
BARBARELLA, Giorgio dit Giorgione (Castelfranco ?1477/1478-Venise 1510),
“Autoportrait”, huile sur papier transférée sur toile, 1510, 31.5 x 28.5 cm, musée des beaux arts de Budapest (Inv. 86)1
GIORGIONE ou Giorgio di Castelfranco ou Zorzi da Vedelago ou Zorzon (tel que prononcé à la vénitienne)2
La vie de ce peintre vénitien dont la carrière très courte se situe entre 1500 et 1510 est une énigme3. On ne sait presque rien de lui et les biographies qui lui sont consacrées sont fortement romancées. Giorgio Vasari4 l'appelle Giorgione da Castelfranco, nom de son probable lieu de
naissance, un surnom qui signifie “Grand Georges” et qui lui fut donné à partir de 1548 dans le Dialogo della Pintura de Paolo Pino (1534-1564)5 où l’auteur en réaction à la dispute du Paragone6 entre les arts parle de la peinture comme d’une philosophie de la nature qui trouve sa concrétisation dans le colorire7.
Mort prématurément, emporté par une épidémie de peste, les œuvres inachevées de Giorgione seront reprises par Titien et parmi celles-ci, la “Vénus endormie”.
Giorgione n'a signé aucune œuvre8, hormis le portrait d'une jeune femme nommée “Laura”9, conservé au musée d’Histoire de l’Art de Vienne et le “Portrait Terris” de San Diego en Californie10.
Giorgione travailla surtout pour de grandes familles vénitiennes (les Contarini, les Vendramin, les Marcello) qui remisèrent ses toiles dans leurs salons privés, ce qui créa des difficultés d’attribution. Sur base des notes d’un jeune noble, amateur d’art, Marcantonio Michiel (1484-1522), publiées sous le nom de Anonimo Morelliano11 du nom de l’abbé Morelli qui les découvrit vers 1800, on lui attribue la paternité de “La tempête” (achetée en 1932 par l’état italien à la collection princière Giovannelli)12, des “Trois philosophes” (Kunsthistorisches Museum de Vienne) et de la ”Vénus couchée” (Musée de Dresde)13.
Pour ses commanditaires, Giorgione réalisa beaucoup de portraits dont l’authenticité reste incertaine14.
Parmi les historiens de l’art, Giorgione a eu des détracteurs dont Louis Hourticq15 qui tenta de minimiser son influence au profit de Titien et des admirateurs tels que Ludwig Justi16 qui au contraire, lui attribua des œuvres à profusion. Un catalogue précis des œuvres a été établi par Lionello Venturi17 en 1913. Un nouveau catalogue raisonné plus récent de Jaynie Anderson (1996) ne recense que 24 tableaux à l'huile sur bois ou sur toile et deux dessins, l'un à l'encre brune et au lavis, l'autre à la sanguine18.
En 2024, un tableau méconnu conservé à l’Alte Pinakothek de Munich est attribué à Giorgione. Il s’agit du “Portrait de Giovanni Borgherini et Trifone Gabriel (1509-1510)19.
CONTEXTE HISTORIQUE
Au début du XVIème siècle, Venise est un carrefour intellectuel et artistique. L’humanisme et le néoplatonisme sont diffusés par l’imprimeur Alde Manuce20.
Le commerce florissant de matériaux précieux importés de l’Orient, les métaux d’Europe centrale font de Venise une ville florissante où les marchands de couleurs ont accès à une grande variété de produits. Venise jouait un rôle central dans le commerce et la production des couleurs en Italie et en Europe à cette période, et plusieurs inventaires de vendicolori (marchands de couleurs) ont été publiés détaillant la nature de leurs stocks21. Au XVIème siècle, les mélanges semblent surtout être employés pour les couleurs qui n’existent pas parmi les pigments naturels, comme le violet. Mais déjà chez Bellini et Cima, au début du siècle, l’emploi des mélanges devient plus fréquent22. Venise fut le premier centre à utiliser la peinture sur toile en Italie23.
