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La grande poétesse Auxerroise oubliée du 20 ième siècle : Marie-Noël. Article de Béatrice Lukomski Joly

Je viens timidement vous parler de Marie-Noël, elle, dont  Valériane D 'Alizée  a  presque tout aussi timidement évoquée un jour,  presqu'une nuit de nos heures sur ce site,  osé  nous rappeler   sa disgrâce dans cet oubli    qui  nous ferait pleurer ,  tant elle fut grande   Marie-Noël , tant elle interpella les consciences, tant elle  mit en avant  la chrétienté et mieux encore  le Christ vécu à chaque pas de sa mémoire actée de son quotidien !

Je viens timidement  vous parler de Marie-Noël, elle que je connais depuis mes 20 ans, il y a si longtemps !  Elle que je croisais au détour d'une rue Auxerroise  au travers du regard de sa statue qui m'interpella de sa stature,  me demandant alors   "Mais qui est elle pour ainsi nous regarder du haut de sa mort , si vivante,  qu'elle me demanda d'aller au-devant d'elle , lire ses écrits ? "

Je regardais cette statue vêtue d'un long manteau noir, porteuse d'un parapluie qui pointait  son petit chien assis à ses pieds . J'ignorais encore que je la rencontrerai vraiment, poussée jusqu'à l'émoi le plus profond, elle l'Auxerroise de mes rues fréquentées jusqu'à l'usure, de tous mes détours qui  ont fait de mes auteurs des compagnons plus que des écrivains, plus que des philosophes, plus que  des  hommes, seulement des amis en partage  à la lumière de mes nuits partagées avec  le livre  traversant la pensée qui s'est attachée tel un lierre à mon âme  dévastée  à laquelle chacun d'eux me voulait de   ressurection ; la lumière dans la nuit, la nuit ensoleillée; le soleil apporté   pareil à une aura  couronnant ma tête. Elle fut d'eux.

Déjà ses livres se raréfiaient à la trouvaille des libraires, jamais réédités par le manque de lecteurs dans notre société galopante  vers le matérialisme  dont la conscience , très tôt, me creusait la ride pour ne pas vouloir l'épouser , Marie-Noêl ne se lisait plus ! Marie-Noêl   restait ancrée au port d'Auxerre alors qu'elle avait interpellé tant de gens, tant d'écrivains célèbres de son siècle jusqu'au Général de Gaulle qui   inclina sa tête par respect envers cette grande dame de la poésie, de l'écriture, venant la rencontrer en son humble maison  car Marie-Noël restait humble .

N'avait elle pas écrit pour les autres, tous les autres   sans vouloir se mettre en avant, jamais ?! . Marie-Noêl n'avait que des pensées au travers du mot versifié à  répandre  dans le monde pour dire qu'elle  n'était que la passante d'un monde qui va vers nous et que la regarder , elle, n'avait pas de sens puisque  c'était  son idée qui prévalait sur son humilité galopante !

Je l'ai aimée de suite, plus fort que mon humilité encore fausse . Elle avait de ses façons de vous regarder que la mémoire encore porte ces stigmates !  Non pas que je l'ai rencontrée vivante en son corps de chair mais dans sa mort éloquente : j'avais 10 ans à sa mort  !

Dix ans à sa mort ! Vingt ans quand elle m'interpella en sa ville que j'ignorais encore avoir à arpenter un jour lointain en ma propre destinée au presque quotidien, en tous les cas toutes les fins de semaine !

Auxerre, ville superbe, sa ville , sa ville de souffrance qu'elle vous offre  comme une crucifixion qui vous saisit et vous épouse.  Epouser Auxerre, c'est dire oui à la souffrance qu'elle vous apporte sur un plateau doré tel un Graal qui transforme le plateau de la Sainte Table en une Coupe précieuse.

Jamais Auxerre ne me fit tant comprendre sa souffrance au travers de sa  vie à la mienne reliée.

J'attendis encore quelques années avant de la lire pleinement. Je savais intérieurement qu'elle serait  un choc puissant qui remue l'âme et   incorpore les larmes  dans la joie du rosaire.

Vivre avant de la lire  pour s'avouer qu'elle a  puisé  dans notre destinée à venir à la sienne feue ce qu'elle voulait  partager ! Elle m'a emportée . Elle savait déjà que du haut de son ciel je lui reviendrai à me conduire sans cesse sur ses pas, épousant les rives de l'Yonne comme autant de miroirs à mes lectures les jours d'ensoleillement . 

