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Poète, romancier, auteur dramatique et essayiste, auteur notamment d’un ouvrage de référence : La littérature belge de langue française (éditions Didier Hatier, Bruxelles, 2000).
Michel Joiret explore toutes les ressources de l’écriture avec une opiniâtreté et un engagement de tous les instants. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages et lauréat de plusieurs Prix, Joiret saisit les moments forts de l ‘existence en façonnant une œuvre aux multiples facettes. Jean-Luc Wauthier parle fort pertinemment de lui en évoquant la trajectoire de l’écrivain : « Né en 1942, ce poète qui écrit et publie au reste très tôt manifeste, dès se débuts certes, mais en son âge un curieux esprit de réaction, voire d’opposition plus ou moins consciente aux dilections de presque tous ses compagnons de route. On se souvient que, de Jacques Izoard à Christian Hubin en passant par Gapard Hons ou Werner Lambersy, tous les poètes belges du temps avaient pour ambition de tordre le cou à l’éloquence, d’économiser un maximum de moyens de fuir et le drapé lyrique. Seules exceptions : Jacques Crickillon et Michel Joiret. » Après avoir évoqué l’ « enchanteur désenchanté » qui distingue le premier, Wauthier poursuit : « La démarche de Joiret est plus directe et Marcel Moreau ne s’y est pas trompé, plus directement humaine. Car l’œuvre entière de Michel Joiret nous raconte l’éternelle et poignante histoire d’un homme jeté par hasard dans la vie, sauvé de l’absurde par le recours au corps de l’être aimé, puis, l’âge venant, condamné, Sisyphe de l’érotisme, à combler par la chair et la frénésie vitale, le trou béant d’une mort qui, malgré la peur et les refus, lui va comme un gant ». Il conclut en ces termes : « … Tentons de voir comment et pourquoi ce jeune et sage poète presque académique s’est soudain, au cours des années septante, métamorphosé en un ironiste décapant, blessé vif aux tessons de la vie. » (1) Ce que révélait Marcel Moreau à propos du Chemin d’Amandine (2) : « Bien des beautés surgissent, ou affleurent, que l’on a envie soit de clouer dans le regard, soit de capturer en douce » n’est pas effacé dans la production actuelle. Celui que Pierre Maury appelait : « Le romancier de l’amour » prend aujourd’hui un malin plaisir à suivre les enquêtes de Théodore Saint-Loup, Commissaire principal à la ville de Bruxelles, lui qui cherche la vérité des autres en occultant le « foutoir » de sa propre existence… Rigoureux dans la conduite de ses intuitions, Saint-Loup se souvient du crédit que Simenon accordait au passé des malfaiteurs… A propos du précédent polar : « A l’Enseigne du Beau Noir », Francis Cambron évoquait avec pertinence la personnalité de l’étrange commissaire : « Sous les dehors de l'indifférence blasée, Saint-Loup est le seul à offrir une épaisseur humaine; c'est un peu le Philip Marlowe de la situation: faiblesse de la chair, sauvegarde des principes éthiques de base, attention à autrui, générosité, compréhension, empathie…voilà quelques traits de sa personnalité propres à favoriser la proximité bienveillante du lecteur. S'il donne parfois l'impression d'être dépassé par les événements (c'est-à-dire que les criminels ont le plus souvent une longueur d'avance sur lui), on se rend compte que son attention est constamment en alerte, qu'aucun détail ne lui échappe pour lui permettre de fonder son opinion. Si sa détermination est sans faille, l'auteur n'en fait pas pour autant un héros flamboyant, il en sauvegarde au contraire le caractère humain, trop humain: Saint-Loup mène une vie privée affective chaotique et régulièrement, des problèmes existentiels se posent à lui (le couple, le sens du travail, les relations sociales…). » Dans la foulée, il relevait le rythme soutenu (haletant) du récit : « Au niveau de la composition, le récit se subdivise en petits chapitres dont la succession rythme de façon soutenue la progression narrative. L'auteur veille ainsi à garantir la tension, le suspense. La densité évocatrice des traits descriptifs (où Michel JOIRET laisse percer un esprit lucide et critique de bon aloi), la vivacité des dialogues naturels, bref: la grande économie des moyens stylistiques entraîne le lecteur dans une enquête sans temps mort. » (3)
Saint-Loup, entre anarchisme et dérision ? La question posée porte en soi sa réponse, même si le créateur s’en remet volontiers à la totale indépendance de ses personnages. Dans Le Tueur de jonquilles, l’enquête cède le pas à une fiction bien plus roborative que la piste d’ un « serial killer ». Pourquoi le commissaire Saint-Loup boude-t-il un succès que nul ne conteste ? Si la redoutable filière qu’il vient de démanteler a mobilisé toute son énergie, il ne peut s’empêcher de penser à l’exceptionnelle personnalité du tueur… La motivation lui échappe et la relation entre les différents crimes lui apparaît incohérente. Il faut être malade (ou désespéré) pour exécuter sauvagement des jeunes gens promis à un bel avenir. Théo rumine de sombres pensées et sa victoire à la Pyrrhus conforte sa perplexité. Et puis il y a ce dingue qui fauche stupidement des jonquilles dans un jardin public… Pour Joiret, c’est dans « l’insignifiant » qu’il faut chercher les plus retentissantes forfaitures. La nature humaine est ainsi faite. Mourir n’est rien d’autre qu’un assassinat perpétré par le temps. C’est donc avec le temps qu’il faut croiser le fer. Dans son dernier roman, Michel Joiret s’implique plus qu’il ne paraît… Et puis, l’écriture dite « populaire » n’est-elle pas le simple paraphe du vécu ?
Nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 1990 par Jack Lang, Ministre de la Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire, Michel Joiret reçoit le Prix des Lecteurs de Notre Temps pour son ouvrage sur la littérature belge de langue française, écrit en collaboration avec Marie-Ange Bernard. Auteur de La Route des Epices (2005), un livre de poèmes et de l’Enseigne du Beau Noir (polar 2005), il a publié L’Heure de fourche (2000), un récit policier dont l’action se déroule au cœur d’Ixelles, à deux pas de la place Flagey. Le commissaire Saint-Loup et les inspecteurs Roos et Van Gaal s’y trouvent mêlés à de secrètes et redoutables manigances au cœur même de l’école. Une nouvelle : Le jeune homme du banc, est distinguée par le Prix Gilles Nelod (2008). Michel Joiret est membre de l’Association internationale Michel de Ghelderode et consultant auprès du Bureau Pédagogique de la Province de Hainaut pour les projets pédagogiques se rapportant à la lecture. Fervent lecteur de Marcel Proust, Pierre Loti et Philippe Sollers, Joiret est passionné par le Nouveau Roman et anime Le Non-Dit une revue d’art et de littérature qui fêta ses vingt ans en septembre 2008.
(1) Jean-Luc WAUTHIER, dossiers L, n° 32, fascicule 1
(1) Marcel MOREAU, préface du Chemin d’Amandine, roman, 1999,, éd. Luce Wilquin
(2) Francis CAMBRON, Notes jaunes CPEONS
Michel Joiret fut invité par Robert Paul le 5 avril 2008
Robert Paul consacra à cet écrivain un CD-ROM dans sa collection "Le Testament des Poètes" réservée aux écrivains et artistes belges.
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