C’est aussi à Venise qu’apparait le genre pictural des Poesie, entre le XVème et le XVIème siècle, associé au poète grec Théocrite et à la redécouverte de Virgile , l’Ut pictura poesis et l’essor de la littérature pastorale. Giorgione est souvent qualifié de ”créateur d’images-poésie” par sa capacité à transformer un sujet en ”état d’âme”.24
Du point de vue du statut de l’artiste, alors qu’à Florence, le peintre est considéré comme un intellectuel; à Venise, il est assimilé aux casseleri (peintres de coffres), aux minaderi (enlumineurs) aux cartoleri (peintres de cartes à jouer) et aux recamadori (brodeurs) (les Ars Mechanica). Le mécénat lui-même est fonctionnalisé : l’état (La Sérénissime) et les Scuole (confréries laïques) financent les principaux “cycles de peintures” (les teleri)25 Ce n’est qu’en 1750 que fut créée une académie de peinture26. Mais le marché est plus libre à Venise et moins soumis à l’Eglise. En l'absence de cour princière, les artistes évoluent dans des cercles humanistes, au sein d'ateliers bien organisés (les bottegas) qui fonctionnent comme des entreprises.
La notion de collection privée est une nouveauté dans la mentalité sociale du début du XVIème siècle. Pour le collectionneur, le tableau est autonome et non plus un élément de décor destiné à un endroit précis, il est marchandable (la riche bourgeoisie rémunérait généralement mieux
que les commanditaires publics) mais sa valeur dépend également de la notoriété de l’artiste27, qui devient libre de sa production sans commande préalable. Notons toutefois que cette liberté était souvent restreinte dans la mesure où le contrat faisait l’objet d’un marchandage sur le contenu qui devait répondre aux critères esthétiques du commanditaire, liberté dont le clergé s‘est d‘ailleurs inquiété dans le cadre des dérives dogmatiques et du développement de l’humanisme laïque. C’est dans ce contexte que Giorgione développe son goût pour les énigmes peintes offertes à l’interprétation d’une élite cultivée. La peinture de chevalet conçue et réalisée pour l'ornement des studiolo (où ces nouveautés étaient parfois protégées par un «couvercle» peint que l'on ôtait pour les contempler en compagnie d'amis choisis) fera sa renommée.28
L’accès de Giorgione aux acheteurs privés pourrait avoir été assuré par un protecteur comme Pietro Bembo29, ou des Vénitiens très riches comme Taddeo Contarini ou Gabriele Vendramin. Fin octobre 1510, Isabelle d'Este, la plus grande collectionneuse de l'Italie du Nord, demandait à son agent vénitien d'acheter une Nativité de Giorgione, après le décès du peintre. Mais le tableau, en deux versions, avait été commandé par deux autres
collectionneurs vénitiens, Taddeo Contarini30 et Vittorio Bechario qui refusaient de s’en défaire, les œuvres ayant été conçues en fonction de leurs goûts personnels31.
Une liste des œuvres de Giorgione, avec leurs propriétaires respectifs de Padoue et de Venise, se trouve également dans la liste de Marcantonio Michiel, publiée entre 1525 et 1543.
Giorgione a cependant reçu deux commandes publiques connues : le telero pour la salle d’audience du palais des Doges aujourd’hui disparu et la décoration à fresque de la façade Fontego dei Tedeschi32, siège commercial des Allemands avec un fragment célèbre de nu, rouge flamboyant, conservé. On rapporte une dispute sur un paiement de 130 ducats au lieu des 150 promis à Giorgione et à son élève Titien (aidés de Morto da Feltre33, le spécialiste du renouveau des grotesques, pour les ornements). Endommagée par les agents atmosphériques et le climat humide de la lagune, les fragments ont été transférées au Ca d’Oro et dans les galeries de l’académie de Venise.
APPORTS DE GIORGIONE À LA PEINTURE VÉNITIENNE
Giorgione participe à l’innovation de la peinture vénitienne du début XVIème sIècle par quatre aspects : le sujet laïque, des œuvres de petites dimensions pour les particuliers et les collectionneurs, le clair-obscur poétique, le nu et surtout les paysages peints pour eux-mêmes.