Fallait il être stupide pour ne pas reconnaître que mes pas  ressemblaient à ses empreintes,   allant jusqu'à sa maison que j'admirais sans savoir que c'était la sienne et que nul n'admirait plus parce qu'elle est devenue  décatie de misère au temps qui l'attaque et que nul ne restaure , pas même la ville d'Auxerre qui en parle si peu et l'oublie . Combien de fois me suis-je posée devant sa façade, admirant je ne sais quoi ? le temps m'a appris qu'elle me parlait en secret , ignorante de sa voix intérieure quand bien même je l'aimais. 

Marie- Noël marche avec nous dans ces rues qui ont gardé leur empreinte de ses pas, de sa maison à la cathédrale. Ces rues qui pour la plupart n'ont pas changé de visage,  les façades noires tellement vieillies, quasi cramoisies  que nous nous croirions encore incarnés du début du siècle et mieux encore , des siècles précédents jusqu'au moyen âge,  comme si Auxerre refusait de   s'ancrer dans une époque précise, les épousant toutes. 

Alors ! Alors! Je pris mes jambes avec moi pour une longue promenade, seule, un bouquet de roses anciennes à la main et tant d'autres dans le coeur, celles que ne vendent plus les fleuristes, sinon le mien pour moi, pour  regarder l'Yonne d'un autre regard; L'Yonne que j'ai si peu aimée pour ses souffrances que les flots n'emportent pas, jalouse de les garder en ses entrailles de  rivière qui coule sans remous, sous un sol de boue    à laquelle  on s'enlise ! L'Yonne, qui n'a rien d 'autre à  offrir que ses misères, son histoire de grands mystères qui a vu tant de drames  que nul n'ose regarder tant l'horreur la visite; il a fallu une Marie-Noël pour  espérer la réhabiliter dans sa poésie, dans ses méandres  au détour de chaque ville ! 

L'Yonne,  rivière  sans flots,  aux cents écluses,  qui  voit encore les péniches  engranger le grain, et ses bateaux de tourisme, l'Yonne bordée de noyers aux fruits d'automne qui , peut être, veulent nous rassasier  d'espoir jusqu'au printemps, engrangeant les joies de l'été  jusqu'à l'hiver pour mieux nous aider à la traverser ! Sur tes hanches, je me suis allongée souvent, lisant d'autre que toi; aimant Lamartine cher à mon  défunt père et Hugo  mon plus fidèle compagnon depuis que j'ai su lire à mes  cinq ans .

Oh ! Marie- Noël ! Les as tu vu ces lumières miroitant sur la surface de l'eau lorsque le soleil se couche ou  dans le soleil de midi qui nous aveugle ? L'homme au prénom de la Pâques, avec moi,  s'infiltrait au raies de  sa brillance et les enfants aux destinées menaçantes griffaient sa rive de leurs  rayons de leur bicyclette . Ils étaient blonds comme les  champs de blés des champs  auxerrois qui  ont aujourd'hui préféré le colza au blé .

Marie- Noêl, je n'ai pas eu de petit frère à perdre dans son berceau, me voyant verser tes larmes sur les petits draps fins de  lin blanc brodé de l'enfant que tant tu chérissais, ni de fiancé qui m'abandonna, tout cela  les veilles d'une fête de Noël; J'ai eu d'autres drames que tu as vus et sur lesquels tu as souri comme une alliée qui me souhaita la bienvenue à ton chapelet dont les perles ne s'usent même pas à les  harceler entre nos doigts !

Marie-Noël ! Puis je te dire que je déteste Auxerre autant que je l'aime ta ville ?  La ville de toutes les dualités ! La ville des sourires authentiques comme des larmes qui deviennent sanglots ! Tant de drames se perpétuent dans  ta ville , plus discrets, plus sournois au nom d'une société bien pensante ! Est ce pour cela que ta maison  s'épuise sous ses colombages grisés et sa chaux ternie ?

Marie-Noêl ! T'es plus que ma famille , tu es plus que mon amie ! Tu es  mon coeur qui chavire à la lecture de tes versifications qui nous font  souvent chercher l'inspiration du souffle qui se respire avec difficulté lorsque tu absentes la césure pour mieux  s'y pencher et chercher à rétablir l'équilibre de la respiration s'équilibrant à nos mots !

Je me suis assise sur la terre battue de ta demeure devenue tristement lieu à ranger des   voitures et là , j'épie ton  regard  posé derrière une vitre de ce numéro 1 de la rue Marie Noël et tu me dis : Allons ! Point ici ne restons  assises  !  Allons nous essouffler à la montée de  nos rues si étroites, si galopantes dans leur montée !  

