Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone
Quand les Poètes expriment leur mélancolie, chantent leurs amours, leurs rêves, espoirs et regrets et les multiples splendeurs de la vie.
Il n'est pas souhaité d'ajouter ses propres poèmes ici. Pour cela, vous pouvez faire des billets de blogue
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Commentaire de Rébecca Terniak vendredi Merci de tous vos apports si beaux et précieux Valériane d'Alizée et Claude Miseur !

Commentaire de Claude Miseur vendredi Valeur
J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige,
la fraise, la mouche.
J’attache de la valeur au règne animal
et à la république des étoiles.
J’attache de la valeur au vin tant que dure le repas,
au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s’est pas épargné,
à deux vieux qui s’aiment.
J’attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien
et à ce qui aujourd’hui vaut encore peu de chose.
J’attache de la valeur à toutes les blessures.
J’attache de la valeur à économiser l’eau,
à réparer une paire de souliers, à se taire à temps,
à accourir à un cri, à demander la permission avant de s’asseoir,
à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi.
J’attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce,
quel est le nom du vent en train de sécher la lessive.
J’attache de la valeur au voyage du vagabond,
à la clôture de la moniale,
à la patience du condamné quelle que soit sa faute.
J’attache de la valeur à l’usage du verbe aimer
et à l’hypothèse qu’il existe un créateur.
Bien de ces valeurs, je ne les ai pas connues.
Erri Di Luca

Commentaire de Claude Miseur le 13 juin 2013 à 11:47 Aux liseurs de poèmes (suite)
Vous aurez à déjouer des ruses, des malices.
Le coeur se prend Aux orphéons, à la mémoire des musiques
Aux mouvements bien cadencés des grandes parades, pas un bouton
Qui manque aux guêtres ! Et des guirlandes.
Vous dépisterez ceux qui vont
Semer leurs herbes dans d'autres traces, et le grain pourri de la mode
Il faudra le mettre aux issues. Tout cela prend beaucoup de temps.
Pour aller à la découverte
Votre radar s'appelle un don. Mais en échange, donnez-lui
Le partage de votre vie, captez l'appel des voix lointaines
Votre écho : le premier mot fut dit par vous.
II
Il n'y a pas de mot clé. Il n'y a pas de Sésame
Ni caverne, ni porte. Pas de coffres plein de joyaux
Les dictionnaires sont des univers où la réalité des mondes
Se tait, chuchote, ou meurt. Pas de mots clés, pas de serrures
Mais des racines de chaque mot poussent des forêts pour les vents
Et les pluies, pour les orages et les fleuves
Les océans et les nuages. Les mots sont des graines qu'on vend
à quelques-uns sur des marchés, des cris, une semence.
III
Je ne recherche pas l'enchevêtré dans l'arabesque des paragraphes
Un tracé indéfiniment repris enregistré dans tous les sens
Une calligraphie par sa répétition devenue fascinante et folle
Une rature sans espoir étouffant le blanc du papier
Je ne jette pas, comme aux chats, la pelote de l'illisible
Ne dévide pas pour du vent un fil d'Ariane inépuisé
Ne reprends pas pour m'y complaire un ressassage de vieillardes
N'obscurcis rien, n'explique rien. Je dis des choses machinales
Un mouvement de sang que nul n'entend. C'est tout.
Pierre Seghers

Commentaire de Claude Miseur le 13 juin 2013 à 11:45 Aux liseurs de poème
I
D'abord il vous faudra du temps , beaucoup de temps.
Du loisir. Du silence en vous et autour de vous. Du silence
Coupé d'ardoises sur les toits, ou de cigales, dans le sud.
De longs moments de solitude pour n'être pas seul loin des autres
Et des mains, pour toucher les mots. Il vous faut écouter profond
Un cheminement de racines, voir des éclats parmi les feuilles
Guetter une démarche aisée ou non, qui n'est qu'à soi
Respirer le parfum des corps, l'odeur des genêts, des lavandes,
Et piéger, dans ce qui est dit, le gibier terré sous les mots.
Pierre Seghers