Mais sa touche personnelle se lit dans une spontanéité inédite qui néglige le dessin au profit de la construction de la forme par la couleur, ce que l’on a appelé le tonalisme34 : une composition à partir d’une dominante chromatique plutôt qu’un schéma préétabli, ce qui permet une évolution de l’œuvre en cours de réalisation. Cette manière de peindre occasionnait des repentirs (mis en évidence par les rayons X)
Le tonalisme est l’élément déclencheur du “sentiment de la nature” qui caractérise le travail de Giorgione. En observant la nature, il varie les tons suivant les variations de la lumière. Ainsi il passe d’un ton à un autre en partant d’une dominante (une échelle de vert) fractionnée de ses
composantes (jaune et bleu) dans lesquelles se fondent tous les personnages du tableau. Cette technique rappelle évidemment les impressionnistes. S’inspirant de la technique du sfumato de Leonard de Vinci, Giorgione articule les couleurs les superposant sans contours précis, ce qui fait que l’objet traité entre en contact avec son voisin dans un enchaînement de couleurs qui s’influencent mutuellement tout en imbriquant les éléments. C’est aussi par ce biais qu’il réalise une fusion entre l’homme et la nature environnante35. Giorgione se distingue de Léonard par un clair-obscur qui garde l’intensité des pigments dans les reliefs. Ainsi, l’école vénitienne du tonalisme privilégie une palette chaude pour créer du volume et de la vie en négligeant le dessin prisé à Florence.
Giorgione est présenté comme le peintre des paysages pour eux-mêmes et non comme simples éléments de décors. Il connaît la peinture flamande (à la suite de la visite de Dürer en 1494/1495 ainsi que des tableaux flamands vus dans les collections privées)36, Venise étant plus
ouverte aux peintres étrangers que les autres cités ; mais il s’en démarque par une dimension “poétique” qui a permis de qualifier ses représentations de “paysages intérieurs”37 où les détails sont estompés, la perspective linéaire des Florentins ignorées au profit de la recherche d’une atmosphère particulière. La couleur construit les formes et l’espace tout en créant une dimension émotionnelle au travers des propriétés psychologiques des couleurs et des variations chromatiques.
GIORGIONE, “L’adoration des bergers”, huile sur toile, 1505-1510, 90,8 x 110,5 cm,
Washington, National Gallery of Art
Les historiens de l’art s’appuient généralement sur différents critères pour attribuer une œuvre
à Giorgione38 :
1. L’osmose poétique entre l’homme et la nature où celle-ci devient un élément psychique.
2. Une palette qui suggère émotion, richesse (ainsi le “Portrait de Giovanni Borgherini et Trifone Gabriel” révèle du blanc de plomb, de la craie, de l’indigo, de l’outremer, du vert-de-gris, du charbon, des ocres jaunes, bruns, du rouge et de l’orange), des transitions douces entre ombres et lumières.
3. L’absence de caractérisation au profit du mystère, de l’énigme que ce soit dans les portraits ou dans les scènes imaginées.
4. La récurrence de modèles types (visages doux et ronds, nez droits, lèvres fines (comme la Madone de Castelfranco)
TECHNIQUE PICTURALE
Giorgione fut l’un des premiers à utiliser la peinture à l’huile multicouche pour des effets de fondu.
Sa technique consistait à dégrader et interpénétrer des couches chromatiques par des glacis transparents appliqués d’abord par de larges coups de pinceau, totalement estompés ensuite sans délimitation précise de champs de couleurs. En noyant les limites entre les formes par le passage de ses doigts sur les couleurs voisines, il parvenait à créer une atmosphère où la matérialité des choses devient légèrement évanescente, comme se diluant dans le fond.39
Il abandonne la technique de la lumière venant du fond et de l’imprimatura blanche. Sa préparation sombre est poncée pour permettre le dépôt de très fines couches de peinture, quasi transparentes dans les zones les plus lumineuses. À partir d’une peinture opaque, des retouches permettent d'effectuer des modifications en cours de la réalisation, mais aussi d'apporter la lumière par des couleurs claires, les figures surgissant du fond sombre, comme le préconisait Léonard de Vinci.
Ce savoir-faire a ouvert la voie à la ”manière moderne”.40
La peinture n’est plus la réalisation d’un projet conceptuel mais une expérience où l’improvisation prend le pas sur la préparation.
Mais chaque tableau de Giorgione, reste aussi l’aboutissement d’une réflexion sur un thème qu’il emplit de symboles historiques, bibliques et littéraires.