Un souffle   a enrobé mon bras comme si elle venait d'y poser le sien pour que je l'aide à monter encore vieille qu'elle est ! C'est tout mon bras droit qui s'est vécu enrobé de sa présence .  " Il te faut t'arrêter dans cette librairie antiquaire, viens, je vais te présenter ma famille,  t'y faire découvrir mon écriture, celle qui écrivait de mon encre noire à la plume sergent major ! Allez entre, toi  la timide, la plus que réservée ! Qu'as tu à craindre ? "

Et Ô merveille, j'y rencontre  quelques dames qui t'ont connue de ton vivant , toi, Marie Noël ! 

Béatrice Lukomski Joly

http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/CPF08008601/mari...

"Visite chez Marie-NOEL, dont les poèmes bouleversent Montherlant : En sortant de la cathédrale d'Auxerre, elle retrouve son frère dans la rue, puis Raymond ESCHOLIER, son biographe. Dans le jardin de sa maison "la maison du diable", elle raconte à Raymond ESCHOLIER sa rencontre avec le général de GAULLE, évoque un souvenir d'enfance, lorsque son père lui lisait Aristophane dans la cuisine. Elle ne s'intéresse plus à ces poèmes passés, n'aime pas paraître en public, et assure, avec malice, que si elle avait été connue plus tôt, elle n'aurait pas écrit autant. Elle s'adresse à ses admirateurs et leur envoie toute son amitié. Marie NOEL rejoint des enfants qui font une ronde. Madeleine ROBINSON dit un de ses poèmes. "

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Pièces jointes :

Réponses à cette discussion

Merci, Béatrice. Bel hommage ! Amitié.

Merci  Monsieur Laporte . Puisse t'elle vous épouser en ces lettres magistrales que l'humilité  cache sinon serait elle la grande oubliée de notre temps ?

Je découvre aussi vos livres sur ce site et je ne manquerais pas de les acquérir . Leur  présentation m'incite à aller au devant d'eux . Amitiés également  . Très respectueusement à vous . 

Gilles Laporte a dit :

Merci, Béatrice. Bel hommage ! Amitié.

Merci, Béatrice, de m'accueillir ainsi. Bienvenue à vous dans mon univers littéraire et citoyen. Alors... bonne lecture ! A bientôt. Amitié.

Voici quelques extraits de presse concernant mon nouveau roman "Cantate de cristal" :

LE DAUPHINE LIBERE (Martine Galati) : Un texte magnifique pour une histoire qui nous captive et nous émeut de la première à la dernière page.

FRANCE INTER (Noctiluque - Brigitte Kernel 27 02 12) : Un hommage chaleureux à la femme, aux ouvrières et ouvriers de partout et de toujours.

LES CHRONIQUES DE MADOKA : Une magnifique histoire se déroulant entre Empire et République, dans le monde des magiciens du verre et du cristal, dont le nom fait toujours rêver ! En toile de fond, la rencontre de deux destinées qui se scelleront au fil du temps... Gilles Laporte nous fait rêver tout au long de son récit et je vous recommande ce livre étincelant !

 

Gilles Laporte a dit :

Merci, Béatrice. Bel hommage ! Amitié.

je vais alors de ce pas  l'acheter  car il n'est de beau livre ( à ce qui se dit !) qui ne doit rester dans l'ombre et qu'il est bien d'épuiser ses yeux à la lecture de mots heureux faisant les belles histoires qui peut être passeront les siècles ou ne les passeront pas parce que l'homme est un grand ingrat , preuve en est Marie-Noël, et qu'il nous faut les aimer autant que l'amour fait de nous un lien indescriptible  entre les mots des uns aux autres. Jamais une époque n'avait  vu se réunir autant d'artistes prouvant ainsi que l'époque engrange sa transformation vers de meilleurs horizons malgré une course galopante vers des idéaux plus noirs que la plume veut transformer en leur  contraire.

Lorsque certains poètes élus par notre psyché et non pas par un froid intellect, nous deviennent familiers au point, que leur fréquentation nous les fait devenir plus proches que certains êtres vivants de notre entourage, alors nous pouvons dire qu'ils sont de véritables alliés auxquels nous sommes aptes à jurer une éternelle fidélité !
"Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues."

L’Île


Solitude au vent, ô sans pays, mon Île,
Que les barques de loin entourent d’élans
Et d’appels, sous l’essor gris des goélands,
Mon Île, mon lieu sans port, ni quai, ni ville,

Mon Île où s’élance en secret la montagne
La plus haute que Dieu heurte du talon
Et repousse… Ô Seule entre les aquilons
Qui n’a que la mer farouche pour compagne.

Temps où se plaint l’air en éternels préludes,
Mon Île où l’Amour me héla sur le bord
D’un chemin de cieux qui descendait à mort,
Espace où les vols se brisent, Solitude.