Commentaire de Valériane d'Alizée le 5 juin 2013 à 23:27 Une pièce poétique dédiée à une femme de lettres méconnue...
transmise par le groupe Amis De Victor Hugo
Ave, Dea; Moriturus te Salutat
12 juillet 1872
[À Judith Gautier]
La mort et la beauté sont deux choses profondes
Qui contiennent tant d'ombre et d'azur qu'on dirait
Deux soeurs également terribles et fécondes
Ayant la même énigme et le même secret ;
Ô femmes, voix, regards, cheveux noirs, tresses blondes,
Brillez, je meurs! ayez l'éclat, l'amour, l'attrait,
Ô perles que la mer mêle à ses grandes ondes,
Ô lumineux oiseaux de la sombre forêt !
Judith, nos deux destins sont plus près l'un de l'autre
Qu'on ne croirait, à voir mon visage et le vôtre ;
Tout le divin abîme apparaît dans vos yeux,
Et moi, je sens le gouffre étoilé dans mon âme ;
Nous sommes tous les deux voisins du ciel, madame,
Puisque vous êtes belle et puisque je suis vieux.
Victor Hugo,
Toute la lyre. XXXIV
Sigila 4

Portrait de Judith Gautier par John Singer Sargent, 1885

Commentaire de Valériane d'Alizée le 5 juin 2013 à 23:16 TERRE
Terre !
Passante obstinée à dévoiler l’Immense,
entre valse et silence,
sous le ciel déchiré
sur d’autres ciels fendus.
Transparence d’oiseaux menus
tornades et blés, lentes beautés,
vents lointains,
Sur la courbe des choses,
comme l’offrande du Vivant au miracle des roses…
Amante des mers, hérissée de lumière
Frémissante étoilée
Terre mère où je suis née,
qui me nourrit,
qui me malmène,
qui me sourit.
Sur toi je pose mes pieds nus,
et je prie…
Dany LEBRUN

Commentaire de Rébecca Terniak le 5 juin 2013 à 23:11 Merci beaucoup Valériane d'avoir bien voulu accéder à ma demande
de partage sur notre réseau des Arts et Lettres !

Commentaire de Valériane d'Alizée le 5 juin 2013 à 23:00 Un texte d'une Dame dont je viens de faire la connaissance et que j'espère bientôt revoir pour un "pèlerinage" autour de la figure du Grand Meaulnes, une créatrice aux multiples facettes, écrivaine et peintre, sans oublier son activité de sophrologue .
J'ose espérer que cette dernière ne m'en voudra pas de la publier sans son autorisation :
VERS LA FEMME SAUVAGE
Femme
Au désert nu des précipices,
Déroule les vieilles sagesses
Et cours, cours à la mesure de tes cicatrices
Avant toute victoire il te faudra
courir
Avant de te poser sur une feuille d'ange
dans la neige et le vent sur des plages oranges
Bras ouverts, comme des ailes dans un éclair d'oiseaux pressés
à la lune au silence des pluies
Sur les canaux de feu où danse un peuplier
Sur un ciel bleu comme un dieu de bohème.
Aime, cours, de toute ta chair, de toute ton âme,
Femme
Au plus secret des roses, aux empreintes barbares,
emperlée des sortilèges roses
Bras tendus, robe ouverte sur tes seins ardents
Cours, sur l'échine des mers,
les reins ruisselants des larmes de ton corps
Au ventre humide des terres fortes
à ta rencontre
Puis
Écrire, hantée d'amour et de mélancolie la noblesse des arbres
Et la beauté du jour et la vie et l'orage,
Aimer l'ombre des rois comme l'araignée d'eau
Aimer,
La joue dans le velours d'un ciel de papillon
Rien qui ne soit donné par un dieu de passage
Puis,
Quand tu pourras sourire
à l'horizon noirci des fous
et lorsque tu pourras ne plus fuir devant toi,
S'asseoir
Une fleur de soleil posée sur les genoux.
Dany Lebrun

Commentaire de Claude Miseur le 30 mai 2013 à 16:16 
Commentaire de Suzanne Walther-Siksou le 27 mai 2013 à 17:06 Puisque mai tout en fleurs dans les près nous réclame
Puisque mai tout en fleurs dans les prés nous réclame,
Viens ! ne te lasse pas de mêler à ton âme
La campagne, les bois, les ombrages charmants,
Les larges clairs de lune au bord des flots dormants,
Le sentier qui finit où le chemin commence,
Et l'air et le printemps et l'horizon immense,
L'horizon que ce monde attache humble et joyeux
Comme une lèvre au bas de la robe des cieux !
Viens ! et que le regard des pudiques étoiles
Qui tombe sur la terre à travers tant de voiles,
Que l'arbre pénétré de parfums et de chants,
Que le souffle embrasé de midi dans les champs,
Et l'ombre et le soleil et l'onde et la verdure,
Et le rayonnement de toute la nature
Fassent épanouir, comme une double fleur,
La beauté sur ton front et l'amour dans ton coeur !
Victor Hugo
21 mai 1835
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