Même si Giorgione est considéré comme l’un des peintres les plus énigmatiques de l’histoire de l’art et même si ses œuvres suscitent des interprétations sans cesse renouvelées, elles sont probablement le résultat d’un échange entre le commanditaire et le peintre. Il s’agit d’allégories
laïques destinées à des cabinets privés dont la signification nous échappe aujourd’hui41.
Ainsi la recherche expressive de Giorgione s’inscrit dans le courant neoaristotélicien né à Padoue avec Pietro Pomponazzi42 et diffusé à Venise. Ce courant nouveau prône l’autonomie du savoir et la recherche de la vérité naturelle non interférée et développée par un rapport entre littérature, science et philosophie43+
“Les trois philosophes”, qui était chez Taddeo Contarino44 lorsque Michiel le vit, en est un exemple.
L’aristotélisme avait trouvé son commentateur dans Averroès. L’homme au ruban personnifierait selon la majorité des commentateurs le courant arabo-aristotélicien tandis que le personnage dont la tête est couverte d'un capuchon (qui pourrait aussi bien être celui d'un moine) représente soit la philosophie aristotélicienne grecque soit la philosophie humaniste.
Enfin, le troisième personnage qui baigne dans la lumière représente un jeune homme à la mode de la Renaissance et symboliserait la transmission des connaissances philosophiques jusqu’à l’époque de Giorgione, le paysage lui-même reflétant des temporalités différentes.
Au début du XVIème siècle, Venise connait un essor intellectuel et culturel. Alors qu’elle avait un siècle de retard sur les Florentins pour la connaissance des textes de l’Antiquité, elle allait devenir le centre international d’études grecques le plus important d’Europe. Mais dès la seconde moitié du Quattrocento, il y eut à Venise, deux écoles. L'une enseignait, comme à Padoue, la logique, les mathématiques, la philosophie d'après les méthodes d'Aristote, traduites et interprétées par Averroès. L'autre, humaniste, se réclamait à la fois des chansons d'amour de Leonardo Giustinian45 et de l'érudition d’Ermolao Barbaro46 qui lança une campagne pour la connaissance directe (sans traduction) des textes grecs. Les humanistes traitaient de “barbares” les averroïstes, dépourvus de l'élégance du langage, ces derniers les qualifiant ď “ignorants” qui sous-estimaient les lois de la logique et de la raison47.
Les sciences de la nature prenaient une place de plus en plus grande parmi les activités des savants et la poésie lyrique annonçait le culte de la Nature qui, dans tous les centres intellectuels d'Italie et de France, se substituait peu à peu à la religion du Dieu transcendant, notamment à travers un courant littéraire, bucolique, qui va de Filenio Gallo48, Giovanni Badoer49 à Pizio da Montevarchi, (formant à eux trois une société littéraire grecque arcadienne à Venise) et du Songe de Poliphile (1499)50 à L'Arcadie de Jacopo Sannazaro (1502)51.
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GIORGIONE, “Les Trois philosophes,” huile sur toile, 52, 123 × 144 cm, Coll.
Kunsthistorisches Museum, Vienne
“La Tempête” est le premier tableau de la peinture occidentale où le paysage prend le pas sur les personnages.
Marcantonio Michiel le vit en 1530 dans la collection de Gabriele Vendramin : “C'est un petit paysage sur toile avec une tempête, une bohémienne et un soldat.“
On a tenté d'interpréter cette toile sans y parvenir53 par de multiples explications érudites mais il est unanimement admis que Giorgione joue avec les résonnances picturales. Le phénomène naturel de l’orage pourrait être le moteur de l’œuvre où l'imagination et la sensibilité de l'artiste sont les facteurs essentiels, les deux personnages apportés relevant de la fantaisie du peintre54.
Les effets sont obtenus avec la technique habituelle de Giorgione, une peinture riche en pigments, appliquée en sfumato par taches ou frottis du pinceau sur une préparation sombre. Des dessins sous-jacents apparaissent sur les radiographies, notamment une femme nue les pieds dans l'eau, en bas à gauche, qui a été effacée55.
GIORGIONE, “La Tempête”, huile sur toile, vers.1510, 83 × 73 cm,
Gallerie dell'Accademia, Venise, Italie
Un peu comme dans la Tempête, il y a dans la “Vénus couchée” une union entre la femme et la nature.
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GIORGIONE, “La Vénus de Dresde”, huile sur toile, 1508–1510, 108,5 × 175 cm , Coll.
Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde
Le tableau appartenait en 1525 à la collection de Girolamo Marcello, où il se trouvait encore en 1648 quand Ridolfi signale, dans ses Meraviglie dell'Arte della pittura56, la Vénus endormie (Vénus de Dresde) comme une œuvre de Zorzo da Castelfranco en précisant que le paysage et
un Cupidon aux pieds de la Vénus auraient été achevés par Titien57. Il semble que ce dernier aurait également ajouté la draperie au premier plan.
LE CHEF D'OEUVRE DE GIORGIONE
À droite du presbytère dans le Dôme de Santa maria Assunta e San Liberale (province de Trévise) se trouve la "Pala de Castelfranco" commandée par Tuzio Costanzo (1503-1504), une vierge à l'enfant avec en premier plan, Saint François et à gauche Saint Nicaise tournés vers le spectateur.
Il faut savoir que la chapelle, probablement acquise par Tuzio Costanzo alors au service de la reine Caterina Cornaro (c. 1475), fut modifiée à la mort de son fils Matteo, en 1498-99 à l’âge de 23 ans58. Tuzio fit décorer (sans doute) par Giorgione la chapelle de fresques représentant le Rédempteur en bénédiction, les quatre Évangiles et le jeune en armures avec les blasons de la famille qui ne serait autre que le fils de Tuzio mort prématurément.
La Madone elle-même selon les analyses aux rayons X aurait eu les yeux initialement tournés vers le spectateur. Ils auraient ensuite été modifiés pour regarder tristement “le sarcophage“ (du fils de Tuzio) sous le trône. La verticalité de l’œuvre est due à la commande faite à Giorgione d’insérer le sarcophage décoré de porphyre (en principe réservé aux rois) à connotation funéraire59 sous le trône.

FILIATIONS ET CONTINUIITE ARTISTIQUES
Pour établir des liens de continuité, on peut souligner que Giorgione fut formé aux écoles luministes de Bellini, Antonello da Messina et Carpaccio, et reste dans une certaine mesure imprégné de cet enseignement mais alors que pour Bellini la création est la manifestation du divin, la nature chez Giorgione se manifeste par ses propres normes profanes ancrant les personnages dans le terrestre et le réel.
On peut aussi penser à une influence de ”l’école danubienne“. Des œuvres d’artistes nordiques devaient circuler à Venise mais en dépit de cette
possible inspiration, les œuvres de Giorgione sont moins expressives que les toiles d’Albrecht Altdorfer60 par exemple. Elles sont apaisantes et bucoliques, ce qui reste une spécificité italienne61.
Vasari, le premier, fit le rapprochement entre les paysages de Leonard de Vinci (de passage à Venise en mars 1500) et ceux de Giorgione : “Giorgione avait vu certaines choses de la main de Leonard, brumeuses [...] émerger”62
Titien qui avait presque le même âge de Giorgione lorsqu’il rejoignit son atelier, fut rapidement séduit par la technique de Giorgione qui semble avoir polarisé les tendances fondamentales de l'art vénitien telles que les avaient déjà définies Antonello da Messina et Giovanni Bellini63.
PALMINA DI MEO
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1Portrait of Giorgione – Museum of Fine Arts, Budapest
2 DAL POZZOLO, E. M., Indagine su Giorgione - prima parte, RAI5, 2016 -
https://www.raiplay.it/video/2016/10/Indagine-su-Giorgione-16cc78a7-3577-41be-8b06-c406a1b0e0f3.html
3 Giorgione, la biografia da wikipedia, piena di lati oscuri se non errori – VIRTUAL MUSEUM GIORGIONE, 23 septembre 2017.
4 VASARI, G., Le vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori,1er vol. de la 3ème partie, Giunti, Florence, 1568, p. 12 à 15 - Le vite de' piu eccellenti pittori scultori e architettori : Vasari, Giorgio, 1511-1574 : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive.