Solitude, Aire en émoi de Cœur immense
Qui sans cesse jette au large ses oiseaux,
Sans cesse au-dessus d’infranchissables eaux,
Sans cesse les perd, sans cesse recommence.

Désolation royale, terre folle
Que berce l’abîme entre ses bras massifs,
Mon Île, tu tiens un Silence captif
Qu’interroge en vain la houle des paroles.

Ce poème est paru en 1961 dans le recueil de
Marie Noël "Chants d’arrière-saison"

Merci Béatrice pour ce bel hommage sincère et vibrant, à cette grande poétesse que j'apprécie beaucoup également.

Vivre dans les pas de celle qui vous a précédée, comme pour ouvrir un chemin d'humanité, des mots en partage, des idéaux renouvelés à chaque génération. Les poètes ouvrent des portes, celles de leur coeur et de leur âme et même d'au-delà de leur pensée, qui paraît parfois surnaturelle, tant leur intuition est empreinte de mystères.

Ceux qui  les  découvrent peu à peu, comme vous, grâce à votre père qui vous lisait Aristophane, toute enfant déjà, s'imprègnent de ces mélodiques paroles et ainsi s'ouvrent de nouveaux chemins, si peu fréquentés, mais ouverts à celui qui entreprend cette quête.

Merci de ce partage émouvant et si profond!

Cordialement,

Pascale

Hommage très émouvant. Une femme digne de Maeterlinck! Vous peut-être aussi!

Je découvre ces réponses  de Deashelle,  de Pascale , de Valériane . Les ai  je vues ? Suis je vraiment passée à coté ?  Ai je rêvé ?  Ai je oublié ? Je ne sais plus ! Je ne sais plus ! Merci Marie Noël . 

Oh ! Marie Noêl ! J'ai cessé  un temps d'aller griffer   tes rues, si lasse de ta ville ! Me pardonneras tu ? Je n'ai cependant pas cessé d'aller griffer tes rives, l'Yonne m'obligeant à  ses contours , puisque sous le regard , tous les jours , elle m'appelle et de ma fenêtre , j'entends ses complaintes !  

Mais qui de la Seine ou de l'Yonne  fait chavirer le coeur davantage chaque jour  ? Ne serait ce finalement pas la Seine  qui en  sa ville d'épousailles reçoit  tes hanches, ma l' Yonne ?  

Toutes deux , vous me faites chavirer l'âme pour m'avoir encerclée de vos "je ne sais quoi" qui  me veulent, terribles  en leurs   flancs  d'où j'entends leur chant ! Sirènes ? Murènes ?  Il se dit chez nous , que  des deux  ,  la murène   est  au rivage de l'Yonne aux aguets . Marie Noël le savait .

Qui de Marie Noêl ou d'Albert Camus  m'appelle de leurs voix d'outre-tombe , l'un tombé en 1960 à deux pas de ma maison et de l'autre , partie   simplement ,sans plus rien dire à quelques autres kilomètres  de mes murs en 1967 . Il faut vous vivre tous deux dans le ciel  Icaunais , comme écartelée entre vos deux   souvenirs ! Ah ! vous avez dit Icaunais(e )  ?  Oui ! Je suis de  ceux là ; Non! Je ne l'ai pas voulu ! Je n'ai fait qu'entrer dans leurs pas , juste leurs pas physiques, un peu de leur mémoire, rien que cela et c'est peu ou beaucoup  lorsque l'on voudrait être un autre !

Être une autre plume, relevant davantage   du goéland   que  de l'encre de la seiche qui ne navigue ....pas dans l'Yonne !  L'Yonne, n'est pas une mère, jamais elle n'aime ! Et parce qu'elle épouse la Seine  aux Monterelais ignorants de la fault qui s'est abattue sur  les deux rivières, l'Yonne  nous a cerné , n'est ce pas Marie Noël ? 

Pas timidement, Béatrice

tu as beaucoup à dire

et c'est une si noble cause

pour une écrivain si bien inspirée.

La grande Marie Noël avec qui j'ai vécu une partie importante de mon adolescence. Notre Professeur de français nous en avait parlé avec enthousiasme et nous avait fait connaître ses poèmes.

J'ai toujours l'un de ces recueils chez moi. De temps à autre je me laisse encore bercer par ses superbes Alexandrins.

Après mes études, elle avait été invitée dans notre école.

Jamais je n'oublierai sa frêle silhouette et sa voix douce récitant ses poèmes.

Un souvenir palpitant. Qu fleurit toujours en moi.

Merci pour ce magnifique éloge. Elle le mérite et c'est bien dommage de la voir ainsi relégué parmi les ombres.

UN TRAVAIL GENIAL ET PASSIONNANT  D'HOMMAGE A MARIE NOËL - GRANDE POETESSE-
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