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Murray Perahia au piano (Palais des Beaux-Arts deBruxelles/ Salle Henry Le Bœuf)

Murray Perahia

Vendredi 01.06.2012 20:00

Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf

 

Il est né en 1947 dans le  Bronx à New York dans une  famille de Juifs Séfarades parlant la langue ladino, langue écrite créée par les rabbins de la péninsule Ibérique. La plupart des membres de la famille qui sont restés à Thessalonique ont été déportés et tués pendant l'Holocauste. Couvert de récompenses, il a produit une discographie impressionnante : l'intégrale des concertos pour piano de Mozart, une série d'œuvres pour piano de Bach dont les Variations Goldberg, des études de Chopin, ainsi que les dernières sonates pour piano de Schubert et l'intégrale des concertos pour piano de Beethoven.  Il est également le chef invité principal de l'orchestre de l'Academy of St Martin in the Fields, avec laquelle il enregistre et donne des représentations. Aujourd'hui il vit à Londres. La reine Elisabeth II l'a fait Chevalier commandeur honoraire de l'Ordre de l’Empire Britannique.

Le public qui l’attend dans la salle Henry Le Bœuf ce soir frémit d’impatience de l’entendre. Au programme :

Ludwig van Beethoven, Sonate pour piano n° 14, op. 27/2, "Mondschein"


Robert Schumann, Faschingsschwank aus Wien, op. 26

Franz Schubert, Sonate pour piano op. 120, D 664


Frédéric Chopin, Polonaise n° 1, op. 26/1, Prélude op. 28/8, Mazurka op. 63/3, Scherzo n° 1, op. 20

Le choix des œuvres est le fruit d’une aspiration poétique où Murray Perahia se place dans la position de Robert Schumann, ébloui par son séjour à Vienne en 1839 et où il rend hommage aux figures qui ont hanté sa jeunesse : Beethoven et Schubert. Il n’est donc pas étonnant que l’œuvre d’ouverture choisie soit la  Sonate au Clair de lune, faite de soie sauvage où les grondements voluptueux contrastent avec l’innocent lyrisme de la main droite. Place à Schumann en personne  et son Carnaval de Vienne au mouvement d’ouverture fait de  pure énergie : notes roulées, déferlant entre accords plaqués. La Romanze est un passage aéré plus tendre  et plus pensif, qui se précipite à nouveau dans la fougue joyeuse évoquant l’animation des rues de Vienne dans la folie du Carnaval. Le Scherzino développe un mouvement syncopé, mélangé d’humour par la répétition taquine du thème, notes pointées, contrastées avec des effets de romantisme grandiose joués fortissimo. Le finale est décoiffant, - bas les masques ! -  volubile et incandescent : «  fingers on a hot tin roof ! »

C’est  Murray maintenant qui porte le masque de Schubert dans l’opus 120. Bucolique, léger, mutin, taquin. Au bout de la ligne musicale, le pêcheur a attaché un cœur qui bat la chamade et il pêche en eaux profondes. Murray Perahia a l’art de décrire l’eau cristalline qui éclabousse la musique et le pêcheur. C’est un créateur d’atmosphères particulièrement poétiques. S’attardant quelques moments dans des interrogations méditatives  répétées avec insistance, Murray Perahia retrouve allégresse et insouciance. Enfin voici la musique de Frédéric Chopin, accueilli avec admiration dans son cercle par Robert Schumann et  dont Murrray Perahia célèbre la parenté poétique.  Le jeu est juvénile, empli de volupté et d’esprit ludique. Il est le maître de fondus enchaînés, s’amuse à mêler le rire et la valse hésitation, un entre-deux subtil entre désir et déception pour aboutir sur une tornade sentimentale où des pianissimos sont pris dans la tourmente. Surgit une confession tendre, presque narrative clôturée par un accord vif et surprenant de la main droite. Le reste est exposition du bouillonnement intérieur chaotique et intense. Ce concert cousu d’émotion, sera couronné par trois bis fabuleux,  à fleur de touches, aux sonorités hautement définies, brillantes comme des fruits mûrs et lâchées avec une aisance souvent taquine.

 

Vues : 84

Balises : classique, concert, musique, piano, poétique

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Commentaire de Deashelle le 2 juin 2012 à 17:40

Murray Perahia ou quand la poésie s'allie à l'élégance

Bruxelles Bozar, Salle Henry Le Bœuf 06/01/2012 - Ludwig van Beethoven : Sonate pour piano n°14, opus 27 n°2 «Clair de lune» Robert Schumann : Faschingsschwank aus Wien, opus 26 Franz Schubert : Sonate pour piano n°15, D. 664 Frédéric Chopin : Polonaise, opus 26 n°1 – Prélude, opus 28 n°8 – Mazurka, opus 63 n°3 – Scherzo n°1, opus 20 Murray Perahia (piano)

M. Perahia (© Felix Broede)
Le dernier récital à la Salle Henry Le Bœuf cette saison revient à Murray Perahia qui s’illustre dans un programme représentatif de son répertoire. La notoriété du pianiste et la popularité des compositeurs retenus suffisent à attirer un public important parmi lequel figurent hélas de nombreux tousseurs. Chacun s’en accommode comme il peut mais ces manifestations perturbent à peine le climat poétique que le musicien instaure dès l’Adagio sostenuto de la Quatorzième Sonate «Clair de lune» (1801). Nul doute que l’interprète ne compte pas parmi les bateleurs d’estrade qui privilégient l’exploit sur la fond et la forme mais son Beethoven possède du caractère et de la robustesse, en particulier dans le Presto agitato. Quelques constantes apparaissent et demeureront toute la soirée : une sonorité polie, un legato somptueux et une puissance surveillée.
Aucune démonstration de virtuosité non plus dans un Carnaval de Vienne (1839) de Schumann tranchant et festif. Les qualités abondent de nouveau : lignes de force dévoilées avec netteté, densité (sans lourdeur) et concentration (sans opacité). La rigueur de la conception suscite l’admiration, de même que la dynamique, épanouie: forte jamais déformés, pianissimi toujours perceptibles. Murray Perahia réfléchit profondément ses interprétations mais il les communique avec éloquence, sans les garder pour lui.
Après la pause, voici un peu de fraîcheur avec une Quinzième Sonate (1819) de Schubert équilibrée, raffinée et subtilement contrastée. Un peu de Chopin ensuite. Murray Perahia ne se départ pas de son élégance coutumière dans une Polonaise opus 26 n°1 (1834) pleine de panache et de distinction, un Huitième Prélude (1838-1839) passionné mais contenu, une Mazurka opus 63 n°3 (1846) élancé et affirmée et un Premier Scherzo (1831-1832) investi et élaboré. Une partie des spectateurs se lèvent pour l’ovationner mais toute la salle se voit remerciée par trois bis parmi lesquels un Impromptu en mi bémol majeur D. 899 de Schubert qui résume à lui seul l’art de ce musicien sans cesse soucieux de l’essentiel, du chant et des détails.
Le site de Murray Perahia

Sébastien Foucart (concertonet.com)

Commentaire de Deashelle le 2 juin 2012 à 12:19

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