5 PINO, P., Dialogo di pittura, 1548, p.54 - Dialogo di pittura di messer Paolo Pino nuouamente dato in luce : Paolo Pino : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive
DUBUS, P. “Le Dialogo di pittura de Paolo Pino ou les voluptés de l’art”, Presses universitaires François Rabelais, p. 455-461, Les États du dialogue à l’âge de l’humanisme - Le Dialogo di pittura de Paolo Pino ou les voluptés de l’art - Presses universitaires François-Rabelais
6 CORDON, N., “Paragone: Débat entre la peinture et la sculpture”, EHNE, pdf
7 BOUVRANDE, I., “Des artes aux arts : le Dialogo di pittura de Paolo Pino (Venise, 1548)”, Presses universitaires François-Rabelais, p.445-453-Les États du dialogue à l’âge de l’humanisme - Des artes aux arts : le Dialogo di pittura de Paolo Pino (Venise, 1548) - Presses universitaires François-Rabelais.
8 DANG NGUYEN, G., “Giorgione le peintre sans tableau”, giorgione.pdf.
9 Laura“ - Artworks - Kunsthistorisches Museum - KHM.at
10 San Diego Museum of Art -
11 MICHIEL, M., Notizia d'opere di disegno, Éd. Frizzoni (1884), p. 58 et ss - Notizia d'opere di Disegno nella prima metà del secolo XVI : esistenti in Padova, Cremona, Milano, Pavia, Bergamo, Crema e Venezia : Michiel, Marcantonio, 1486?-1552 : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive
12 La tempesta | Gallerie dell'Accademia di Venezia
13 Galerie de tableaux des Maîtres Anciens : Points forts de la galerie des Maîtres Anciens, inv.185.
14 Giorgione | Storia dell'arte moderna.
15 HOURTICQ, L., Le Problème de Giorgione, Hachette, Paris, 1930.
16 JUSTI, L., (1876-1968), Giorgione, Reimer, Berlin, 1926 -Justi, Ludwig, b. 1876 : Free Download, Borrow,
and Streaming : Internet Archive.
17 VENTURI, L., Giorgione e il Giorgionismo, U. Hoepli, Milano, 1913. - 403 p
MACIOCE, S., “Lionello Venturi e Giorgione”, Storia dell’arte, 101-09_macioce_101.pdf
18 ANDERSON, J. Giorgione, peintre de la "brièveté poétique". Paris, éditions de la Lagune, 1996. 390 p., 117.
19 Redécouvert dans un musée à Munich, un tableau oublié de Giorgione dévoile ses nombreux secrets
FOLDES,A.,PAWIS, J., STEGE H., ORTNER, E., SCHUMACKER, A., SCHMIDT, J., WAGNER, J. W. et OBERMEIER, A. “One Canvas, four ideas: A double portrait attributed to Giorgione with different composition underneath,” Art Matters International Journal for Technical Art History – Vol. 9, Issue 1 – 2024; ONE CANVAS, FOUR IDEAS: A DOUBLE PORTRAIT ATTRIBUTED TO GIORGIONE WITH DIFFERENT
COMPOSITIONS UNDERNEATH
v. aussi : UNE PEINTURE, QUATRE IDÉES
20 Alde Manuce, le prince des éditeurs vénitiens
21 HOCHMANN, M., ”Pigments et colorito dans la peinture vénitienne au XVIe siècle“ | Cairn.info
22 HOCHMANN, M., ”Histoire de la peinture italienne (XVI-XVIIème)”, Open Edition Journals, n°139, 2008,
p.220-222.
23 Pittura Veneziana del '500: Tiziano, Tintoretto, Veronese
24 v. FERRARI, S.Le ragioni culturali del "dipingeremoderno". Paesaggio, ritratto e allegoria a Venezia negli anni di Giorgione.
25 HOCHMANN, M. op cit., p. 314-317.
26 Galerie Académie de Venise - Informations Utiles – Musées de Venice
27 HOCHMANN, M., ”Peintres et commanditaires à Venise (1540-1628)”- Persée, Publications de l'École française de Rome, 1992 ,155, p. 15 à 40.
