veux bien, mais on ne peut qualifier de chef-d'ouvre ou d'oeuvre d'art ces compositions ordinaires pour ne pas dire vulgaires. L'artiste qui maîtrise sa technique, son graphisme et qui déforme ensuite avec sensibilité, maîtrise et élégance possède de la valeur à mes yeux.
L'art ne doit pas se figer dans un acte répetitif...l'art est liberté...l'improvisation et la folie sont importantes ...
La folie, l'improvisation n'excluent pas la maîtrise, de la répétition peut naître le charme... au sens magique du mot (mon art repose en partie là-dessus et n'empêche nullement d'être fou avec rigueur, c'est pour cela que je l'aime tant) , les différentes voies ne s'opposent pas pour se détruire, mais pour se compléter, ces abords différents nous offrent la vibration de la variété, sinon tout serait dogme et monolithe!

turki khaled a dit :
L'art ne doit pas se figer dans un acte répetitif...l'art est liberté...l'improvisation et la folie sont importantes ...

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