28 FRANCASTEL G, ”De Giorgione au Titien : l'artiste, le public et la commercialisation de l'œuvre d’art”,
1960 , 15-6 pp. 1060-1075
29 Pietro Bembo — Wikipédia
30 Les Trois Philosophes — Wikipédia
31A LAZARD,J, https://www.revuedesdeuxmondes.fr/wpcontent/uploads/2016/11/2f93240d546f1c956635461dc425415f.pdf
32 La Nuda | Gallerie dell'Accademia di Venezia
33 Morto da Feltre - Wikipedia
34 Mito e verità di Giorgione (Braccio Agnoletti, 1962)
35 Giorgione e la pittura tonale - vita e opere
36 Biographie de GIORGIONE (1477-1510) : Les œuvres de jeunesse - Encyclopédie Universalis.
37 COCCHI A. , Giorgione da Castelfranco. Biografia, opere. Riassunto. Mappe concettuali
38 Giorgione e la pittura tonale - vita e opere
39 Giorgione-da-Castelfranco-dellArte-vol.-3.pdf
40 La “maniera moderna” a Venezia. La lezione digitale
ACONITI MANDOLINI, B., La maniera moderna a Venezia by Benedetta Aconiti Mandolini on Prezi
41 VEYNE, P., ”Giorgione, le peintre le plus mystérieux de la peinture italienne“ – Arkhê.
42 Biographie de PIETRO POMPONAZZI (1462-1525) - Encyclopédie Universalis.
43 COCCHI, A, op cit.
44 ALAZARD, Jean, op cit.
45 WILSON, B., "Transferring Tunes and Adjusting Lines": Leonardo Giustinian and the Giustiniana in Quattrocento Florence”, 2009, (78) "Transferring Tunes and Adjusting Lines": Leonardo Giustinian and the Giustiniana in Quattrocento Florence.
46 BRIOIST, P., ”Les savoirs scientifiques”, Revue d'histoire moderne et contemporaine, supplément 2002/5 n°49-4bis, Les savoirs scientifiques | Cairn.info.
47 VALCKE, L., ”L’« averroïsme latin », la condamnation de 1277 et Jean Pic de la Mirandole (1463-1494)”, Laval théologique et philosophique, Volume 56, numéro 1, février 2000.
48 Filippo Galli (poet) - Wikipedia
49 BALARD, M., ”Giacomo Badoer et le commerce des esclaves”, ed. De la Sorbonne, in ”Milieux naturels espaces sociaux”, p. 555-564, Milieux naturels, espaces sociaux - Giacomo Badoer et le commerce des esclaves - Éditions de la Sorbonne.
50 "Le Songe de Poliphile" ou comment rêvait-on à la Renaissance ? | France Culture
51 L'Arcadie — Wikipédia
52 Giorgione | I tre filosofi | I racconti dell'arte
53 La Tempête — KTOTV (vcidéo)
Philiconie XXVIII (Giorgione, La tempête, 1506) (vidéo)
Giorgione – FotoArteArchitettura (vidéo)
Giorgione, la Venere di Dresda e la Tempesta (vidéo)
BELLET, H., “Peinture : déchaînement d’érudition autour de « La Tempête » de Giorgione”, Le Monde, 5 août 2019, Peinture : déchaînement d’érudition autour de « La Tempête » de Giorgione
SOUCHON, R., Le mystère Giorgione.
54 BERENSON B.,“ Italian Pictures of the Renaissance,“ ed. Phaidon, p.233, cité par COCCHI A., la revue des deux mondes.
55 MINERAUD, J., ”Les dessous du visible“, “ Giorgione / La Tempête - Peindre la Femme éternelle”, 2015.
56 RIDOLFI, C., Le maraviglie dell'arte ovvero le vite degli illustri pittori Veneti e dello stato (Band 1) — Padova,, 1835, p.122 ert ss - Ridolfi, Carlo: Le maraviglie dell'arte ovvero le vite degli illustri pittori Veneti e dello stato (Band 1) (Padova, 1835).
57 AZALARD, J., op cit.
58 Giorgione, la biografia da wikipedia, piena di lati oscuri se non errori – VIRTUAL MUSEUM GIORGIONE
59 La Pala di Giorgione - Comune di Castelfranco Veneto
60 CHANTRE, C., ” Altdorfer, pionnier du paysage autonome”, Les Cafés géographiques, 28 octobre 2020.
61 Ecole danoise de peinture de paysage allemande
62 «Aveva veduto Giorgione alcune cose di mano di Lionardo, molto fumeggiate e cacciate […] terribilmente di scuro. » (Giorgio Vasari, Vite, 1568.) - ma traduction.
63 Giovanni Bellini — Wikipédia
Commentaires
Très éclairante analyse d'un artiste occulté.